‹ L'Inde sous la domination anglaise;Chapitre 38 sur 101 · I.1T« tm. -^ OVILISàTION BT CHRISTUNtailB · texte numérisé non relu

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inûD(!te. Mais aussi, nous Tavons dit, les esprits se troo-- . vaient tout préparés à la bonne nouvelle dont ils étaient leâ messagers. Le sillon était ouverte la semence qu'ils allaient jeter à pleines mains.

Nous avons raconté la vie de nos missionnaires dans rinde. En fait d'abnégation de soi-même, de renoncement au monde, de mortifications de toule sorte, elte n'est pas demeurée au dessous decelledtô premiers cbré? tiens; elle peut le disputer à celle des plus fameux des solitaires de la Thébaïde- Pour ces dignes successeurs des apôtres se sont réalisées toutes tes promesses faites par saint Paul à l'apostolat: « Périls dans les chemins, périls sur la mer, périls du côté des voleurs, périls du côté des mœurs et des usages étrangers^ périls du côté des gentils, périls dans les villes, périls dads la solitude , périls de la part des feux frères, périls par la faim , la soif , le jeûne; périls par le froid, par la nur dite, etc. (1)« » Mais les missionnaires dé l'Inde, anir mes des mêmes dispositions , se trouvaient dans des circonstances tout autres que les premiers apôtres et leurs successeurs. Tout en prodiguant te niême héroïsme, il ne leur était pas donné de frapper de mêm^^ façon tes imaginations des peuples. Ils devaient subir le même martyre, sans obtenir la même couronne.

Personne ne l'ignore : l'Inde est remplie de pénitents indous et musulmans qui s'imposent, dans un esprit de pénitence et de mortification de la chair, des suppli:ces dont te récit seul fait frémir. Mais il faut citer, car l'imagination ne saurait aller jusqu'à la réalité.

Un pénitent indou se couche dans un lit garni de pointes de fer qui lui entrât profondément dans la

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chair. Un autre , parti du cap Coraorin , se rendra à Bénarès avec des souliers garnis de clous qui lui déchirent la plante des pieds. Un troisième fera la même route en la mesurant tout entière avec son propre corps; il ne s'arrêtera ni pour manger, ni pour boire, ni pour dormir; ou du moins ne le fera que dans les courts intervalles qu'il ne pourra refuser à la nature épuisée. Un autre se condamnera au supplice des cinq feux : Il passera les plus chaudes journées de la cani^ cule au oenive de quatre brasiers ardents, pendant que le soleil versera sur sa tôte des torrents de lumière embrasée; le soir venu, il se dépouillera de tout vêtement, s'étendra sur une roche, se laissera inonder par la rosée glacée de la nuit, demeurera immobile sous le souffle redoutable des vents de la montagne. Un autre regardera fixement le soleil jusqu'à ce que Torgane de la vue soit détruit. Un autre passera de longues années ^e sa vie dans telle position si gênante, que la pensée seule en est un supplice : un officier anglais en rencontra un qui depuis 27 ans vivafit la tête entre les cuisses, situation que nos saltimbanques ont grand'peine à garder qudques instants.

Tavernier rencontre un jour plusieurs de ces pénitents. L'un d'eux, ayant fait vœu de tenir les mains fermées , l'avait accompli avec une telle persistance, que les ongles de ses doigts, ayant traversé les paumes de ses mains, sortaient de l'autre côté de plusieurs pouces. D'autres tenaient leurs bras en arrière de la tête, et cela depuis tant d'années , que la chair s'en était desséchée , que les os en étaient comme à nu: on eût dit des bras de squelettes attachés à des vivants.

Les fêtes populaires sont surtout signalées par un redoublement d'ardeur pour ces supplices étranges et

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?ro1ontaire. Les uns se font enlever par des crochets de fer enfoncés sous les aisselles, et tourner en cercle autour d'un mât^ après quoi ils sont jetés à tarre, étourdis, sans connaissance, perdant leur sang par de larges €it profondes blessures. D'autres se font écraser sans sourciller sous les roues du char qui porte leur divi-- Dite. A plusieurs milles à la ronde, le voisinage du fameux temple de Jaggçrnauth est couvert des ossements blanchis des victimes qui se sont volontairement sacri* fiées. A chaque pas dans les villes, ou sur les routes, on rencontre des pénitents qui font des quêtes pour pourvoir à leurs funérailles 5 la somme nécessaire est: elle réunie, ils s'empressent d'aller mettre tin à leurs' jours par td ou tel supplice indiqué d'avance, à quelque fête de Brahma, de Si va, de Wichnou, etc. €ela se passe avec la même tranquillité que la quête et les grands tours d'équilibre de nos bateleurs et sauteurs de corde. Passants ou spe(^teurs ne s'en émeuvent pas davantage dans l'Inde qu'ils le pourraient faire chez nous dans lesecoa4cas.

La vie de nos missionnaires, toute vouée qu'elle soit au sacrifice, à l'abnégation de soi-même, ne saurait frapper les yeux d'une population habituée à de tels spectacles. Le goût de la mesure, la proportion en toutes choses, sont des attributs essentiels du génie de l'Europe; tout au contraire celui de l'Orient ne se plaît que dans les extrêmes, ne goûte que le gigantesque, l'illimité, l'inBni en tout genre. D'un autre côté c'est aussi l'un des traits du caractère européen que de se proposer un but à ses efforts, que de tendre à l'utile. Soldats du Christ sur la brèche, nos missionnaires ne fuiront aucuhe fatigue, aucun péril , n'épargnerotat ni une goutte de saiig, ni une goutte de sueur. Mais là même se ren-

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contrera encore ce goût de la mesure, cette habiiode de la modération , ce dont nous venons de parler. Dans les mortiflcations de la chair, ils s'arrêteront là oà le triomphe de Fesprit est constaté; ils ne se livreront pas à ces supplices aussi bizarres qu'inutiles, qu'effrayants, que repoussants.

Ils se sont proposé un but , celui de constater cette victoire de l'esprit en se livrant à la pratique de ces saintes autorités. Mais dans l'Orient la mortification de la chair devient une véritable passion; à l'instar des autres passions, elle peut se passer de but, d'objet , elle se suffit à elle-même , elle devient une sorte de folie furieuse, féroce, par là même inaccessible au bon sens occidental. La vie de nos plus grands solitaires chrétiens, Jérôme , Pacôme , en fait de souffrances volontaires , ne saurait supporter la comparaison avec celte des plus obscurs pénitents indous. Celle de saint Siméon le stylite le pourrait peut-être. Mais saint Siméon obéissait lui-même à une inspiration orientale; au sommet de sa colonne, il demeure isolé dans l'histoire du christianisme aussi bien qu'au milieu des sables de l'Egypte.

La partie miraculeuse de la mission du Christ donne lieu à une remarque analogue. La résurrection de Lazare, la guérison du paralytique , la multiplication des pains, le changement d'eau en vin, la sortie do Christ de son tombeau, etc., ces mirades par lesquels les lois générales de la nature ont été momentanément interrompues, tout cela n'a pas fait dévier le génie occidental de cette mesure, de cette modération où il se renferme en toutes choses. Précurseur du génie moderne, le Christ ne s'est en quelque sorte permis de tnerveilleux que ce qu'il en fallait pour prouver la divinité de sa mission. Cela devait suffire pour frapper.

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convaincre 9 entraîner les peuples auxquels s'adressèrent d'abord ses disciples; mais il n'en eût pas été ou du moipsil n'en est pas de même à l'égard de ces popula* tiens aux conceptions Immenses, gigantesques, infinies, qui ne connaissent ni frein, ni proportion, ni limites.

Ecoutons un des plus zélés missionnaires catholiques qui aient jamais parcouru l'Inde. « Dans les entretiens que j'ai eus souvent avec des brahmes en matière de religion, nous dit l'abbé du Bois, si je leur parlais des miracles opérés par la puissance du vrai Dieu , ils ne voyaient rien là que de fort ordinaire. Leur citais-je Josué et son armée, le prodige qu'ils opérèrent par l'intervention divine dans la conquête de la terre de Ghanaan, ils m'objectaieiit d'un air triomphant les prouesses de leur Rama et les prodiges bien autrement merveilleux qui signalèrent sa marche dans la conquête de Ceylan. Samson, sefon eut, n'avait pas plus de force qu'un enfant en comparaison de la vigueur incompréhensible de Baly, de Ravamah , et autres géants. La résurrection de Lazare était peu digne dé fixer l'attention, car, disaient-ils, les Wichnouvistes (sectateurs de Wichnou) en font tous les jours de semblables dans la cérémonie du Pawahdam (1). »

L'Orient baigne, depuis l'origine des âges, dans un océan de merveilleux dont quelques vagues suffitsent pour submerger la froide et positive raison de no* tre Occident

(1} Abbé da Bols, t. Il, p. 5â5-6.

iSi L*IIfDB sot» tA DOMOCAnOn ANQUIft.

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