‹ L'Inde sous la domination anglaise;Chapitre 40 sur 101 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

CMttDaatibn da même ti4et Le brahmioiime et fe pretaUntinMr en conférence pnbnqoe.

Une anecdote récente achèvera (féclairer ce qne nous Tenons (Texposer sous une fôrme générale dans le chapitre qui précède*^

Reginald Héber, premier évêque protestant de CaW cutta y faisait la tournée de son vaste diocèse. A dem ou trois journées de Bombay il entendit parler d^un célèbre prédicateur indoii qui parcourait alors le Guzerate ; on lui attribuait une doctrinenouvellè dont on vantait la morale. Héber désirait vivement entrer en oonfé* fence avec ce réformateur; certaines paroles, certaines maximes proférées par lui et rarpportées à Tévêque^ donnaient à celui-ci quelque espérance de le convertir au christianisme. Swamee-Narraîn^ de son côté, avail appris le voyage d'Béber ; il se savait dans le voisinage du grand gourou, du grand pundit des Européens; par des motifs analogues, suivant toute probabilité , à ceux de Héber, il désirait également me entrevue. H en fil la demande.

Six de ses principaux disciples se rendirent auprès de révêque , et déposèrent à ses pied% en guise de Na vzar, des fleurs et des fruits (1). Un d'eux dit : c Pun« dit, recpis le salut de Swamee-Narrain ; il serait heu^ reux dètre en ta présence, et voudrait qiieeefiiUdès le jour de diemaîn. »

(t) Cadean qne ne manqve Jàmafs de hin, dans Tlkide», ceM qpl abocde on étranger;»^ an homme d^an rang éle¥é.

trr« *nn. ->* ciTiLtsittoN st cmosTuiAsifË. I(S

Vne ^petiie ville du voisinage fut choisie pour le Kett de la conférence. L'évéque s'y rendit dès la veille. Le lendemain là rumeur populaire annonçait Tarrivéè du réformateur long-temps avan^ qu'on le vît parai*- Ire; il arriva enGn. Un corps nombreux de cavaliers le précédait et le suivait, bien armés, revêtus de cottes de mailles, les uns portaient de longs fusils i ^nèche^ d'autres de longues lances appuyées à leurs étriers^ puis en arrière venait une multitude munie de lances^ d'ares, de flèches. La vitte tout entière retentissait du bruit des armes, d« piétinement des chevaux, des cris de commandement, etc. L'évéque

I était lui-même accompagné de 30 cavaliers et 50 fantas*

I «ins armés de fusils à baïonnette.

. En oasde oonflit , l'ordre et la discipline mîlitaife au-

I raient probablement donné la victoire à cette peti^ Croupe; mats à cette réflexion venaient se mêler> dans l'esprit de Héber, d'autres réflexions qui ne manquaient ni de tristesse ni d'amertume. « Du côté de la grandeur morale, se disait^i, combien l'avantage n'est^il pas ^ur Swamee-Nârrain ! Les compagnons qui me suivent me sont étrangers, ne se soucièat nullement de «oi. Sans doute ils m'esc<H*teroat (idé^ement jusqu'au lieu désigné; maisc'est ce qu'ils auraient fait pour toute autre personne. Loin de là, les compagnons de Swamee* Marraiâ sont sesadmirateurset ses disciples:; ilssuivent «es leçons, pratiquent ses doctrines, se nourrissent de «a parole, se font un honneur de l'accompagner ; ils verseraient jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour un bout de frange de son manteau. Hélas] continuaitil par un triste retour sur la destinée de la religionchrétienne dans l'Iode, combi^ de temps ne se passera-til pas avant qu'un prédicateur de ma croyance se moatre

IM t'tMÙÊ mm Là DOWMAflOll AmUMÉ.

dans rinde dans de semblables ciroonatanoas, atMi accompagné et honoré (1) I *

L'éTâque protestant et le réformatenr indon se tron* Tant en présence^ les compliments cF usage entre gew d'un rang élevé s'échangèrent. L'évdque ajouta qu'a jaiK entendu parier de la belle et noutelle doctrine qu'B répandait parmi le peiqde du Guzerate, Tenvie lui était venue , à lui Héber, étranger dans l'Inde , d'en en* tendre de sa bouche les points principaux. Le réfor» inateur répondit avec déférence et respect, e^^ comme la demande de Pévéque s'accordait avec ses. désirs secrets, il ne se fit pas prier plus long-temps pour entrer en matière.

Swamee-Narrain commença par une profession de foi en [un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, remplissant l'espace, ordonnant et gouveraa^t toutes choses, se plaisant surtout au fond du ccBur du bon et du juste.

L'évéque, l'écoutant avec un plaisir mêlé de surprix se, ne doutait pas d'avoir rencontré un chrétien ou tout au moins un néophyte sur le point de te devenir. Bientôt ce fut mieux encore^

Swamee^Narrain raconta comment Dieu, slncarnant sous forme humaine et sous le nom de Ghristna , était venu visiter la terre , y avait été persécuté et mis à mort par des méchants ; que dès lors beaucoup de Élusses révélations s'étaient répandues sur la terre, que beaucoc^ de fausses divinités avaient usurpé la plaoe ouvrai Dieu.

La conformité de cette l^ende avec celle du Ghrisl frappait de plus en plus l'esprit der^êque; ausn^ pour

inleux s'assurçr de cettis ressembJiai^Ge , îQjtierfoifîpit-U Swâmee-Narratn : «^'avais toujours ç)M;i> dit-il ^.qufli le Dieucréateiiircle toutes citons ét^it a{^lé par les In-* dous Brabma^ pon Ghristna^ Edair$-iQoi donc^ ôpun^ dit. Too Dieu çstnl ÇrahQoa^ qu sierait^e qnf^lq^e ^ufri^ pieu^diflfêreijt.tdieiBrahma? t

Swaraee-]^arjrain s'inclina en souriant, etOQmi^çl;idr^ mé d'une question qui le mettait à oiêj^e d'entjrer âans| une ei^Iication nécessaire à l'ensemble desa doçtrijsei il répondît : « Ç'eçX bien vrai quMl n'y a qu'un seul Dieu> qui e$t au dessu^;, ^u dedans, à côté de toutç;^ choses > et par qui sotnt toutes cjiQjses^ Mous aussi , dei in$me que tous les autres Indous^ nous donnons è cq Dieu je nojxx de Çrahma^ niais il y a un espiit en qi^ ce Dieu est pliis spécialeoient, espràt qui vient de Dieu, qui est avec bieu , qui est semblable à Dieu, q«u m^r nifeste aux hommes la yolqntè de ce Dieu créateur de toutes çboses. Or c'est cet esprit que vous a|^lo9S €bristna, qiiç nous adprofts çon^^ une içna^e 4^ Dieu, » Après quelques développements , c^i^me Régir nald Heber lui reprochait une sorte d'adoration mani*festée par ses sectateurs à l'égard du soleil ^ il dit: < Sans doute le soleil n'est pas Dieu, mais nous voyons en lui une image de la gloire et de l'éclat de Dieu, t La conversation se prolongea sur ce ton ; puis, parlant du gouvernement de Dieu> c'est-^à^ire de ses rapj^op^tavec l'humanité, il termina par ces paroles : « Notre croyantjoe, e'es); qu'il y a ev plusieiirs ^y^^tars ,<inqarff?^Âpns de Dieii) en différ^i^ temj^^ eten différents lieii^ic, U9 pp.^ les chrétîea^^ un au|fe pofir les ^pui^i^, d^^i^ très pour les Indous. »

A quoi révéque r^liqua : «. pundlt. Dieu sans doute a parlé difE^ntes foiset par diJÛfêi:entsprpp^f^i

168 l'iROS 8O0S U DOMflïATfoKr IMUlSM,

mais est-il possible de croire qu'un seul avatar n'ait pâ^ été suffisant pour la totalité de ce monde (1)? »

Dans ces dernières paroles éclate toute l'opposition qui devait se trouver entre l'évèque et le réformateur indou. Reginald Heber en avait eu la conscience dès le premier moment; mais Swamee-Narrain était loin de è'en douter ; il en donna bientôt la preuve. Deux de ses disciples se rendirent effectivement au bout dequelqueâ jours près de l'évèque. Ils apportaient une lettre du premier dans laquelle il suppliait le grand gotirou des chrétiens d'employer en sa Faveur son crédit auprès du gouvernement anglaisa Bombay ; il s'agissait d'en obtenir des fonds qui le missent à même d'achever la coii* struction d'un temple qu'il venait de commencer sous l'invocation de Luckshmee-Narain, ou la déesse indoue de l'abondance.

« Je ne vis que trop, dît l'évèque en terminant, combien, malgré mes premières espérances, Sv«ramee« Narrain était encore profondément enfoncé dans les té* nèbres du brahminisme (2). »

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