‹ L'Inde sous la domination anglaise;Chapitre 27 sur 101 · CHAPITRE IL Des premidrs^ttbUBsenitnl» ehrétiens dm» l'Ind · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL Des premidrs^ttbUBsenitnl» ehrétiens dm» l'Ind

i^ huit milles à Touâst de Madras il existe une petite oolUnë appelée Meliapoor par les Indous, le mont Saint- Thomas par les Européens. Ces derniers le révèrent eomme le lieu du martyre de saint Thomas , l'apôtre des Indes.

Dans ce sublime partage du globe que les apôtres tirent entre eux à la mort de Jésus^Christ , les Indes échurent à saint Thomas. Suivant la tradition , saint Thomas aurait en conséquence annon€é la bonne nouvelle en Arabie ^ dans l'ile de Jacotra, à Cranganore» sur la côte de Malabar, alors, suivant la tradition, la résidence d'un puissant souverain. Puis il aurait traversé la presqu'île et se serait arrêté à ce lieu nommé maintenant Meliapoor, ou Saint-Thomas. La même traditk>n le conduit de là en Chine , où die le fait également c^tvertir de nombreuses populations, bâtir d'innombrables églises', etc.; ensuite elle le ramène à Meliapoor, où il aurait recommencé le cours de ses prédi* cations , mais cette fois moins heuœusement. Une partie du peuple , se soulevant contre l'étranger qui venait d'arracher leur souverain à la fois nationale, l'aurait fait périr à coups de pierres (1). Il serait sans doute difficile de discerner en tout cela ce qui est histoire ou seulement légende. Toute religion pousse avec elle une mythologie, si l'on peut ainsi s'exprimer, toute histoire ancienne une légende, qui s'incorporent à elles dai^

(1) ChrUtiaDtem« de Tlnde , p. 38-9.

100 t'iNM font LA BOWIIATIOH AUCLAMB.

la suite des temps* pouren devenir in8éparables(l). Aa reste le lieu est également renommé chez leslndous et chez les chrétiens. Les premiers en ont bit, tout aussi bien que les seoonds, un lieu de pèlerinage. A certaines époques de Tannée ils vont y déposer leurs offrandes en mémoire d'un saint et puissant personnage qui , d'après les traditions locales, y aurait péri jadis d'une mort violente.

Le christianisme, «uivant d'autres , n'aurait pas été porté dans l'Inde par saint Thomas, mais par un évèque nestorien du même nom qui serait venu s'établir dans l'Inde à la tête d'une colonie chrétienne, puis qui aurait subi à Meliapoor le supplice dont la tradition a conservé le souvenir ; et cette opinion a pour elle la vraisemblance historique (2). Les chrétiens ^blis dans l'Inde à l'arrivée des Portugais appartenaient en effet au schisme de Nestorius. Or les partisans de ce dernier, après sa condamnation par réglise romaine au 6« siècle, se dispersèrent, comme on sait, en grand nombre dans tout l'Orient, Les uns se réfugièrent en Syrie, d'autres en Perse; d'autres enfin , et c'est de ceux-là dont nous nous occupons, poussèrent jusqu'à la câtede Malabar ; ils continuèrent à vivre depuis lors au milieu des In* dous, tout en demeurant distincts par les traits du vi^ sage et la couleur du t^int• L'usage de la langue syriaque, le style de leur architecture, certains rites qui leur sont propres dans la célébration des cérémonies chrétiennes, l'obéissance professée jadis par toute la communauté, aujourd'hui encore par une partie d'en-

fi) Réginald Héber ne se montre pas éloigné de croire à la potsibiUlé du supplice de saint Thomas en ce lieu, (li) Héto, t. ni, p. S12-213.

UT. vin. — CtYlLMATlOM ET CHEISTUNUME . 101

treelle^ à regard du patriarche d'Antioche, sont autant de témoignages en faveur de cette origine.

La tolérance, peut-être faudrait-il dire rindifférence pour tout dogme, tout culte étranger^ est un des caractères distinctifs de la racé indoue. D'un autre côté, ^ soit que les nouveaux venus fussent également dépoiir* vus d'esprit de prosélytisme , soit que le sol n'eût pas été favorable à la semence qu'ils auraient d'abord, tenté d'y jeter, toujours est-il que la petite colqpie chrétienne vécut dans la meilleure intelligence avec ses voisins indous. Elle était gouvernée au spirituel par des évoques nommés par le patriarche d'Antioche. Des communications fréquentes existaient entre elle et ce dernier siège. Les chrétiens habitaient un district montagneux à qudques lieues des côtes. De là leurs messagers se rendaient à la côte de Malabar, et passaient en Syrie. La prospérité de ces chrétiens ne fut altérée par aqcun événement sérieux pendant un millier d'années. A une c^taine époque de leur histoire on les voit même parvenusà un degré de prospérité telle, qu'ils n'obéissaient plus qu'à un chef héréditaire, à un roi qui ;K>partenâit à leur propre croyance (1).

Les Portugais , à leur arrivée dansTlnde, où ils prirent terre à Gochin , se trouvèrent donc dans le voisinage d'une communauté chrétienne; ils se virent entourés de coreligionnaires au milieu de ces peuples dont le nom même leur était incouQu. Ces chrétiens indous montrèrent de l'empressement à recevoir leurs frères européens. Deux d'entre eux s'embarquèrent sur la flotte portugaise, commandée par dom Alvarez de Cabrai. L'un d'eux succomba aux fatigues de la traversc^e

(1) Hittoir du ekriHianitme d$i Indes, par Lacroie.

loi L'INM sot» LA DOMINATtON AMOtAISB.

dès son arrivée en Porlugal; le second se rendit à Rome, puisa Venise 9 où il mourut , non toutefois sans avcHT écrit une relation de son voyage (1). Pendant ce temps les chrétiens syriaques continuèrent aux Portugais le bon accueil qu'ils leur avaient fait jusque là. Ils offrirent par députés à l'amiral un bâton de bois vermdl orné, à Tune de ses extrémités, de trois clochettes d'argent Selon les historiens portugais, à la vérilé fort suspects sur ce point, c'était le sceptre de leurs rois, dont le der* nier venait de mourir depuis peu, et Thommagedu bâton vermeil aurait dès lors été la reoonnaissaiiee delà souveraineté déférée à œs nouveaux venus.

LesPortugais étaient renommés alors pour la fisrveur de leur zèle religieux; Goa devint la métropole d'un ri^ die archevêché , se remplit de prêtres , de oouv^its, de séminaires de moines, vit l'inquisition s'élever dans son sein.

Les Portugais, snivant le droit des gens de Tépoque, se considéraient comme légitimes souverains des paya nouveaux où ils abordaient. L'archevêque de Ooa résonna de i$L même façon dans l'ordre spirituel. Il en* treprit de soumettre à son autorité les chrétiens syriaques du voisinage; il se proposa de les faire rentrer dans le giron de l'église romaine , de leur faire reconnaître la suprématie du pape , en un mot d'extirper du milieu d'eux le nestorianisme. €6t archevêque se nommait alors Menezès. C'était un bom* me de grande naissance, appartenant à Tordre des Angustins , d'iin zèle sincère , mais emporté , intoléraM. H participait, dans l'ordre religieux, à l'ardeur de con«

(1) Navigation de Joseph, Indien. Bile se trouYe dana plasieurs recueils de Toyages.

LIT. TIII. — CIYUI9ATI0N ET CHB»TUN|SMB; 10^

quête qui distinguait alors sa nation; il voulait conquérir des sujets au pape, comme Gama, Cabrai, Albuquerque, et tant d'autres, le faisaient au profit du roi de Portugal. Il se voua tqiit entier à cette œuvre ; Textirpation du nestorianisme devint son but suprême. Il ne devait négliger aucun des moyens propresà l'accomplir, ni même la ruse , ni même la violence, là où la prédication et la persuasiondemeuffaient impuissants. Les cir- <KHisUmces lui dopnèrent l'appui (|u bras séculier.

Les chrétiens syriaques^ par suite d'événements étrangers à notre récit, se trouvaient alors sous la do^ mination du rpi de Gocbin. Menezès s'en ménagea l'appui ; et, cette précaution prise, il commença la visite de son diooèsé. Sa première mesure , à l'aide .'des troupes du roi de Gocbin ^ fut d'interdire aux Nestoriens toute communication avec la côte de Malabar, par conséquent avec la Syrie. Il menaça et intimida l'archidia-cre qui remplaçait un évêque récemment mort , et gouvernait la petite communauté. Il publia un formulaire de croyance qu'il eut l'art de Ëiire signer à uja grand nombre de prêtres nestoriens, moitié de gré, moitié de force. Se bâtant de profiter de la surprise du pre«mier moment , il convoqua im synode à Odyampoor. 11 Mi signer aux membres de ce synode une profession de foi plus explicite encore que leformulaire^ elle contenait la condavination de Nestoriys (1) , la promesse d'une soumission future bu siège de Rome^.Le patriarche

(1) M Je coodaton^ et f anajthéoMtiM en parUcalier la diaboUqae et perverse hérésie de Nestorius, etc.» L'hérésie de Nestorias consistait à n^admettre qa^ane natare, mais deux personnes, en Jésus-Christ ; la doctrine de i'Bglise admettait au contraire dem nttonacQ onepencDM. --* Christianisme des Indes , p. 48^191.

IO& Vïïnbt SÔV8 U tKlMtMATIOfI AKOtAItt.

d*Antioche, dans un autre article , s*y trouvait frappe de la même condamnation que Nestorius.

L*ârc]iev6que ne douta pas d'avoir atteint son but du premier coup. La réflexion aurait pu lui enseigner cependant qup les révolutions durables ne se font pas avec cette rapidité. Le nestorianisme était bien , il est vrai, la. cause principale qui jadis avait ainené les premiers chrétiens syriaques sur la cOte de Mala-** bar; mais ils différaient encore sur d'autres points des doctrines de la liturgie romaine. Le mariage était permis à leurs prêtres , la communion avait lieu sous les deux espèces , le sacrement de la confirmation leur était inconnu , etc. Menezès s'était bien flatté de leur avoir imposé celui^^i dans la confession d'Odiampoor; le sentiment public n'en persistait pas moins à le repousser. Dans une de ses tournées , il se mit en mesure de l'administrer; mais un grand tumulte s'élève aussitôt dans son auditoire. Les Nesto* riens se saisissent de leurs armes, on les entend s'écrier d'une voix unanime qu'ils ne se soumettront Jamais à la confirmation ; que leurs anciens évêques n'en ont jamais parlé; qu'ils ne souffriront pas que la main de l'archevêque touche le visage de leurs femmes et de leurs filles; que ce sacrement n'a jamais été institué par Jésus^Ghrist; qu'il faut y voir une ruse pour les rendre vassaux ^es Portugais ; vassalité dent il leur imprime le caractère d'abord sur le front , puis par un soufflet , pour dernière marque de honte et d'esclavage (1). L'archevêque se vit obligé de céder. Il échoua de même dans toute tentative pour substituer l'usage

(i) Hîstmre da cfaristiaoîsme» p. il9*1tO.

UT* vnt; — civittsATiofi et cniimANisMB. 105 du I^tin à celui du syriaque , dont cette église s'était toujours servi (1).

Meneîès, à son retour en Europe, devint archevêque deBragance, viee-roi de Portugal sous Philippe III » président du conseil d'état à Madrid (2). Mais ces hautes dignités, prix de sa conduite dans Tlnde, ré^compensaient le zèle plutôt que le succès. Le premier moment de surprise une fois passé, les chrétiens syriaques commencèrent à s'étonner de la promptitude de leur soumission. A peine la main de fer de Tarchevéque eut-elle cessé de les comprimer, que rattachement aux anciennes coutumes reprit le dessus ; ils y revinrent avec emportement. Cinquante années après le fameux concile d'Odiampoor, ilsélevè* reïit eux-mêmes ) et dans Tancienne forme, un archidiacre à répiscopat. Alexandre VII en reçut la nouvelle dès les premiers temps de son élévation. Il songea à porter remède au schisme. Il chsurgea deux religieux de Tordre des carmes déchaussés de se rendre à Goa , et d'examiner l'état des choses; Ces deux renvoyés pénétrèrent dans l'intérieur des terres, jusque dans 1^ diocèse d'Augamelia , où les troubles avaient principalement éclaté. L'archidiacre refusa de leur donner entrée dans son église. Ce ne fut pas tout : des chrétiens de Saint-Thomas avaient adressé à Rome des questions qui demandaient une réponse sur certains points de discipline et de liturgie. N'en recevant. pas, ils prirent le parti de s'adresser d'un oêté à rancien patriarche d'Antioche, dont ils avaient si long-temps dépendu, de l'autre à celui dei» Gophtes^ Egypte, à celui des Jaco-

(1) Histoire do christiiDisme , p. iiO-120.

(S) Id., préface.

106 L*nimE tous la DountÂTum ahqiaui.

bitesen Syrie; démarche assez singulière auprès de ces deux derniers, auxquels ils avaient été jusque alors compléteinent étrangers. Mais dans cet inei^plioable mystère du cœur humain to besoin de la soumission H l'amour de Tindépendance ne se touchent-ils pas, anssî bien que tous les autres extrêmes? Quoi qu'il en soit, le patriarche eophtese rendit à leurs fceux; il envoya pour régir ce diocèse un évèque syrien du nom d'Attaie. Gdui*ci se mit en route, arriva i Goa, et sans doute croyait toucher au terme de soo y»y9g^ lorsqu'il fut arrêté et livré à Tinquisition.

Du fond jde sa prison Attale trouva le moyen 4e foire connaître à «es diocésains Tobstacle qui Tempéchait de se rendre au milieu d'eux. De nombreuses copies ck) cette lettre furent répandues parmi les <^rétiens iodir gènes. Ils se réunissent au nombre de viugt-cinq mille, «e mettent en marche , dergé en téie , et se présentent aux portes de Ck)cbin. lis entrent en pourparlers avec la garnison portugaise qui occupe la ville. Les monta*gnards demandent la liberté de leur évéque, ou seulement la faculté de s'assurer par eux-mêmes qu'il est encore vivant. Les deux demandes sont également repoussées. Us font alors le serment solennel de secouer à 4'avenir toute soumission envers le saint*siége, dereix>usser tout f^éUA qui se présenterait en pon nom , de se soumettre au contraire en tout et pour tout a l'autorité de leur archidiacre (1).

Deux assemblées populaires suivent de près ce serment. Elles choisissent douse prêtres auxquels elles remettent le pouvoir d'^ever à l'éiûsoQpat celui qui leur en paraîtra le plus digne. Ceux-ci élisent à l'u-

(1 } Histoire da christianisme , p. tsds.

\ïr. TOI. -^ emusATioN et chii§tunibme. 107

naniinité rarchidiacre. Etonné, effrayé de tout ce qui «e passe , l'archevêque de Goa tente auprès du nou*- 'Vel élu les démarches les plus pressantes; il le prie, 4e conjure de déposer cette dignité; mais rarchidiaore persiste. Le sentiment de la nationalité , la haine du joug étranger, s'étaient éveillés chez ces chréti^s ma^ labares, avec cette force irré^stible qui leur est pro^ pre. Sous des apparences religieuses c'étaient ces ^ntiments qtii se trouvaient en jeu. La mort d'Attale, cdw damné par l'inquisirion de Goa (1) , vint leur donner ^ne nouvelle énergie. De nouvelles démanebas de oon^ ciliation tentées plus tard par la cour de Rome demeur rèr^it inutiles. Le schisme adieva de s'accomplir. La partie de la population cbréti^me habitant les plaines rapprochés de la côte, c'est-p-à-dire dans le voisinage des établissements portugais, continua bien de demeurer soumise au saint-siége; mais une autre partie deeette population retourna tout entière à l'ancienne hérésie c ce Alt celle qui habitait les montagnes, refuge ordinaire de ^indépendance nationale ou religieuse.

Bientôt la côte de Malabar devint le théfttre d^énements nombreux. L'»rrivée ées Hollandais, l^irs gueiv Tes avec les Portugais , raflàiblissemettt gradudl de la puissance de ces derniers, {^otitèreoft aux chrétiens dep montagnes,; peuàp^oubliésdesarefaen^ues^eGoa, le moment vint où ils édiappërent conqdétemeiit à leur puissance* Mais en même temps ttoute^^omoiHunicatton cessa entre eut et le aiége â*Àntioche; ils se contentèrent d'évôquesélusà la façon «deceuside l!é»glise primitive. La solitude de Teurs montagnes, le souvenir de leurs anciennes discordes, tout concourait à

(f ) Histoire tda christianisme, p. 5GS.

108 l'IMM sous la DOMINânOll AN«LAm.

les retenir dans l'oubli ei l'isolement. Aussi un siècle et demi s'éooule-t-il sans qu'il soit ftut mention d'eux nulle part et à aucun profios. Mais alors cette petite colonie chrétienne est pour ainsi dire encore une fois découverte. Sir Thomas Munro , alors résident politique auprès de la cour de Travancore , dans un de ses voyages en entendit parler. 11 s'informa de leur situation y fit ce qui dépendait de lui pour Taméliorer. Par ses soins, favorisés de Tapprobation du gouvernement anglais , des communications furent rouvertes entre la côte de Malabar et le siège d'Antioche ; une école fut établie à Travancore pour l'éducation du clergé nestorien , etc. ; un évéque appelé Marc Athanasîas , et un archidiacre , tous deux nommés par le patriarche , se rendirent au milieu de la communauté nestorienne. Elle se composait alors de 70 à 80 mille âmes. Avant le schisme, elle n'était jamais montée au double de ce chiffre.

Peut-être nous4Sommes-nous laissé aller à parler uu peu longuement de cette petite colonie de chrétiens syriaques. Mais c'est qu'on ne saurait parcourir leur histoire sans quelque intérêt , sans quelque émotion. C'est la communauté chrétienne qui s'est le plus éloignée du centre même du christianisme. C'est le rameau détaché du grand arbre du catholicisme qui s'est vu emporté par la tempête des révolutions le^plus loin de cette ville éternelle où il a poussé ses profondes raci* nés, d'où s'est élevé son tronc majestueux. C'est le seul enfin qui soit allé tomber sur la terre de Brahma.

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