CHAPITRE IX
L^lDde a-t-elle gagné on perdn en prospérité matériene aoas le gonvernement angiaû.
L'Inde a-t-elle vu sa prospérité s'accroître on diminuer sous la domination anglaise? C'est là une question qu'on se fait souvent; de la réponse que chacun lui donne dépend naturellement le jugement favorable ou défavorable qu'il porte du gouvernement de l'Inde par l'Angleterre.
Nous ne saurions, quanta nous, admettre que le mérite d'un gouvernement récemment établi chez un peuple puisse être déiinitivement apprécié sur cette mesure. Des circonstances fort indépendantes des maîtres d'un pays, jusqu'à un certain point même contrariées par eux , peuvent amener cette prospérité ; dans d'autres cas, au contraire, toute leur habilité, toutes leurs bonnes intentions, ne sauraient lutter contre des circonstances éminemment défavorables. D'un autre cô-
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té, certains symptômes allégués souvent comme témoignages de prospérité n'ont pas au fond cette si^ gtiificâtion : Paccroissement de la population, Taocroissement de l'impôt ou du revenu public, peuvent être parfaitement, ce nous semble, dans ce dernier cas.
Dans rinde, par exempte, l'impôt, c'est-à-dire le revenu , a augmenté dans les territoires soumis au gouvernement anglais depuis son établissement; mais c'est précisément dans l'Inde que ces symptômes perdent cette signification qu'on leur prête. Les territoires dont le gouvernement britannique se mettait en possession par la conquête venaient le plus ordinairement d'être dévastés, épuisés par la guerre; d'autres fois il ne s'en mettait ouvertement en possession qu'après les avoir long-temps administrés d'une manière détournée, indirecte. Bains le premier cas la paix ne pouvait manquer de porter dans l'Inde les mêmes fruits que partout ailleurs, c'est-à-dire de produire une augmentation de richesses; la même chose serait arrivée sous les administrations indigènes. Dans le second, celui où la domination ouverte succédait à l'influence cachée, on comprend, d'après ce que nous venons de dîre, qu'une amélioration considérable devait se manifester dans la situation du pays. D'un autre côté enfin l'administration anglaise, beaucoup plus forte, ayant à son usage dès moyens coercitifs plus énergiques que l'administration indigène, devait faire rendre bien davantage à 1 impôt. La quantité de matière sucrée que laisse échapper la canne soumise au pressoir iie dépend pas uniquement de sa nature propre, mais aussi de la force de pression qu'on lui fait subir. Or le collecteur représente la force qui met en mou-
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vement la manivelle; le tenancier, le fruit jeté dans le pressoir de la fiscalité.
Bien plus, cet accroissement de revenu doit nécessairement prouver contre la prospérité d'un pays, quand ses ressource n'ont pas pu s'accroître dans une proportion analogue. Si les accroissements d'impôts témoignent ea faveur de la situation prospère d'un pays, c'est seulement dans le cas où ils demeurent dans la même proportion avec le revenu national ; mais qu'au lieu du cinquième le gouvernement exige le quart du revenu territorial, par exemple, il est clair que l'augmentation de l'impôt ne témoignera que d'une chose , la diminution de la richesse générale. La véritable mesure de la prospérité d'un pays n'est pas ce qu'on prend au contribuable, mais ce qu'on lui laisse. Or rimpôt, lorsqu'il grossit sous le gouvernement britannique, rentre exclusivement dans la première hypothèse.
L'accroissement de la population ne saurait non plus témoigner incontestablement de la prospérité d'un pays ni de l'habileté du gouvernement. La population du Bengale, par exemple, s'accroît dans une progression'plus rapide que celle de l'Angleterre; en tirerait-on cette conséquence que le Bengale est mieux gouverné que l'Angleterre, que le peuple y jouit d'un plus haut degré de prospérité? Nullement. C'est dans un autre ordre de faits qu'il en faut chercher la raison, c'est-à-dire dans la fécondité des mariages, la facilité de vivre pour presque rien, enfin dans cette terrible famine qui enleva, il y a une soixantaine d'années , le tiers suivant les uns, suivant d'autres la moitié des habitants du Bengale. On sait que la popiHation se précipite, à la façon d'un liquide, dans les vides qui s'y font çà et là : phénomène