‹ L'Inde sous la domination anglaise;Chapitre 49 sur 101 · UV. IX. — FAIBLESSE DE L'ÉTABLISSEMENT ANGLAIS. 21 S · texte numérisé non relu

UV. IX. — FAIBLESSE DE L'ÉTABLISSEMENT ANGLAIS. 21 S

trouve absolument inexplicables (1). « Les préjugés des Indous, pour nous servir de ses propres termes^ s'opposent à ce qu'ils prennent place aux mêmes tables que les Anglais. Mais il est cependant plusieurs sortes d'amusements européens 5 plusieurs sortes de sport qu'ils aimeraient à partager avec eux , et dont la raideur anglaise les éloigne (2). » Ce n'est pas tout , dit-il encore : < L'orgueil insensé des Anglais les pousse en ce seiis jusqu'à ne tenir aucun compte des injonctions de leur propre gouvernement. Les tussildars , par exemple , ou principaux agents du revenu, ont droit à une chaise quand ils se trouvent appelés devant les Euro* péens; les subabdars, dans l'arméee, ont également droit à la même distinction : on ne compterait pourtant pas dans l'Inde six collecteurs qui se soumettent à cette première étiquette; et la seconde, qui n'était jamais omise il y a seulement une quinzaine d'années, est à présent absolument hors d'usage (3). » Or, comme lé dit Heber, il n'en était pas ainsi autrefois. Notons ce point : il confirme ce que nous avons dit sur la diiïérence de la manière d'être des Anglais avant ou depuis raffermissement de leur domination.

Les mœurs, les habitudes des Indous ^ si différentes de celles de l'Europe, sont sans doute pour beaucoup dans cet éloignement où ils vivent des Anglais. Il serait injuste de ne pas le reconnaître. Toutefois Heber, esprit observateur, voulut se rendre compte delà part qu'il fallait attribuer dans ces fâcheux résultats, d'un côté à la nature des choses, de l'autre à la manière d'être de ses compatriotes. Il s'informa s'il en avait été

(i) Heber, t. III, p. 358.

(2) Id., tbid., p. 357.

(3)/<l.,<6tVI.,p.538.

iïh L^INDB SOUS LA DOMINATION ANGLAISE

de môme jadis entre les Français et les tndôus; il prit sut* ce point des renseignements à Delhi, où des chefs français avaient long-temps séjourné. Je le laisse parler. « Je saisis cette occasion, dit-il, de m'informer dii degré de favetir dont jouissait dans cette partie de Tlnde lé lioin des Français, qui en ont été les dominateurs. J'entendis beàtitoujp de gens qui parlaient d'eux comme s'étant montrés souvent oppresseurs et avides , mais de manières beaucoup plus populaire^ et plus conciliantes que les saheb (1) anglais. Beaucoup d'entre eux, comme le vieux colonel *** (2), avaient complètement adopté les vêlements et les usages indous, et la plupart étaient exempts de cet esprit intolérant et eiclusif qui fait des Anglais, partout où ils sont, une caste à part, détestée de leurs voisins et les détestant. Je ne vois chaque jour, en effet, que trop d'exemples de cet orgueil national absurde et farouche, et je suis convaincu iqu'il nous fait un tort considérable dans ce pays. Nous ne nous rendons pas coupables d'injustice ou de tyrannie arbitraire ; mais nous éloignons de nous les indigènes , dont nous ne savons plus parler qu'en paroles grossiei*eâ et insolentes (3). »

Les Anglais, doués de la consistance et de l'énergie qui tont ies conquêtes , semblent dépourvus , en revanche , deâ qualités propres à les rendre stables, durables. Le j'oùg de la conquête est plus lourd dans leurs mains que dans celles de totit autre vainqueur. La nation entière semble dénuée de cette faculté d'assimilation , de ce

(1) Nom sons leqnel les indigènes désignent les Anglais.

(2) Un colonel d'origine française établi dans Tlnde* (3}Heber,t.II, p.543 4.

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respect et de cette sympathie pour les croyances et les mœurs étrangères, qui seuls peuvent donner pour fondement aux conquêtes l'affection, le dévoûment des peuples soumis. Les instincts de race repousseraient au besoin toute concession réclamée même par l'intérêt bien entendu des dominateurs; dans cette route, les mœurs resteraient , le cas échéant, bien en deçà des idées : c'est ainsi que les Américains^ en brisant par la loi les fers des nègres, les ont emprisonnés dans un cercle de préjugés aussi rétréci, aussi cruel que leur servitude passée. L'Espagnol en a agi tout autrement; il ne s'est pas encore avisé de proclamer à jour et heure fixes la liberté des noirs. Mais la tolérance de ses mœurs et de ses idées a été adoucissant de jour en jour l'esclavage; l'esclave à son insu, à l'insu de son maître, est entré dans la société , est devenu membre d'une famille. L'idée du siècle pénétrera sans doute dans les colonies espagnoles, là comme ailleurs la liberté des noirs sera proclamée; mais les nègres ne sauront peut-être pas tout d'abord ce dont il s'agit, et ce ne sera pas sans quelque peine qu'on leur fera comprendre la différence de la liberté qui commence et de lesclavage qui finit. ,0r les Américains et les Anglais ne sont qu'une même race qui s'est développée au milieu de circonstances différentes.

SI 6 l'iudb sous la domination anglaise.

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