LIT. X. — ^ L'ANGLETERRE ET LA RUSSIE
dignes de la justice de leur cause (1) , et le gouvernement général se plaît à espérer que leur héroïsme maintiendra la lutte juqu'à l'arrivée des secours que rinde anglaise leur envoie. » La levée du siège d'Hérat, le consentement du shah aux conditions qui lui avaient été imposées par Tenvoyé anglais à Tépoque de Texpédition anglaise dans lile de Kharach, ne changèrent rien à la détermination du gouvernement de l'Inde britannique. Annonçant publiquement, officiellement, la levée du siège d'Hérat, le gouverneur général proclamait « qu'il n'en continuerait pas moins à suivre avec vigueur l'exécution des mesures précédemment annoncées dans le but de substituer une domination amie à un pouvoir hostile dans les provinces orientales de TAfghanistan, et d'établir une barrière permanente contre tout plan d'agression qui pourrait menacer notre frontière au nord-ouest (2) »; dernière expression où se trouve la véritable pensée de l'Angleterre dans tous ses rapports avec la Perse et l'Afghanistan.
L'Angleterre avait le choix entre deux moyens d'établir dàrfs l'Afghanistan cette domination amie. Elle pouvait aider Dost- Mahomet, le chef de la tribu dont les membres iiiQuents se disputaient alors les lambeaux de la monarchie afghane, à la reconstituera son profit. Tel avait été jadis l'avis d'Alexandre Burnes, de regrettable mémoire. 11 écrivait : « Si nous pouvons rétablir l'union dans la famille de Baracksaîs, ce que je regarde comme très aisé, nous élèverons dans ce pays, au lieu d'états divisés et ouverts à toutes les intrigues , une
(1) Voir les propres dépêches de Tenvo^é anglais suf la jostice de la cause de la Perse.
(2} Id., ihid.
320 l'dcdb sous là douimàtion anglaise.
barrière qui préservera nos possessions. » L'Angleterre pouvait encore tenter une restauration en faveur de Shah-Soudjah , ce monarque détrôné qui avait trouvé un refuge sur le territoire anglais. Les diverses tentatives exécutées par celui-ci pour recouvrer le trône, la dernière en 1834, n'avaient été suivies d'aucun succès. Plusieurs écrivains ont pensé qu'il eût été facile alors au gouvernement anglais de leur donner une issue différente. Comme l'anarchie qui désolait alors Kaboul lui était favorable, il se garda de toute intervention. Mais du moment où l'état de l'Afghanistan lui donna de nouveau des inquiétudes, ses sympathies s'éveillèrent en faveur de Soudjah. La proclamation du gouvernement anglais tenait à cet égard une sorte de milieu entre le cynisme et la naïveté : « L'attention du gouvernement général a été naturellement appelée dans cette conjoncture (la crainte d'une influence étrangère) sur la position et les droits de Shah-Soudjad-oul- Mulk, etc. (1).»
La plus grande activité présida aux préparatifs de Texpédition résolue par l'Angleterre. Le nombre, la discipline, l'ardeur des troupes, firent de cette armée une des plus belles qui aient jamais été réunies dans l'Inde. On sait comment le plus éclatant succès couronna d'abord la hardiesse de lord Auckland. Shah- Soudjah fit son entrée à Kandahar à l'ombre des baïonnettes anglaises. Ghiznee tomba au pouvoir de l'armée d'expédition après un assaut meurtrier. Kaboul fut le terme de cette rapide et brillante campagne. Shah- Soudjad semblait assis avec sécurité sur son trône reconquis. Le prince d'Hérai reconnut lui-même ce nou-
(1} Papiers mis devant ie Parlement.
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-veau gouvernement; en un mot l'influence anglaise parut r^ner sans partage sur TAfghanistan tout entier. L'Angleterre pouvait se flatter d'avoir établi de ce côté cette domination amie si vivement désirée par lord Auckland.
Mais ces apparences furent trompeuses, F Afghanistan n'avait pas pour toujours courbé la tête sous la domination étrangère. Une vaste conspiration s'ourdissait en silence. De trente-deux agents politiques anglais répandus dans le pays^ pas un seul n'en découvre la moindre trace, et tout à coup elle éclate à Caboul. Alexandre Burnesen est une des premières et des plus regrettables victimes. En un moment la ville est en armes, les bazars sont pillés, les Anglais massacrés partout où on les rencontre. Dès le début de l'insurrection, tout nombreux qu'ils sont, les vainqueurs se voient réduits à se tenir sur la défensive. Les villes, Jes' villages, les campagnes, ontpromptement suivi l'exemple donné par Caboul. L'œuvre si rapidement, si triomphalement élevée par les armes britanniques, s'écroule plus rapidement encore. Jamais peut-être on ne vit dans aucun autre lieu du monde une révolte aussi soudaine, aussi unanime, aussi nationale; et la haine de l'étranger, la haine d'un souverain qui lui devait sa couronne, avait fait lever l'Afghanistan comme un seul homme.
Les désastres des armes anglaises furent glorieusement vengés dans la campagne suivante. Le drapeau britannique reparut triomphant partout où il avait connu l'humiliation et la défaite. Il ne nous appartient pas de le suivre dans cette nouvelle carrière; mais l'œuvre politique, et c'est là ce qu'il nous im-« porte de remarquer, l'œuvre politique entreprise par jord Auckland n'en est pas moins demeurée inachevée. II. 21
322 t*INDB sous LA bOVTNATiOIf ANGLÀlst.
En ordann&nt Tévacuation de rArghanistan, lord Ellenborough dans une proclamation à Tannée disait : a Le gouverneur général laissera aui Afghans eut-niê^ mes la tâclie de se créer un gouverheraefit au milieu do l'anarchie qui est la conséquence de ïeuts crimes. » L'expression de crimes est isaiîs doute assei ôurieuse par elle-même} toutefois nous ne nous y ahrétêroiis pas ; nous nous bornerons à remarquer que la procIamatioR de lord Ellenborough peut être Considérée conime là contre-partie la plus exacte de celle où lord Auckland annonçait la liécessité dé rétablissement d'un gouver-^ nement ami. La difTérehce des deux rédactions indique tout le teiTain perdu par ki politique anglaise entre tes deut é{K)quei».
Le gouvernement attgtaisAe s'est pas Fait faute d'une revanche du désastre de ses armes dans l'Afghanistan ^ knême d'uïie double revanche; il t'a prise tout à la fois ^ur 1 état de Gwalior et sur les émfrs du Scind.
Depuis le traité conclu en 1808 avec Dowlut-Row* Scindiah, l'état de Gwalior se trouvait Hé aux Anglais J)ar un traité subsidiaire j où ces derniers s'étaient ré- ^rvé certains moyens d'intervention. L'état intérieur du pays leur ayant permis d'en faire usage, ,ils se hâtèrent d*en profiter^ L'orgueil et le sentiment de la na* tionalité se réveillèrent une dernière fois chez les Mahratles, mais pour aboutir à la perte de deux sanglantes batailles. Les Anglais, daneurés en possession do Gwaïior, dictèrent un nouveau traité qui acheva de river les fers imposés par le premier : l'armée fut licenciée, un parc d'artillerie de 300 pièces livré; une autre armée commandée par des officiers anglais fut réorganisée ; ils devinrent en définitive, quoique sous un autre nom^ les véritables souverains, les m;)itres absolus du royaume*
UV. 1. — L*.4NÛLETIÎRBE ET LA tlVSSIfi. 323
Le Scind paya de même pour l*^A.fghanîslan. Borné au nordparrArghanîstanellePenjaub;à l'ouest par leBe* louchistauj au sud par la mer et la présidence de Bom* bay, ce pays, était gouverné par une confédération de chefs indépendants appelés émirs. Jusqu'en 1836 il n'a- \ait eu avec les Anglais d'antres rapports que ceux d'un état indépendant avec un autre état indépendant. Mena^ césparRunjet-Singh, les émirs acceptèrent la protection britannique; un résident anglais vient s'établir à Hyderabad. Shah-Soudjab, dont les Anglaisavaient épousé les intérêts, avait eu jadis des prétentions sur cet état 5 ils les firent revivre, et exigèrent des émirs certaines concessions. La marche des armées anglaises dans l'Af^^ ghanistan rendit nécessaire , ou du moins émiftemment utile, l'occupation du Scind. Les Anglais obtinrent la faculté d'y établir une chaîne de postes depuis la merjusqu'à la capitale de P Afghanistan, qu'ils allaient conquérir. Ces concessions passagères se changèrent plus tard en un protectorat dont les conditions devinrentcbaquejour plus avantageuses aux Anglais, plusoppressives pour la population. Le sentiment natioi^I ne tarda pas à se soulever contre l'occupation étrangère. Les émirs, malgré eux, car ils sentaient l'impossibilité de la résistance, en furent parfois les organes.
Le gouverneur g^énéral, pour traiter plus facilement avec ces chefs, avait d'abord déclaré leur confédération rompue : il croyait avoir meilleur marché d'individus isolés, plus tard il la supposa rétablie quand il se crut en mesure de la rendre tout entière responsable des procédés d'un seul d'entre eux (1). Ce moment venu , il fit dresser une longue liste de ses griefs et de ses demandes ; les émirs se trouvèrent dansTimpossibililé d'y
^ (i)« Il convient qae vous soyez averti qae, si les émirs oa Vun d'eux agis*
Sik l'iNOI sous la DOmXATlOM AKGLATSt,
foire droit. Le liœoctment de leurs troupes, incsufô absolumcnl hors de leur pouvoir, fut impérieusement demandée. Deux actions sanglantes, les balaillesde Meami et d'Hyderabad, tranchèrent la question, comme de<x)utume, en Taveur des Anglais. Puis, au mois de mars 1843, le Scind fut solennellement déclaré par^ ùe intégrsmte de Tempire britannique dans l'Inde.
Un des anciens résidents anglais dans le pays ca* ractérise cette mesure dans les termes suivants; « J'ai dit et je dirai toujours, dans toutes les circonsUmces, en tous lieux, devant qui que ce soit, que c'est un des actes les plus pervers et les plus honteux qui aient jamais souillé les annales de notre empire dans l'Inde» Aucune explication, aucun raisonnement, ne pourra enlever la tache qu'elle a laissée à notre bonne foi et à notre honneur; et comme je suis au fait, plus qu'aucun hompie vivant, des événements et des mesures qui se rapportent à ce pays sacrifié , je me crois en droit d'exprimer mon opinion et mes sentiments à ce sujet V Que pourrions-nous ajoutera ces nobles paroles de sir Henri Pottingerî
En 1831 Alexandre Burnes déployait pour la pre* mière fois sur l'Indus le pavillon anglais, et la popu* lation accourait de plusieurs milles à l'entour pour contempler ce spectacle. Un Seid , descendant du prophète, s'écria : « Hélas 1 c'en est fait du Scind, maintenant que les Anglais ont vu le fleuve qui est le chemin pour le conquérir (1)!... »
sent boslilement ou témoignent des desseins hostiles à l^égard de notre armée , c'est une résolution arrêtée , etc. •— Dépéclies de lord Ellcnbojoagh; papiers mis devant le Parlement.
(1) Alexandre Burnes, Voyage de Vemhouehure de VIndusà Lahore, etCy 1. 1, p. 57-8,
ÏIV. 1. ■— t'ÀNGLÊTERKK Bt LA &CSS1«. S2S