‹ L'Inde sous la domination anglaise;Chapitre 65 sur 101 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des entreprise de la Russie sur la Caspienne et à Porient de la Caspienne.

En dépit de sa lutte contre Charles XII , de la fonda^ tion de Pétersbourg , de ses conquêtes en Perse , Pierre le Grand trouva encore le moyen de s'occuper soit de rétablissement d'une marine sur la Caspienne, soit d'entreprises à Test de cette mer. Le petit état de Kbi va, oasis perdue au milieu des sables de l'Asie centrale, attira dès lors son attention ; il comprit toute' l'importance qu'il devait avoir dans un avenir plus ou moins éloigné.

En 1717 le prince Alexandre Bekewitch, à la lête d'un corps d'armée de six à sept raille hommes, reçut de Pierre la mission de se rendre auprès du khan de Khiva* La nature des instructions du prince , l'objet même de sa mission, sont restés entourés d'incertitudes. Etait-il revêtu du caractère d'ambassadeur? était-il le cherd'Hne expédition militaire? c'est ce qui n'est point encore complètement édairci. En dépit de la différence des moyens, le butétait sans douie le même, celui d'établir la domination russe à Kbiva, dont l'importance géographique et commerciale avait frappé Pierre. Quoi qu il en soit, le prince parut d'abord avoir complète-» ment réussi dans son entreprise. Il s'empara de Khi va.

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Mais fii les Khi viens, ou vaincus ou surpris, n'avaient opposé que peu de résistance, ils furent plus heureux en ayant recours à Ja ruse, cette arme si souvent terrible aux mains des peuples barbares. Les vivres devinrent de plus en plus rares à Khiva. Les chefs re^^ présentèrent à Bekewitch la difficulté de pourvoir aux besoins de lant d'hommes réunis. Le prince se laissa persuader. Le corps russe, divisé en détachements peu considérables, fut réparti en un grand nombre de villages éloignés les uns des autres, où ils durent passer l'hiver. Les choses semblèrent d'abord aller pour le mieux ; mais, à un signal convenu, les Khiviens, avec cette una*nimité que donne aux populations conquises la haine de l'étranger, les Khiviens, disons^nous, aûaquèrent subitement et à l'improvisle les troupes éparpillées. Elles furent taillées en pièces, à l'exception de quelques individus qui demeurèrent esclaves pour le reste de leur vie. Le prince Bekewitch fut lui même égorgé, après avoir enduré les plus terribîes supplices. Ecorché vivant ou mort (ce que la tradition ne dit pas) , on fit de sa peau un tambour, qui fut placé auprès de la principale entrée du palais du chef, et plus tard du khan de Khiva.

Les successeurs de Pierre avaient continué à entre- ^ -tenir une force navale sur la Caspienne , où le premier a déploya le pavillon russe. Catherhie II augmenta considérablement ces forces. Le comte Woenowith , qui les commandait, reçut en outre en 1781 des instructions pour l'exécution d'un voyage considérable. Il s'agissait d'explorer les côtes , surtout les côtes orientales et méridionales de cette mer, d'y fonder certains établissements de commerce. Woenowith alla jeter l'ancre dans te meilleur port du Mazanderan; c'était Asterabad, alors

298 L'iffOl tous Lk DOmilATION ANOLÀISB.

en la puissance d'un chef du nom d*Aga*Maboroet, lequel, profitant de Tanarchie qui désolait alors la Perse, s'était créé de ce côté une espèce d'état indépendant. Woeno^itb lui lit demander la permission d'établir une factorerie sur la côte. Aga-Mahomety qui ne se croyait pas en mesure de résister à force ouverte aux Russes, feignit d'y consentir. L'amiral fit en conséquence jeter les fondements d'un comptoir^ qui , une fois aebevé , se trouva transformé en une forteresse armée d'artillerie;

Le khan se garde bien d'y trouver à redire. Tout au contraire il se bâte de venir l'examiner de près, s'en iait montrer Tintérieur, ne se lasse pas d'en louer et d'en admirer la construction. Il se montre de même émerveillé de la grandeur et de la beauté des vaisseaux russes. Curieux de les examiner plus en détail, il is'in vite lui-même à diner à bord de la frégate commandée par Woenowitb. U se livre pendant toute la journée à la plus insouciante gaité. Le soir venu, il manifeste les plus vifs regrets de voir finir un temps si bien employé, de se séparer aussi promptement de ses nouveaux amis. U témoigne le désir de s'en dédommager, il veut traiter à son tour l'amiral russe et ses prin^ cipaux officiers; il les invite à sa cour. Dupes des démonstrations du kban , se fiant d'ailleurs en leur grand ^ nombre, jaloux d'entretenir de si bonnes dispositions cbez les habitants de la côte , les Russes acceptèrent. Mais le khan avait pris ses précautions. A peine les Russes ont-ils franchi le seuil de sa maison , qu'ils se voient arrêtés, chargés de fers. Alors le khan se montre; il menace Woenowith de lui faire trancher la tête, ainsi qu'à tous les autres officiers, si la forteresse n'est aussitôt détruite. Toute résistance était inutile. Lafof-

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teresse fut immédiatement démolie parles mains qui venaient de relever, Tartillerie qui la garnissait rem^ barquée en grande hâte. La Russie, n'ayant aucun moyen de venger cette injure, prit le par!4 de la dissimuler et de continuer à vivre aussi bien que possible avec le khan (1).

Plus heureuse ailleurs et dans d'autres circonstances, la Russie réussit à fonder un grand nombre d'établissements de commerce sur la côte orientale de la Caspienne; elle ccmiinua d'entretenir soigneusement des relations avec les états usbecks du voisinage. Dans Tannée 1819-20 elle s'appliqua à leur donner plus de solidité et d'extension en cherchant à titrer tout à la fois en relation, d'un côté avec Bokhara, de l'autre avec Khiva.

M. de Négri, conseiller d'état, fut chargé de la première de ces deux missions. Des relations commerciales qui de tout temps avaient existé entre la Russie et la Boukharie avaient pris une plus grande extension dans la dernière moitié du 18* siècle. Péteràbourg avait vu assez fréquemment alors des envoyés bouckares. L^em» pereur Alexandre, continuateur de Pierre , comme tous les autres souverains de la Russie , n'avait pas perdu de vue, au milieu des grands événements , des terribles vicissitudes de son règne, ces états à l'orient de la Caspienne dont la Russie apprécie si bien l'importance à venir. La mission, toute pacifique qu'elle fût, présen*tait l'appareil d'une expédition guerrière. L'esoorte de l'envoyé consistait en cinq cents hommes det cavalerie et d'infanterie, deux pièces de canon , deux bateaux transportés sur des charrettes pour le passage des ri vieil] Progrès de la Rouie.

800 l'iMDB sont LA OOmifATIOll ANGLÂI8K.

res, vingt-cinq iivagons à trois chevaux, grand nombre de tentes de feutre. Des marchands se joignirent à la caravane, ce qui la fit monter à un millier de personnes et autant dq chevaux.

La mission s'engagea dans les immenses plaines de sables qu'elle devait traverser a vaut d'atteindre Bokhara. La défiance que ne manque jamais d'éveiller chez les peuples étrangersl'apparition des Européens pouvait lui faire présager une issue funeste. Un vieux marchand boukhare, au moment du départ de la caravane, avait dit complaisamment à l'un de sesamis : < Peut-être aucun des voyageurs chrétiens ne reviendra chez lui; quand même le khan de Khi vie les laisserait passer, notre khan ne commettrait pas la faute de les laisser repartir. Pourquoi voulez-vous que les chrétiens apprennent à connaître notre pays (1) î »

La caravane', en dépit de ces funestes pronostics, ne devait rencontrer aucun obstacle. Elle vécut long-temps avec les Kirghis, qui errent çà et là dans les plaines immenses, vivant en tribus séparées, gouvernés par des chefs héréditairesqui se transmettent dans lessiècles une autorité patriarchale. Les scènes les plus pittoresques se succèdent sous les pas des envoyés russes. Ici, ils sont reçus sous la tente d'un khan qu'ils trouventassisaumilieu de peaux remplies du lait de ses cavales; ses armes sont rangées tout autour de la tente; un diadème d'or garni de rubis est appendu auprès d'un quartier de mouton tout sanglant; on foule de magnifiques tapis de Perse. Là un Kirghis auquel on parle des bienfaits de l'agriculture répond, par un proverbe national : a Quand les Kirghis auront des maisons, ils auront perdu leur

(1) lleyeadorffy p. 8.

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liberté. » Ailleurs un chef cb Kir j> bis, ayant à se plaindredukhande Boukhara, coupe la queue de son propre cheval 9 se rend auprès du khan, et lui dit : « De même que cette queue a été détachée de mon cheval ^ de même je me détache de toi. » Au milieu d'actes de férocité sans nom , un chant d'amour, tout empreint de la forte poésie des temps primitifs, vient quelquefois frapper les oreilles des Européens. Après ces scènes qui nous reportent aux premiers âges du monde , où nous n'avons pu nous refuser à laisser errer quelques instants notre pensée, les envoyés russes arrivent enfin à Boukhara et là c'est aussi tout un nouveau monde qui se révèle à eux.

Ils le quittèrent après un séjour de quatre mois. A leur déport rien n'était changé sans doute de ce qu'ils trouvèrent à leur arrive; « mais les chrétiens avaient appris à connaître le pays des Boukhares. » C'est l'avenir qui nous apprendra jusqu'à quel point étaient fondées les craintes du vieux marchand dont nous avons reproduit les paroles.

La mission de Kkiva était entourée de moinsdepompe et de solennité, ce qui sous certains rapports peut lui valoir plus d'intérêt. Le général Yermoloff, alors gouverneur génér;il de la Géorgie, dut tenter, sur l'ordre de Saint*Pétersbourg, de nouer de nouvelles relations avec le khan de Khivie. Il se proposait déjà de faire établir sur la côte orientale de la Caspienne un entrepôt où les vaisseaux marchands russes pussent demeurer à l'ancre et décharger leurs cargaisons en sûreté. Un officier russe, le naajor Ponomareff, était chargé de visiter dans ce but la côte orientale dQ la Caspienne. Un autre officier, le capitaine Mouravieff"» devait se rendre pendant c>e temps auprès du khan de

SOS Vumn 90U9 là DomifÀTtON anolaisb.

Khivie. Il était porteur d'une lettre où le général Yer«moloff sollicitait le khan , en style oriental , d'ouvrir entre la Russie et la Khivie « les portes de l'amitié et de la bonne intelligence •. La mission de MouraviefT, outre ces choses générales, avait encore un autre but. Les caravanes khiviennes, pour se rendre à Blanghilack, traversaient pendant trente jours des steppes dépourvues d'eau. On lui demandait de diriger dorénavant au contraire les caravanes sur le port de Crasnov^odts , dans la baie de Balkan ; nouvelle route construite depuis peu , n'exigeant que dix-sept jours de marche, abrégeant ainsi de treize jours la route ordinaire. Les navires d'Astrakan , suivant ce que Ton promettait au khan , ne manqueraient pas dès lors de se trouver à Grasnowodts pour fhire les échanges.

Muni de cette lettre, après avoir entendu la messe dans l'église deSion, à TiOis (1), l'officier russe se mit^i marche sans grand espoir de retour. Parvenu à la c6te orientale de la Caspienne, il dut se séparer de ses compagnons. La triste issue de la mission moitié guerrière , moitié diplomatique , de Bekewitch , la férocité connue du khan , alors le Fameux Mahomet-Rahim , ne lui laissaient que peu d'espérance. Un interprète , un soldat, faisaient toute l'escorte de ce nouvel envoyé, à quoi il faut ajouter « un bon fusil , un pistolet, un grand poignard et une épée, qu'il se proposait de ne pas quitter de toute la route». Au début de son voyage, du sommetd'une petite colline, il vit d'un côté la corvette qui Tavait amené, paisiblement à l'ancre dans la baie ; de l'autre la steppe, la steppe immense ; — « la steppe, c'est-à-dire Fimage de la mort ou plutôt de la désola-*

(l)NearaYieff, p.S.

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lîon après un grand bouleversement de la nature, où l'on ne découvrait ni quadrupède ni oiseau , où nulle verdure , nulle plante, ne récréaient là vue; à peine de distance en distance quelques emplacements où de chétife buissons croissent avec peine (1). »

Rencontrant , chemin faisant, une bnnde de Turcomans, leur chef s'enquit de celui d'une petite caravane à laquelle s'était joint Mouravieflf, des étrangers qu'il voyait à ses côtés. Celui-ci répondît : « Ce sont des prisonniers russes que nous venons de prendre sur un de leurs bfttiments, échoué sur la côte , et que nous allons vendre à Khîva. » — « Conduisez , conduisez ces chiens d'intidèles, répondit-on ; nous venons d'en vendre quelques uns nous-mêmes : ils sont d'un bon prix. » Singuli^ compliment de bonne venue Pressé à un ambassadeur!

Le grand danger de la mission périlleuse de Moura- "viefTne commença pourtant qu'à Khiva ; mais là il fut extrême. Mahomet*Rahim , sous différents prétextes , refusa de jour en jour de^Fadmettre en sa présence; il inclinait à ne voir en lui qu'un émissaire adroit, qu'une espèce d'enfant perdu envoyé en éclaireur pour tracer la route k un corps d'armée qui le suivait de près. Ces délais accumulés avaient pour but de s'assurer de la vérité de la conjecture. Au bout d'un certain temps Je khan crut pourtant devoir assembler son conseil. « Les Turcomans qui ont amené ce chien de chrétien, dit-il , «'auraient pas dû le laisser entrer dans mes états. Leur devoir était de le tuer, et de m'apporter la lettre dont il est chargé. Maintenant qu'il est arrivé, qu^y a-t-il à

(1) MoaraTieff.

306 L niDB sous ia doihkatioh iRoum.

Faire? — C'est un mécréant, répondit le cadi; qu^on remmène dans la campagne, et qu'on Tenterre vivant. — Cadi, répliqua le khan , c'est à tort que je te supposais plus d'esprit qu'à moi-même ; je vois que tu en manques totalement. Si je le tue, dès Tannée prochaine, le tzar blanc, son maître, viendra le venger, et m'enlever les femmes de mon harem. Le mieux est de le recevoir, puis de le renvoyer; en attendant, qu'il de* meure en prison. Quanta toi, va-t'en (1). •

Dès les premiers pas de l'officier russe en Khivie il avait été prisonnier de fait. Le khan fit resserrer de plus en plus cet emprisonnement, et exercer sur lui une surveillance de plus en plus sévère. D'ailleurs il était en proieàde violents combatssurlepartià prendre. La férocité de son caractère le poussait à faire mourir l'étranger, lacr aintedu czarblancleretenait.Décidéplus tard à le recevoir, il crut convenable, comme chose de cérémonial, de lui en faire attendre long-temps lemo^ ment. L'officier russe commençait à croire réalisés les funestes pressentiments qu'il avait dû concevoir en commençant son voyage. L'esclavage à perpétuité, avec quelques vagues chances de salut dans l'avenir, c'était là maintenant la perspective la plus riante dont il osftt se flatter. Mais tout se termina mieux qu'il ne l'espérait. Le khan se décida à le recevoir. Admis en sa présence, il put exposer l'objet de sa mission ; il sollicita ce changement dans la direction des caravanes dont nous avons parlé. Mais le khan s'y refiisa absolument. « Les peuples de Manghilack me sont soumis, dit-il ; pourquoi consentirais-je à un changement qui

(1) Mouravicff, p. 125.

UY. X. — L*AN6LBTERfiB BT Lk RU88IB. S05

doit blesser leurs intérêts? » Il ne sortit pas de ce raisonnement, que Mouraviefî fut chargé de transmettre au général Yermoloff.

Malgré cet échec apparent^ la mission de Mouravieff n'en eut pas moins des résultats importants. La cour de Russie n'avait jamais abandonné le projet de venger un jour Texpédition du prince Bekewitch. Qu'est-ce qu'un siècle pour un cabinet qui vit de traditions et dont le seul but est l'agrandissement? Or Mouravieff rapportait des détails positifs sur ce pays jusque là inconnu ou oublié. Il concluait encore à la possibilité de recommencer Bekewitch avec de meilleures chances. « Les steppes immenses et arides qui entourent le pays for* ment, dit-il, sa principale défense. Cette fortification naturelle pourrait peut-être effrayer quelque autre nation que la russe. Mais l'expédition du prince Bekewitch elle-même ne peut que nous confirmer dans la possibilité de faire la conquête de cette contrée^ au centre de laquelle il a pénétré avec de très faibles moyens (1). « Un corps de trois mille Russes, dit-il un peu plus bas, pourrait conquérir et garder ce pays., si avantageux pour la Russie , en raison de l'importance des relations de son commerce avec l'Asie (2). » La réussite de l'expédition de Bekewitch , qui ne succomba qu'après le succès, et sous un piège grossier, vient à l'appui de ce jugement de Mouravieff. Mais on doit lui savoir gré de l'avoir aussi clairement, aussi résolument formulédans les circonstances où lui-même écrivait ; il est d'une âme

(1) Ici Mouravieff se trompe. Bekewitcb était accompagné d'un corps d*arinée deux fois plus nombreux que celui qu^il réclame lui-même pour la conquête du pays.

(â) lloara?ieff, p. 366-7.

S46 L'nCDS sous la OOMltlATIOIf ANOLAISB.

ferme , d'un vrai soldat , d'avoir continué de nourrir des projets de conquête pour la patrie au sein de Tisolement» de Temprisonnement , en face d'une mort terrible sans cesse menaçante.

Fidèle à ses traditions sur ce point comme sur tous les autres, le cabinet russe prit la résolution de renouvêler, après un siècle, la tentative de Pierre le Grand sur la Khivie. En mars 1839, le général Perowsky, aidede-camp de l'empereur, gouverneur d'Orembourg , reçut l'ordre de se préparer à entrer en campagne. Tout l'été fut employé à réunir ou à faire confectionner le matériel supposé nécessaire. Dix mille chameaux furent rassemblés à grands frais. Deux points furent occupés d'avance sur la route qu'on se proposait de parcourir (Bich-Tamak à 200 k., Ak-Boulak à 460 k. au sud d'Orembourg). Des vivres, des munitions, du fourrage, des approvisionnements de toutes sortes, furent transportés dans ces deux dépôts. Toutes ces dispositions préliminaires achevées, le général Perowsky se mit en marche à la tête de la première division de son corps d'armée. Le 17 novembre 1839, deux autres divisions de force égale devaient suivre celle-là à quelques jours d'intervalle. Les colonnes se mettaient en mouvement de très grand matin, marchaient jusqu'à deux heures, s'arrêtaient alors pour faire paître les chameaux et les chevaux , puis se remettaient de nouveau en route. La saison fut des plus rigoureuses : le thermomètre de Réaumur descendit en plein air jusqu'à 34» au dessous de zéro, jusqu'à 26 sous les tentes. Les soldats, munis de vêtements garnis de fourrures et de peaux de moutons, de masques de drap, de lunettes de crins, propres à préserver la vue contre l'éclatante réverbération de la neige , résistèrent long-temps au froid et à la Siti-

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gue ; mais la lenteur de la marche fut extrême : la première colonne ne mit pas moinsde vingt jours à atteindre le premier dépôt, c'est-à-dire à faire 75 lieues; là elle fil une halte de quinze jours, soit pour se refaire, soit pour donner aux deux autres corps le temps.de la rejoindre ; elle n'atteignit le second dépôt que le 17 janvier, c'est-à-dire au bout de deux mois de marche, niais ne dépassa pas ce point. Le général Perowsky renonça à se porter plus avant, puis rétrograda sur Orembourg. On ignore encore, à l'heure qu'il est, la nature précise des obstacles devant lesquels se retira ce général; mais le plein succès de la première expédi* lion , exécutée ^vec un corps d'armée tout aussi considérable, nous porte à considérer ces obstacles comme purement accidentels. L'opinion déjà citée de Moura* vieif n'en saurait être ébranlée. D'ailleurs plusieurs autres routes que celle choisie dans cette occasion' {k l'est de la mer d'Aral) mènent également à Khiva.

La véritable raison qui empêche la Russie de recommencer immédiatement l'entreprise ne vient pas, suivant toute probabilité, de ses difficultés propres; elle se rattache à des considérations de politique gén^le. L'entrée des Anglais à Caboul l'avait décidée à tenter ce grand coup, pour contrebalancer l'effet moral qu'un tel événement devait produire sur les peuples de l'Asie. L'évacuation déiinitive de l'Afghanistan par l'Angleterre semble l'avoir délivrée pour long-temps de semblables soucis. La diplomatie a d'ailleurs réparé depuis long-tempscet échec de ses armes.

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