LIV. VUU — CIVBISATION ET CBBISTUNISBIB. liS
prochaine. Il se fait débarquer sur une petite tie peu distante des côtes de cet empire du milieu dont il s'était proposé la conversion. Là, étendu sur le rivage, seul , un crucifix à la main , au bruit lugubre de la vague qui gémit sur le rivage , cette grande âme soutint son dernier combat. L'enveloppe terrestre usée par .tant de fatigues et de travaux acheva de se briser; les entraves de la prison terrestre se détachèrent; l'esprit glorieux, rentrant dans sa liberté, prit possession de rinlini et de l'éternité.
La légende a semé les miracles sous les pas de Xavier ; mais quoi déplus miraculeux que toute cette vie d'amour,, de dévoûment, de sacrilice? Quoi de plus miraculeux que cet homme pauvre, isolé, inconnu , privé de tout secours humain, traversant incessamment des océans, abordant sans cesse, la foi au cœur, le crucifix en main, des continents et des îles, entraînant des po-' pulations entières sur ses pas; en quête de fatigues, de misères et de périls, comme d'autres le sont d'aise et de volupté? Quoi de plus miraculeux que cette grande pensée dont il est l'expression , qui s'élève au milieu de son siècle, au devant de sescompagnons,"comme la colonne de feu guidant les Israélites au sein des sables du désert, leur frayant le chemin à travers les obstacles? Car, et c'est le protestantisme qui ledit, « les savants le critiquèrent, les beaux esprits le raillèrent, les rois se placèrent devant lui; mais Xavier, poussé par cet impétueux mobile d'une foi ardente, marchait, marchait, et tous les obstacles s'écartaient, s'aplanissaient sous ses pas (t). »
De nombreux successeurs se montrèrent empressés
(1) Revue d'Edimbourg.
11& Ir'WW fOITS LA OOmunÔH AMaiULISB*
de suivre la voie si glorieuflement ouverte par Xavier. La oompagnfe des Indes françaises avait fondé un vaste établissement sur la côte de Goromandel. Six mission* nairesehoisis dans le séminaire des missionséirangères allèrent aborder dans Tlnde pendant que la célèbre ambassade de Siam se rendait de son ccVté à sa destination. Quinze autres les suivirent de près; puis, peu après, soixante (1). Les autres étatsde I Europe, Espagne, Italie, Portugal, envoyèrent de nombreux eonUngenls à cette armée militante de la foi.
Par nialheur les résultats ne furent point ceux qu'il aurait été naturel d'attendre de tant de zèle et de nolJe ardeur. Sept cent mille Indous, suivant la tradition, auraient reçu le baptême des mains de Xavier. Et ce nombre n'a rien qui doive nous étonner: les rajahs consentant à se soumettre à la cérémonie, le reste du peuple suivait comme un troupeau. Seulement ainsi que nous aurons occasion de l'expliquer tout à l'heure avec quelque détail, la cérémonie n'avait pas pour les Indous l'importance que devait naturellement lui donner Xavier. Or oe dernier, en raison de l'époqueoù H arriva dans Tinde, en raison encore de toutes les grandes facultés dont il se trouvait doué par la Providence, avait pris sur un grand nombre de chefs, sur des populations entières, une influence extraordinaire. Rois et peuples se pré^ cipilaient sur ses pas, heureux de tenir à lui par le lien qu'illui plaisait de leur imposer. Mais oesdisposi- 4ioas des peuples ne tardèrent pas à changer après la juort du nouvel apôtre.
La tolérance, l'indifTérence pour les religions ou les coutumes étrangères , sont comme le fond du caractère
(i) Lettre» édifiantes, préface*