‹ L'Inde sous la domination anglaise;Chapitre 52 sur 101 · LIV. II. — - VAIBL8SSB DB L'fiTABUSSEMlEMT ANGLAIS. S · texte numérisé non relu

LIV. II. — - VAIBL8SSB DB L'fiTABUSSEMlEMT ANGLAIS. S

gné cette anecdote^ puérile en apparence , mais dont il nous révèle tout le premier le sens profond.

Sous une forme différente nous voyons ailleurs un sentiment analogue. « J'étais un jour dans une boutique de la ville d'Agra, dit sir John Shore; le bazar était d'ailleurs encombré. Un officier que je neconnais* sais pas s'avançait doucement au pas de son cheval; la foule se rangeait au fur et à mesure pour lui faire place* Un mendiant aveugle se trouva sur le chemin y qu'il barrait, ne sachant de quel côté se diriger. L'officier, arrêtant son cheval, appela un bystander (employé subalterne), qu'il chargea de diriger l'aveugle pendant quelques pas; puis il continua sa route. Alors on entendit de tous côtés s'élever de la foule des exclamations confuses : a Bien, bien ! c'est là une bonne action ; » combien d'autres seigneurs anglais auraient battu^ce f pafivre homme pour s'être trouvé sur leur chemin 1 1 J'aime à croire que beaucoup d'autres officiers auraient agi comme celui-là , et que Fétonnement du peuple d'Agra n'était nullement fondé; mais le fait n'en donne pas moins une singulière force à la réflexion dont l'écrivain qui nous le raconte en fait suivre le récit : « Quelle opinion les indigènes ont-ils donc des Anglais , lorsqu'un acte d'humanité aussi naturel suffît à leur causer un semblable étonnement ! Mais est-il possible, d'un autre côté, qu'une semblable opinion se soit formée absolument sans motif (1)? «

Par elles-mêmes en effet, prises isolément , les anecdotes que nous venons de citer pourraient n'avoir pas une grande signification ; mais il en est tout autrement cependant, car elles sont citées, par les écrivains aux-

(i)Sbore,t.I,p.S5.

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quels noDS les empruntons, comme preuve à Tappui de cette thèse, qu'ils soutiennent aussi bien que nous , l'impopularité du gouvernement anglais dans Flnde. Leur signification isolée n'est pas ce qui nous les fait reproduire; mais sous forme dramatique et individuelle elles offrent comme le résumé des opinions générales de Beginald Heber et de sir John Sbore, écrivains graves, consciencieux, ayant tenu l'un et l'autre un rang des plus élevés dans la hiérarchie anglaise. Au surplus, la même opinion a été fréquemment reproduite, exprimée par des écrivains non moins considérables, entre autres sir John Malcolm , le major général Briggs. La différence des professions entraine celle des points de vue de l'écrivain ; la justesse des opinions qu'il émettent, n'en parait dans ce cas que plus évidente. Gomment concevoir qu'un prêtre, un magistrat, un militaire, soient d'accord sur un point, sans admettre que^'est la vérité même .qui produit cette similitude dans leurs témoignages î

Rapprochés de l'opinion émise par les missionnaires catholiques sur ce sujet, ces témoignages acquièrent une plus grande valeur encore. Les missionnaires se trouvaient dans la meilleure de toutes les situations pour en parler en connaissance de cause. A peine arrivé dans l'Inde, chacun d'eux se faisait Indou pour aller vivre parmi les Indous. Ils devenaient dès lors le confident du dégoût, de l'antipathie, de ceux-ci à l'égard de la civilisation européenne. Nous avons vu avec quelle énergie ce dégoût, cette antipathie, se sont souvent prononcés. Depuis lors aucun changement n'est survenu dans la situation relative des deux populations, qui ait pu les diminuer ou les adoucir. La ruine ^ la misère, l'anéantissement des anciennes institu*

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tions sociales, voilà ce qui n'a cessé de marcher sur la trace des Anglais. Le protestantisme est demeuré isolé; le catholicisme n'a répandu ses bienfaits qu'en voilant leur origine. L'Européen, à ses premiers pas dans l'In* de ; l'Européen , vu à distance par les indigènes, leur inspirait déjà du dégoût et de l'horreur. Aujourd'hui il est partout, il se montre de près; il est maître absolu ; il n'a plus aucun intérêt à ménager leurs préjugés ^ leurs habitudes; il perd dans laconscience de sa force le peu d'ascendant moral qu'il pouvait puiser dans le sentiment de sa âiblesse.

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