LIV. Vm. — - CIVILISATION BT GHAISTIANI^KB
jet; se hâtait, aussitôt leur arrivée, de 1^ rembarquer pour r Europe ou les forçait de se réfugier sur le territoire danois, a Jamais l'œuvre des missions, nous di| un deœux qui l'entreprirent, n'a rencontré plus de digicultés dans aucun pays que dans: l'Inde. C'est à la seule Providence qu'il appartenait de les surmonter et de donner la victoire à ses serviteurs. Ce n'était pas asr sez que nou3 eussions quinze mille miUes d'océan à traverser; que nous fussions exposés aux tempêtes et aux dangers de l'abyme ; que nous eussioins à lutter contre des climats insalubres, à maîtriser les difficultés d'une langue étrangère; ce n'était pas assez que les païens, par attachement à leurs castes, sedéclaras^ sent contre nous; que nos propres concitoyens, par leurs préjugés, leur impiété, leur prédilection pour des coutumes contraires à l'Evangile, nous fussent hostiles; qu'il en fût de même de tous les gens haut placés, soit par ignorance, soit par méchanceté ; cela n'était point assez, disons-nous : il fallait encore que le gouvernement lui-même , prenant parti pour nos ad-» yersaires, nous interdit l'entrée dé la carrière (1). »
A l'époque où la question des missionnaires fut agitée pour la dernière fois dans le parlement, en 1813, deux opinions se trouvèrent en présence. Gomme il était toujours arrivé dans tout ce qui concernait l'Inde^ l'une de ces opinions s'appuyait sur des idées, des con< sidérations empruntées à l'Europe, l'autre sur des idées et des considérations prises dans Thistoire de l'Inde et l'état de ce pays. La cause étant plaidée deyant une assemblée européenne, ce fut la première de ces deux opinions qui l'emporta* «Les temps étiolent venus, nous
(OCampbell, p.35.
ItO L'MDS 0OV9 LÀ DOMINATION ÂHOUI».
dit le missionnaire déjà cité; l'ange du Govenant appa« paissait en personne pour la conversion de Tlnde, se riant des eiforts impuissants de ses ennemis (1). t La cause des missionnaires comptait au nombre de ses dé* fenseurs le fameux Wilberforce, Tavocat de la liberté des n^res, qui se trouvait alors dans tout l'éclat de sa popularité. Â compter de ce moment rentrée de Tlnde fut permise aux missionnaires, mais continua de se trouver soumise à un grand nombre de restrictions.
Les missionnaires 9 sous certains rapports 5 n*en arrivaient pas moins dans Tlnde en triomphateurs. Ils y arrivaient malgré Topposition du gouvernement de Tempire ; ils s'en prétendaient les maîtres détinitifs , les dominateursen dernier ressort. Laconquétede Tlnde par l'Angleterre n'était autre chose à leurs yeux que la voie frayée par la Providence sous leurs propres pas , la substitution delà puissance anglaise à celle du Grand- Mogol, que l'instrument dont la Providence s'était servie pour préparer la conversion des Indous, dont ils se trouvaient chargés. Â leurs yeux l'histoire entière de rinde depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours n'avait jamais eu d'autre but. Ecoutons un de ces fougueux apôtres.
Après une rapide esquisse des événements dont l'Inde avait été le théâtre depuis des siècles, le révérend Campbell s'écrie : « Mais les causes de ces calamités terribles, quelles étaient-elles? L'or et l'argent, les rubis et les diamants dont l'Inde abonde , étaient sans doute un appât puissant pour les conquérants et les spoliateurs; les riches et fertiles plaines del'Indeétaient sans doute de puissantes tentations pour des hordes
(i) Gainpbell, p. 37-38.
ut» VItt. — CIVaiSÀTION KT CHRISTUNISMB. ISl
qui ne laissaient derrière elles que de stériles montagnes et d'arides déserts. Mais ce n'était là qu'autant de causes secondaires : l'idolâtrie de l'Inde, voilà la pre-' mière et la plus importante. Ces armées conquérantes ne furent rien autre chose que des instrumentsdela co- 1ère et de la vengeance du Tout-Puissant; ces sauvages et destructives invasions furent le moyen dont il se servit pour visiter les temples de l'Inde, renverser lesido^ les, faire descendre sur les peuples le châtiment dû à leur iniquité, à leurs crimes. Le Seigneur l'a donc mise dans l'ardente fournaise de sa colère, non pas pour soixante-dix années, mais pour soixante-dix siècles. Le Seigneur a envoyé tempête après tempête de vengeance , pour l'écraser dans sa rébellion et son idolâtrie.
9 Et pourquoi , du milieu de son esclavage , la rappelle-t-il maintenant à la vie? Pourquoi, malgré toutes les règles établies par nous pour notre gouvernement de l'Inde, pourquoi , en opposition à tous les ordres de la cour des directeurs de ne pas reculer nos frontières, de nous garder de toute nouvelle acquisition de territoire, l'a-t-il fait passer ( l'Inde ) tout^ntière aux mains de la Grande-Bretagne? Pourquoi lui accorde-t-il à <!ette heure et l'ordre et la paix, et le bienfait d'un bon gouvernement, d'un gouvernement qui fait reviyre son commerce, lui restitue les arts et les sciences, lui rend une protection dont elle avait cessé de jouir depuis des siècles? Serait-ce dans le seul but de gratifier l'orgueil et la vanité des conquérants , de nous mettre à même d'accroître nos trésors, d'ajouter à nos agrandissements, de fournir un théâtre à notre courage pendant la guerre, à notre habileté pendant la paix? Non. C'est parce que le temps est venu où les peuples de Tin-
in l'ihOB mi» la DOMINATIOH AMOCAISS*
dedeyront enGn louer le Seigneur. C'e&tqoe leiuoroeot est Tenu oi^ Tlnde devra oublier pour tougours son idolâtrie, chasser de ses temples les misérabieft diviailés qu'elle n'a cessé d'y adorer jusqu'à cette heure; c'esl que le moment est venu où le Seigneur s'est enfin résdu à rajouter comme une autre perte à la couronne orientale de son ils , à lui accorder en un mot les dons les plus précieux dont le Ciel puisse fiaivorber un royaume de la terre j TET^ngile et la religion de Jésus- Christ. »
Les missioBS protestantes, i compta de cette époque, se multiplièrent incessamment dans Tinde. llaii» le protestantisme, sur ce» nouveau théâtre , demeura fidèle à ses traditions, il continua d'obéir à c^ esprit de scission , de division intérieure, avec lequel il était yenu au monde. Anglicans, luthériens, calvinistes , méthodistes, pr^by térîens , épiscopaux, indépendants, etc. , y envoyèrent leurs repijésentaBte. « On les vit engagés tous ensemble contre Tennei»^ oonmuin ^ préparant leurs troupes ppur la gcierre spirituelte.(l) . v Le terrain qu'ils se proposaient d'exploiter était pi^éci^ sèment celui déjà sillonné en tous sens parles missions catholiques, le midi de la péninsule. Seulement ^ ils continuèrent d'y aborder, comme leurs plus anciens devanciers, par la côte de Goroipaiidel. a Que Ton tire ime ligne de Madras à Gananore, sur la c6te de Malabar, et que Toa descende des extrémités de celte ligne au cap Gomoria, on aura un espace immense^ defor^ me triang^sdatre, dont l'intérieur forme.le terrain ex*ploHé par les missions protestantes (2). Telles senties
(i)CampbeU, p. 214-ÎI5.
(S) Jd.y md.
LIT. Tm. ^ CITKlSiTIOfl BT CHRIST! ANf SUE. i%Z
limites où , suivant Vim â'eux> se rehféràie leur âciioB; « En reyancfaev nous di^il, po«r les privHéges spfiHtuels, pofjT le zélé et l'esprit é*entpeprise des missionnâii^es,cetéspace{:»eut Menétreappeléla terfe sacrée de rinde (1). it he nombre des missions protestâmes^ vers 1830/ti^y lâontart pas à moins de 200. Lcfnrs moyens d'action étaient ceux en tout et partout à l'usage du pro«* testanti^me : traducfion et distribution de làBible^fondatî(»i d'écoles, etc. ; en un mot, re&seignl^ntiertt écrit. La pi^édîcatioti, l'enseignement par la parole^ ne joue jamais, on le sait, qu'un rôle fort secondaire dans le protestantisme. Né de la discussion , de rexsfmen de la parole écrite, ou de la lettre, l'esprit, la parole vivante^r 'M échappent incessamment.
En dépit de leur grand nombre, en dépit de leurs immenses moyens d'action, les missions protestantes n'obtiâ^rent pas de grands résultats. €bacune de ces missions est Vraiment un état-major sanssotdafts. jMous venons de le dire, leur nombre ne monte pas à moins de 200. Quant à celui des indigènes convertis par elles, éédutons l'évêque de Gailcutta. « On a souveni évalué, nous dit R^inald ileber, le nombre des {>rcftestants indigènes à 40,000; je doute cependant qu'ils atteignent celui de 1&,000, et même ce chiffre, toutes choses tômidérée»^ ne laisserait pas que d'être très remarquable (2).» Toutes choses considérées , on verra, ^en effet, ce chiffre se réduire à tel point que Ton peut dire qu'il se résout en un nombre absolument însigniGant.
Au reste ^ comment n'en serait-il pas ainsi? Le pro-
(i)Gaiiipbell,p. S45.
(S} Heber, Correspondance , 3* toi., p. 460
nu h^mm sovfl ul dokmation inûLiuM.
testaniisme, né de la protestation individuelle , de Tap^ pel à la conscience personnelle, est, en raison même de cetteorigine, dépourvu decetteforced'expansionetd^anr torité, attribut du catholicisme. Dans le sanctuaire de la conscience, où il a pris naissance, il est demeuré inexpugnable. Mais sa puissance est toute négative j il peut repousser avec une invincible opiniâtreté qui peut aller jusqu'à rhéroîsme le joug auquel une main étrangère tenterait de le soumettre, il ne saurait s'imposer à d'autres : son propre principe s'y oppose. Tout ce qu'il peut faire, c'est de provoquer la discussion. Or rien de tout cela n'est le fait du missionnaire. Le vrai missionnaire ne s'adresse point à la raison, ne tente pas la persuasion, il raconte, il affirme, il ordonne de croire; il verse son sang en témoignage de ses paroles.
Dénué de ce principe qui pousse le catholicisme aux conquêtes, le protestantisme ne pouvait avoir d'institution dirigée vers ce but. Aussi a-t-il transformé, tfest-à-dîre détruit le caractère du prêtre. Epoux et père , lié à tous les intérêts du monde, le prêtre pro* testant n'est plus le soldat militant de la foi, le croisé de l'Evangile (1). Gomment serait-il incessamment prêt au sacrifice, au dévoûment? Comment serait^l ardent à se précipiter au fort de la mêlée celui auquel se rattachent tant d'intérêts et d'affections dont il est l'objet et le centre? Celui qui déjà ne s'appartient pour ainsi dire plus lui-même, comment se vouerait-il à une vie de hasard , de dangers , dont le martyre doit être le but et la couronne? Mais admettons que le missionnaire protestant ait conservé ce caractère sacré; admettons
(1) Le ministre protestant peut avoir, a sans doute le plas souvent toates les vertus de rhomme. Fions ne parlons ici qae de la perte da caractère pablic.
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qu'il soit encore ce soldat du Christ toujours prêt au combat : la réforme , en brisant lés corporations reli* gieases, lui a enlevé tous les moyens d'action ; par cela même Ta placé dans les conditions d'un isolement des plus défavorables pour Tœuvre par lui entreprise.
Les corporations religieuses, telles qu'elles existent au sein du catholicisme, pouvaient seules tenter Tentreprise avec quelque chance de succès. Elles seules possèdent les ressources puissantes de Torganisation , de la hiérarchie, de la convergence de volontés individuelles vers un but commun ; elles seules réunissent à la puissance des masses cette force et cette unité de volonté qui ne peuvent se trouver que dans un petit nombre , disons mieux, dans une seule tête ; elles seules ont la suite et la persistance dans leurs desseins; elles seules sont indépendantes du temps et des Tespaces ; elles seules savent faire concourir à une même œuvre les facultés les plus diverses; elles seules enfin peuvent non seulement tenter, mais exécuter de grandes choses, car les * grandes choses demandent pour être exécutées un temps proportionné à celui qu^elIes doivent durer.
Le missionnaire protestant, entouré de sa femme et de sesenfants, est aucontrairecommë perdu dansl'immensitédela péninsule indoue; il n'obéit à aucune direction, ne se sent aucun appui, n'a ni point de départ indiqué d'avance, ni but vers lequel il soit poussé; il en est réduit à des efforts individuels , qu'il ne sait comment diriger, qui se trouvent interrompus, demeurent le plus souvent sans résultats par sa mort ou son départ. En même temps qu'il est garrotté des liens de la chair, sans aïeux, et sans postérité dans Tordre intellectuel, que pourrait-il contre l'armée compacte, puissante, nombreuse, disciplinée, des adorateurs de Brabma ?
136 L*iinHi fom la domiiiation AKQum.
La mission de Tranquebar, la premiëFe en date des nombreuses missions protestantes du midi de la péninsule, est aussi demeurée la plus oonsidérable. Elle est devenue la métropole du protestantisme dans rindé, comme Goa celle du catholicisme. Un si^e archiépiscopal riche et puissant ^ un clergé nombreux , des établissements religieux de toutes sortes, les souvenirs de Vasco de Gama, d'Albuquerque, de Xavier, faisaient de Goa, la différence des lieux et des choses donnée, la Rome de Tlnde. La petite ville de IVanquebar, sans passé, sans souvenirs, dépourvue de toute richesse et de toute magnificence, mais puissante aussi par la parole , où Ton voyait çà et là se glisser pour ainsi dire dans Tombre quelques missionnaires isolés, sans appui, en habit noir, une bible sous le bras , ne manquait pas de quelque analogie avec l'austère cité de Luther et de Calvin.