CHAPITRE VIL
Goutionation du môme sujet. L^Angleterre conquise par une compagnie de marchands africains.
On s'étonnera peut-être des sentiments que nous ve« nous d'attribuer aux indigènes à l'égard des Anglais, mais il est un moyen fort simple de nous assurer qu'ils sont bien tels néanmoins que nous venons de les décrire, et qu'ils ne sauraient être autres. Un paysage ou un tableau nous semblent-ils confus, changeons de point de vue; le plus souvent ils nous apparaîtront aussitôt fort distinctement et dans leurs moindres détails. Employons un procédé analogue dans un autre ordre d'idées. Supposons l'Angleterre dans une situation pareil* le, ^s-à-vis un autre pays, à celle où l'Inde se trouve à son égard ; supposons encore que cette situation s'est
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établie dans descircoDstances, par des moyens sembla-^ bles; les sentiments qu'éprouveraient dans ce cas les Anglais à regard de leurs dominateurs seront précisément ceux qu'ils devront s'attendre à inspirer eux* mêmes aux habitants de Tlnde. Développons avec quelques détails cette supposition.
Au commencement dusiède dernier (1 ) une compagnie de marchands africains obtint du gouvernement anglais la permission d'élever une factorerie sur un point de la côte méridionale de l'Angleterre. Peu d'années après , un fonctionnaire anglais accusé de concussion se retira chez les Africains^ qui refusèrent de le livrer. Les An<glais prirent possession de la Ëictorerie, ils emprison* nèrent les Africains. Mais peu après ceux-ci , secourus par leur gouvernement, attaquèrent à leur tour les Anglais, et les contraignirent à leur céder une petite por* tion de territoire. Au bout de peu de temps , trouvant un prétendant soutenu par un parti assez fort, ils s'y joignirent. Pour un sujet à peu près insignifiant, ils se prirent de querelle avec les Anglais, déposèrent le souverain régnant, et le remplacèrent par le prétendant. Ce nouveau souverain subit, peu après, |le sort de l'ancien; à son tour il fut déposé et remplacé par un nouveau prétendant. Dans l'un et l'autre cas les Africains avaient eu l'adresse de mettre, à l'aide de présents, les principaux personnages de la cour dans leurs intérêts.
Les Africains, ne recevant qu'une solde fort mesquine de la part de leurs supérieurs, cherchèrent à y suppléer par le commerce. Us exigèrent du roi, leur créature, une exemption de droits de douanes pour
(I) nous empruntons le fond de cette Idée h ilr Jolm ^ore.
S&O l'inhb 8000 Là Domination an<}lâI8B.
leurs propres marchandises; ils l'obligèrent en oatré à en mettre de fort considérables sur celles de ses sujets. Cette différence, avantageuse aux Africains, fatale aux Anglais, amena parmi ces derniers une détresse générale ; le roi, dans le but d'établir entre eux l'égalité, abolit tout droit de douanes. Les Africains lui en firent un crime. Après quelques discussions ils déposèrent le roi et le remplacèrent à son tour par une autre de leurs créatures. A celui-ci ils persuadèrent de licencier une partie de ses troupes, et de s'en rapporter aux Africains pour la défense de son territoire, à condition toutefois qu'il xiemeurerait chargé des dépenses. La solde des troupes s'arriérant, ils exigèrent du roi la cession d'une partie de son territoire, comme gage d'un paiement plus régulier, lis dépouillèrent ensuite de leurs seigneuries une partie des grands vassaux de la couronne , celui-ci en rai^oh de certain manque de formalités dans les concessions primitives^ celui-là par le motif qu'il aurait manqué à quelques, unes des conditions jadis imposées à ses ancêtres. Us leur donnèrent en dédommagement des pensions. D'après des promesses solennelles ces pensions devaient être invariables et héréditaires, elles furent successivement d'abord réduites, peu après supprimées.
L'impOl territorial , sous le gouvernement des Africains, monta bientôt à un point où on ne l'avait jamais vu. La plupart des propriétaires furent réduits à la misère, à la mendicité ; le fisc se vit de plus dans l'obligation de faire vendre aux enchères la plus grande partie du territoire. Au bout de peu d'années il n'y avait pour ainsi dire plus une seule propriété demeurée dans les mains de ses premiers possesseurs. L'exi-