LIV. TIU. — ^ CITILUATIOII BT CHRISTUHMMB
' CHAPITRE in.
i Des missions catholiques dans Plnde.
A certains moments de rhistoiredu monde, grands hommes et grandes choses se touchent à la fois daps Féspace et dans le temps.
Christophe Colomb découvrait un mondé nouveau .à l'époque où Vasco de Gama retrouvait un monde de^ puis long-temps perdu pour TEurope. Luther venait à peine d'ébranler de sa main puissante et fatale le trône de saint Pierre , qu'un champion de taille et de fori:e. suffisantes à la tâche se présentait pour le soutenir. En ce moment même où' le monde s'agrandissait pour ainsi dire sans mesure à Test et à Fouest naissait un ordre religieux qui devait se proposer pour but principal de son existence l'extension de la foi en dehors de ses andennes limites, pour résultat déiinitif la conquête intellectuelle de ces mondes nouveaux. Autre coïncidence merveilleuse : en raison de la glorieuse ini* tiative alors conférée par la Providence à la péninsule ibérique, c'est elle qui devait montrer à la fois au monde Vasco de Gama, Christophe Colonàb, Ignace de Loyola.
Blessé au siège de Lérida, Ignace se vit forcé de quitter le métier des armes. On sait comment il troqua sa lourde cuirasse et sa vaillante épée contre le bouclier de la science et l'épée plus tranchante et plus acérée de la parole. Par une de ces résolutions qui n'appartiennent qu'aux grandes âmes , il se fit éooli«r. àl^e de trente-trois ans, et vint à Paris &ire une
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nouvelle veille d^armes avant d'entrer dans cette cbe* Valérie de rintelligence où il aspirait à chausser Téperon.
Dans le collège ou étudiait Ignace se trouvaient un autre gentilhomme espagnol , Xavier, né dans les premières années du 16« siècle, au pied des Pyrénées, le plus jeune des refelons d'une raoe belliqueuse dont tous les autres membres suivaient la proression des armes, et un Français du nom de Lefebvre, distingués entre tous leurs compagnons par une ardente piété. Ignace, qui n^avait changé d'armes que pour continuer le combat; Ignace, qui rêvait la conquête du monde à la foi catholique, trouva dans Xavier et dans Lefebvre deux confidents dignes de le comprendre. Bientôt trois autres Espagnols et un Portugais viennent se réunir à cette petite association , dont ils partagent les gigantesques espérances. Ces sept hommes, germe inaperçu de cette société de Jésus qui devait cQavrîr le monde, se réunissent à Venise. Là, après avoir communié en* semble, ils se partagent le monde comme jadis les apôtres à la mort du Christ. Loyola reste sur le champ de bataille de la chrétienté, où venait d'apparaître Luther» le grand ennemi. Il veut combattre partout où celui-ci se montrera, dans sa descendance intellectuelle, en Allemagne, en France, en Angleterre. Mais parmi ces disciples il en est un dont nous devons suivre un moment la trace : c'est Xavier, qui sur les pas de saint tbomas s'avance vers l'Orient^ où il va conquérir à son tour le glorieux surnom d'apôtre des Indes.
Xavier, après avoir lutté contre mille obstacles, trouva le moyen de s'embarquer sur un vaisseau qui se rendait à Goa^ Il se proposait de porter la bonne nouvelle dans toutes cesimmeBses^oottiréès pcnir un
LIT. YIH. ^^ aviUSATIOH KT CBM9TU1II9ME. 111
moment sujettes du Portugal ; H prétendait relever au nom du Christ les peuples agenouillés sous Tépée de» Gama, des Cabrai et desÂlbuquerque.
Après treize mois de navigation , après avoir foilli périr à Mozambique, Xavier atteignit enlin Goa en 1542 , c*est-à*dire une quarantaine d'années après le moment où s'était montré le vaissea^ude Gama ; et alors la plus grande corruption et la plus affreuse anarchie I religieuse y dominaient sans obstacles.
Xavier employa tous les moyens , marcha sur toutes I les voies pour la combattre. Tantôt il se montrait dans
I le palais du vice-roi; d'autres fois il se mêlait à tout ce
I que les lieux de débauche , les bagnes eux-mêmes , rçn<-
I fermaient de plus pervers; il habitait de préférence les
! hôpitaux; il prenait pour compagnons les lépreux, les
pestiférés , les malades, dont le seul aspect faisait fuir la foule; il multipliait comme à Finfini les prodiges de Àon ardente charité; tantôt à la tête des mendiants de la ville, il se montrait à la porte des palais superbes; tantôt il parcourait les rues une cloche à la main, îagitant bruyamment à chaque carrefour, en priant la foule ébahie de lui envoyer ses enÊuits afin qu'il pût du moins les étever dans la religion chrétknne, abandonnée de leurs parents; tantôt il jetait les fondements d'immenses établissements, hôpitaux, écoles, couvents, etc. , ou pourvoyait à leur administration* Sise années après son arrivée , la société de Jésus était déjà nombreuse, respectée, conquérante, sur la côte de Coromandel. Xavier l'animait de son esprit puissant. De Goa, métropole de ce qu'on appelait alors la chrétienté des Indes, ils partageait les provinces de la péninsule, les continents et les tieS| entre ceux qui se précipitaient sur ses uNmm ftorieuiei.
113 L*INM iOOB LA DOMIHATIOM AMCLAUI.
Mais l'enceinte des murs de Goa , les limites de cette chrétienté , étaient bien loin de suffire aux travaux de Xavier. A vrai dire ils ne commençaient qu'au delà. En quittant l'Europe, ce qu'il s'était principalement proposé, c'était la conversion des nations étrangères. Dans ce but^ il abandonna Goa , parcourut les parties méridionales de la presqu'île, visita les Moluques. Depuià. les premiers apôtres, l'hstoire du monde n'avait pasencore montré un autre exemple d'un courage aussi indomptable aux prises avec toutes les difficultés, tous les périls. La faim y la soif, la nudité, la maladie, rien ne l'arrête, rien ne le fait broncher dans la voie où il s'est engagé; ' les éléments en fureur, les vagues soulevées , les éclats du tonnerre, semblent autant de jouets sous sa main intrépide. Dans l'Ile de Moro, une des Moluques (1), on le voit se placer au pied d'un volcan dont il a fait sa chaire; la flamme domine sa tète; la lave enflammée coule à ses côtés, mais rien ne trouble son esprit ni sa parole. Ailleurs on le vpit achever paisiblement le saint sacrifice sur un autel qu'ébranle un violent tremblement de terre. Après avoir parcouru tout l'archipel indien, il s'était proposé de pénétrer dans cette Chine jusque alors ferméeà la curiosité étrangère, et dont SCS successeurs devaient entr'ouvrir un moment les barrières. Mais Xavier, au dessus des hommes par la sublimité de sa nature, n'en était pas moins soumis à la loi de l'humanité ; le travail et l'elTort , non la récompense, tel fut, pour lui, comme pour tous, son partage sur cette terre.
Embarqué en ce moment sur un vaisseau qui faisait voile pour Siam , Xavier sentit les atteintes d'une mort
(1) Revue dikUmbovg. rr Unioii CAibolifiie, M octobre 1841.