LIV. II. — FÀIBtESSB DS l'ÉTÀBLISSEVENT ANGLAIS. d
stence des anciennes familles fut détruite; les nouveaux propriétaires se trouvèrent recrutés presque en totalité parmi les serviteurs des Africains. La population an« glaise faisait-elle entendre quelques murmures à Toc-' casion de ces procédés , on lui répondait : « Les anciens gouvernements n'agissaient pas de la sorte, mais ils en . avaient incontestablement le droit; nous autres Africains, qui leur avons succédé, nous ne faisons donc qu'user d'un droit légitime. » Ils poursuivirent le cours de leurs acquisitions par les mêmeà moyens qui les avaient rendus maîtres des premières ; ils ajoutèrent incessamment les districts aux districts, les comtés aux comtés ; le moment vint où ils se trouvèrent en possession de la totalité du territoire britannique. Ils le gouvernèrent de la même façon qu'ils l'avaient acquis. Quant au roi alors régnant, ils lui assurérent une pension, puis l'enfermèrent dans le château de Windsor.
Le souverain et les grands de l'état, privés de toute puissance réelle, dépouillés même du prestige du passé,n'eurent plus aucun motif qui les excitât à développer leurs facultés. Ils ne pouvaient manquer de se laisser aller à une prompte dégénération : eux et leurs familles tombèrent dans la misère et l'imbécillité. Les Africains n'en alTirmèrent pas moins que leur condition était au contraire meilleure qu'auparavant ; qu'au lieu de revenus précaires, ils en avaient maintenant d'assurés , en raison de la stabilité du gouvernement africain ; que ces revenus leur arrivaient sans aucun souci de leur part, sans qu'ils eussent besoin de s'assurer les votes de la chambre des communes, de se maintenir une majorité dans celle des lords, etc.
A l'époque dejeurs premières acquisitions territou. ' 16
24i l'iNDB 80US LA DOMINATION ANGLAI8B.
riales, les Âfiricains laissèrent subsister çà et là soit certaines lois dont ils ignoraient l'existence, soit certaines coutumes nationales. Ils introduisirent cependant de temps à autre quelques règlements de leur propre invention; puis, à mesure qu'ils prirent successivement possession des provinces du nord , de FEcosse , de la principauté de Galles, de Tlrlande, des Hébrides , des îles de Shetland et d'Orkney, il mirent en pratique ces règlements. Ils ne s'embarrassèrent pas le moins du monde des coutumes particulières aux populations de ces différentes provinces.
Au commencement les Arricains avaient laissé debout lesjusticesde paix, les cours périodiques de justice, et autres autorités locales. Bientôt les indigènes leur parurent trop accessibles à la corruption pour qu'il fût prudent de leur confier le moindre office, le moindre emploi ; ils supprimèrent en conséquence toutes ces institutions nationales; ils les remplacèrent par un certain nombre déjuges africains exclusivement chargés de rendre la justice aux Anglais. Un juge, quelquefois assisté d'un autre , fut désigné pour chaque comté ; un petit nombred'ii^digènes lui furent attachés pour l'aider dans ses fonctions , ces derniers avec des salaires tellement faibles, quelesgens des plus basses classes pouvaient seuls s'en contenter. Chacun de ces magistrats de comtés avait sous ses ordres un certain nombre de constables supérieurs, dans la proportion de un par district; tous ces magistrats africains ayant des pouvoirs plus considérables que les autorités anglaises qu'elles avaient remplacées. Par elles-mêmes ces cours ne pouvaient valoir grand'chose, de plus les Africains avaient ordonné que les affaires fussent traitées en français-normand; enfin, le nombre de ces cours était fort peu
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considérable par rapport à l'étendue du territoire et au chiffre de la population de leur ressort; la moindre affaire obligeait les plaideurs à (aire une route de vingt milles au moins , souvent de cent milles et plus (1). Les délais de la justice se trouvaient en proportion de ces distances; en sorte que la plus petite cause exigeait quinze jours, trois semaines, avant (^Ire jugée ^ et que les moindres contestations, dont Tobjet s'élevait à peine à quelques livres, demeuraient pendantes des années entières avant d'obtenir une première sentence. Les délais pour l'appel n'étaient pas moindres.
Les Africains connaissaient fort peu la législation anglaise; leurs propres règlements étaient nombreux » compliqués et souvent contradictoires ; ils n'en laissaient pas moins indécis un grand nombre de cas , et précisément les plus importants pour les Anglais. De jeunes magistrats africains de 22 et de 23 ans, n'ayant que peu ou point d'expérience du pays et de ses habitants, décidaient toutes choses à leur fantaisie; les uns se laissaient guider par les coutumes nationales , les autres par leur propre manière de voir; souvent ils se montraient en contradiction manifeste sur des questions identiques.
D'ailleurs ces Africains, se croyant d'une nature fort supérieure à celle des Anglais, traitaient ceux-ci avec légèreté et même avec une espèce de mépris ; cette sorte de dicton populaire s'était établie parmi les Anglais : a Avoir une affaire quelconque avec un Africain^ c'est aller chercher une insulte. » En effet, un grand nombre d'entre eux avaient l'habitude dinjurier, même
(i) Les dlctricU indoiM sont stnirent d^one étendue plui considérable qoe les comtés d^Angletenre*
2A4 L*INDS SOUS Là DOMINATtOH ANOLAISB.
de battre leurs gens, pour le moindre sujet, souvent sans autre motif que l'impossibilité où se trouvaient ceux-ci de comprendre le jai^on mêlé de mauvais anglais de leurs maîtres. Long- temps ils négligèrent d'apprendre l'anglais, se contentant d'avoir un ou deux interprètes indigènes ; ils se bornèrent ensuite à prendre quelqup teinture d'un mauvais patois propre à la populace. Ils engageaient à leur service non seulement des gens de la lie du peuple, mais des repris de justice, mais des femmes de mauvaise vie. Qu'ils n'eussent aucune religion, c'est ce que semblait prouver toute leur conduite. Mais, ne se contentant pas ou de ne point en avoir, ou de ne la point pratiquer, ils paraissaient en outre se plaire à tourner en dérision le culte de la population conquise. On les voyait entrer dans tes églises le chapeau sur la tète,' ou bien faire mille autres choses du mènie genre sinon blâmables en ellesmêmes, du moins éminemment blessantes pour les Anglais.
Chose singulière! s'a visait-on de prévenir les Africains que leur domination était peu goûtée des indigènes, les uns prétendaient que c'était là chose impossible; d'autres allaient plus loin : ils en faisaient un crime à ces derniers , affirmant que c'était bien là une preuve de la perversité de leur naturel ; que les Anglais auraient dû leur être reconnaissants; que jusque alors ils n'avaient jamais cessé de se quereller entre eux ou avec leurs voisins, mais que, grâce aux Africains, le moment était venu où ils jouissaient enfin d'un bon et stable gouvernement, où justice était assurée à tous, etc., etc.
La haute idée que les Africains avaient d'eux-mêmes, leur «upériorité à leurs yeux incontestable sur les ra-