CHAPITRE
CiOninent là sftdalion des ADghti dans Tlnde a I6té Joscpi^ présent tant analogue do» lliisloire da monde.
Lee Anglaise scmt trouvés , se trouwnt ^^core^ au «^ea de rinde , dans une situation absolument nou* vdledâAS l'histoire du monde. La situation des Ro« inmns dans l'ancien monde^ ceUe des E^gnols dans U nouveau » a d^à été examinée sous le rapport mili*^ 4aine; ellei ne présente avec la leur qu'une analogie iou* jours éloignée et le ^us souvent trompeuse.
Les Romains exerçaient une intluence morale sur les populations conquises par leurs armes. Les peuples de randen monde m repoussaient pas, pour la plupart^ la civilisation dont Ils étaient les missionnaires armés; la Gaule 3'en laissa focileni»t pénétrer; elle y puisa sa propre dvilisatiob. Les EspagiMds ne trouvèrent pas les naUons du Nouveau^Monde plus rébelles à celle qu'ils Apportaient. Tombées sous Tépée de la conque, elles s^^nouiUèrent comme de leur propre mouvement au pied de la c^ki. Elles se laissèrent entraîner, sur les pas des missionnaires, daas les seiatti^s nouveaux de la civilisation européenne* D'un autre côié la force maté* tédeUe ne manqua ni atixll(H»aî^ m aux Espagnota,
18& l'IïVDB 8009 LA DOttfNATtOlC AUGUISB.
pour conserver ou consolider Toeuvre de la conquête. Lès armées romaines avaient la supériorité de la discipline et de l'organisation, souvent Tégalité du nombre; les armes à feu rendaient invincibles les Espagnols. De nombreuses émigralions venaient sans cesse grossir, dans le Nouveau-Monde, la population européenne. Le sang et la civilisation de TEspagne descendaient à larges doses sur le Mexique et le Pérou. On le vit bien à répoque où commença pour ces colonies Tère de leur indépendance. Détachées de TEspagne, elles demeurèrent imprégnées, pour ainsi dire, delà civilisation espagnole, depuis les sommités jusqu'aux derniers rangs delà société. Encore au premier pas^ sans doute, à la première phase du développement de cette civilisation , celle-ci n'en est pas moins évidemment le mo* bile tout-puissant de leur initiation à dés destinées nouvelles; résultats vraiment glorieux de la domination des Espagnols, et qui jusqu'à un certain point rachètent aux yeux des philosophes les barbaries, la férocité, qui n'accompagnèrent que 'trop souvent leurs conquêtes.
En dépit de l'importance et de la durée de leur établissement dans l'Inde, les Anglais n'ont au contraire exercé aucune influence morale ou civilisatrice sur les peuples de l'Inde. L'institution des castes devait persister sôus la conquête; elle offrait aux vaincus un àsyle où il leur était loisible de conserver leurs croyances, leurs coutumes , leurs traditions. Les institutions villageoises, là où elles subsistaient, les rendaient, d'un autre côté, indépendants, quanta leurs intérêts matériels , de l'autorité politique qui régissait le pays. Nous avons monlré l'abyme infranchissable qui séi>arait le brahminisme et le christianisme; abynle qui in-
UV. IX. -- FAIBLESSE DE l'ATABLISSEMEXT ANGLAIS. 1$5
terdisait à ce dernier tout moyen d'action sur les sectateurs du premier; et qu'on ne pouvait espérer de voir jamais comblé , car il existait aussi, et depuis des siècles, entre le brahminisme et Tislamisme. Or l'islamisme, gigantesque hérésie du christianisme, avait emprunté de celui-ci , on le sait, plusieurs de ses conceptions fondamentales. Dès lors aussi la civilisation musulmane, tout en régnant sur une population de douze à quinze millions de vrais croyants, demeura comme isolée au milieu des peuples de Tlnde. Comment la civilisation européenne aurait^elle donc chances de s'y développer au moyen de quelques milliers d'Européens? En tant que peuple de l'Orient, les musulmans, en dépit des barrières religieuses qui les en séparaient, se trouvaient en effet avoir avec les Indous mille points de contact , qui manquent aux Anglais, qui semblaient devoir être comme autant de points de départ comme autant de centres de fusion et d'assimilation. Les Anglais ne régnent donc point dans l'Inde comme l'ont fait les musulmans, ou bien à la façon des Romains dans l'ancien monde, des Espagnols au Mexique et au Pérou , nous voulons dire par une force qui leur soit propre , mais, tout au contraire, au moyen d'une force empruntée à la population conquise elle-même.
En dépit de certaines apparences la domination des Anglais diffère en effet, on ne saurait davantage, de celle qu'elle a remplacée. Les oppositions de croyances et de mœurs n'avaient engendré après la conquête mongole que des résultats purement négatifs. Le peuple conquérant demeura séparé du peuple conquis; d'ailleurs ce dernier conserva ses institutions politiques, administratives , municipales. Mais la civilisation européenne,
186 t*nfDtt «OUB Là DOMIHATIOK A1VGLAI8B*
«rméede eette terrible initiative qui lui eslaujourcThm dévolue, B'eut pas de ces ménagements. Les Anglais, dans leurs rapports a^ec Tlnde, semblèrent s'ôtre proposé de répéter aTac mille ^ mille variantes le fameut m Gomment peut-on être Pi^rsan ? » Frappés des formes bicarrés, ou du moins pour eux nouvelles , sous lesquelles se présentaient i eux les instîtutbns indoues , ils refusèrent d'y reconnatlrel'œuTre d'une civilisation qui, pour éâre diflérente de la leur, n*en était pas iBoins puissante et complète dans ses manifestations. Sous rimpression de cette idée, ils ne voulurent plus iKoir dans l'Inde qu'un pays arriéré, inculte, inca« pable de se gouvesner, de s'a<hnimstper lui-même. «On atoiyours traité l'Inde, dit quelque part sir Thomas Munro, comme un pays sauvage, barbare; pourtant, si la civilisation était une marchandise ayant cours dans le commerce, nous en trouverions ici, sous l>eaucoiup de xapports , plutôt à acheter qu^ vendre, t 4Sir Thomas Munro fut lui-même, dans la pratique, de ceux qui U*aitèrent l'Inde comme un pays sauvage et i>art)are; mais cette contradiction ne fait qu'ajouter à Tautorité de ce qu'il a pu dire.
Placés à ce point de vue, les Anglais ne pouvaient manquer d'être dans finde d'impitoyables dominateurs. Les Anglais, qui poussent dans leur propre patrie le culte du passé jusqu'à Tidolâtrte; les Anglais , qui modifient sans cesse, sans jamais le détruire radieal^Bent, l'ensemble des institutions politiques dont ils ont hérité; les Anglais , conservateurs éclairés , intdlîgratB, au besoin patients, devinrent dans l'Inde des réformatews emportés, de fougueux révolutionnaires. Dans leur patrie fidèles dépositaires de la tradition historique, ils devinrent dans l'Inde auteurs ou instruments
LIT. n; — «OBURMK l>fi 1.'fiTABLISfflniBNT AK6LAI8. 187
â'iaiKrrdtkms 4iiq»tovisées. Ils entreprirent de créer tXMrt d'un coup, de fondre d'un seul jet, tout un gou- ^gpiMmenty tout un OMemble d'institutions administrathm ot judiciaires, pour des peuples dont ils ignoraient l^istoire, l'état social, lesgouvem^nients, dont les croyances, ieslangues, les besoins, leur étaient incon^ nm; toutes choses dont ils dédaignaient de sMustrmre, {flor suite d'une orgueilleuse conscience de leur propre Jmpériorilé, A la vérité le bien^tre, la prospérité de ce peuple, n'étaient pas le i)ut qu'ils se proposaient dans leurs travaux; ce qu'ils voulaient c'était d'en tirer pour eux-métnes le meilleur parti, c'est-à-dire le plus d'arène possible. Toutefois, même dans ce but, il aurait dû leur paraftreau moins douteuxque cefûtà Tignorance, ^ la précipitation de l^islateurs européens, qii'il falKtt savoir recours.
Loin delà, les institutions nationales, souslMmpi* -toyabte marteau derinitiative européenne, nnrent cou- TTÎr le sol de leursdébris.NousTavons dit, ce rêve d'un fe^t nombre de nos plus ardents révolutionnaires exaltés ou psff la contemplation solitaire, ou par l'emportement fiévreux de ces moments terribles; ce rêve tm ils •condâéraient tout un peuple comme n'ayant ni passé, Tii pour ainsi dire d'existence propre; où ilsne voyaient «n lui qu'une matière inerte, livrée à tous tes caprices de leurs volontés, n'attendant que leur /aï suprême; q'U'ils étaient libres de constituer dans les formes nou* Te^ttes qu'il leur plairait de lui imposer; ce rêve que nous regardons Comme insensé sur le sol de la France, ce rêve a été réalisé sur >celui de l'Inde. Encore le fot-il aa miliai de circonstances qui laisseraient en arrière toomme difficultés, comme impossibilités , celles où au- Tatimtdû agir nos Babœuf et nos Buonarotti. Ces ré-
188 l'indb sous la DomitAnoN ancilaisk.
formateurs, tout insensés qu'ils fussent, appartenaient pourtant à la civilisation européenne , française même. Leur langue était celle du peuple sur lequel ils prétendaient opérer ces gigantesques réformes; leurs cro;an« ces 9 leurs sentiments, leurs habitudes, étaient en grande partie ceux de ce peuple. Ils se seraient trouvés. à même d'entendre les plaintes, de concevoir les misères des victimes sacriGées à leur délire fanatique. Mais les législateurs de la société indoue lui étaient et lui sont demeurés étrangers, tout en la réformant, c'est-à-dire en la bouleversant de fond en comble.
Déjà les résultats déplorables de Tœuvre alors accomplie ont été racontés. Nous avens fait toucher du doigt et de Tœil tous les inconvénients du système du gpuvernement général établi par les Anglais. Les institutions financières, judiciaires, militaires, nous ont tour à tour révélé leur faiblesse et leur insuffisance. La domination de tout peuple européen sur les populations de l'Inde aurait sans doute amené une partie de ces résultats. Toutefois peut-être quelques uns de ceuxci auraient-ils été ou compensés ou annulés par le caractère du peuple dominateur, par la nature des relations qui se seraient établies entre ce dernier et les nations conquises. La main sympathique du vainqueur a plus d'une fois allégé en faveur du vaincu le joug de la conquête. Toute institution politique ou administrative est-elle autre chose qu'un simple instrument , qu'un instrument purement passif? La Êiçon dont il est mis en jeu par la main qui le dirige n'est-elle pas pour beaucoup dans Teffet qu'il doit produire? )
Il ne suffit donc pas d'avoir décrit Tinstrument au jmoyen duquel l'Angleterre s'est proposé d'agir sur l'Inde, nous devons encore nous demander si sa mise
Uv, IX, — VAIBLBMB PB L'tTABLIflgBlIËNT ANGLAIS. 189
en jeu a été suffisamment habile pour en compenser rimperfection ; en d'autres termes, chercher une réponse à cette question : < La nature des relations qui se sont établies entre les Anglais et les indigènes est-elle propre à rendre supportable à ceux-ci le joug de la conquête ? »