LIV. 1. — l'aNGLBTEBEB et la RUSSIE
du vieil empereur mogoK Zemaoun, alors à la lête des Afghans^ épiait Toccasion d'atUuiuer les Anglais; levisir d'Oude montrait des dispositions à se réunir à lui. Tip« poo, inondant leCarnatique aussi rapidement que son père, comme ce dernier enfermait du premier coup dans Madras les Anglais pris au dépourvu. La ville ne pou* vait tenir quinze jours. Le Deckan échappait dès lors à l'Angleterre. Zemaoun-Sbah et le corps du général Perron les repoussaient vers Calcutta. Les Mahrattes, aidés des Français, se présentaient devant Bombay. Un mois après le débarquement des Français, Tempire anglais se fût trouvé renfermé dans les murs de Born* bay et de Calcutta, au milieu de Tlnde soulevée. On sait qu'elle . n'attendait pour cela qu'une occasion , qu'un signal.
Nous avons raconté ailleurs comment l'énergique habileté de lord Wellesley changea promptement cette situation. Elle n'en exista pas moins toute remplie des périls que nous venons de signaler. Lord Wellesley ne les oublia pas après en avoir triomphé. Le danger qu'aurait fait courir à l'empire anglais une expédition française ne cessa jamais de lui demeurer présent à l'esprit. Après la lecture des papiers trouvés à Seringapatam, dans le palais de Tippoo, papiers où ce dernier exposait tous ses projets^ tout le parti qu'il se flattait de tirer de la coopération des Français , lord Wellesley écrivait au président du bureau du contrôle ; « Je confesse qu'à la lecture de ces papieri^ je n'ai pu m'empêcher de trembler à la pensée des dangers auxquels nous avons échappé, et qui, je l'espère, sont maintenai^t détournés. Si Tippoô avait obteau le secours de deux ou trois mille Français, il n'est pas douteux qu'il se fut précipité dans le Carnatiqiie, et je vous renvoie à
S32 L*1NDB SOUS LA DOmNATtON ANGCAISr.
toulcs les communicalions qui nous sont venues de îa côte durant le dernier été pour vous faire une idée des résultats probables d*une semblable invasion. Tous les offliciers ayant servi pendant cette campagne avec qui j*en ai causé m'ont assuré qu'avec un millier de Français dans ses murs, Seringapatam aurait été à peu près imprenable , non seulement en raison de la force de ses propres fortifications , mais aussi de l'a difficulté d^ ses approches, dans le voisinage de Kankanhally, Anical, etc. Dans toute retendue de cette ligne de for is allant jusqu'à Saltan-Pett, îe moindre petit corps de bonnes troupes françaises aurait suffi à arrêter la marche dfe notre armée entière (1). »
Lord Wellesley croyait encore à une autre attaque des Français^ celle-ci par le nord, à l'aide des Mahrattes, dans les armées desquels ils dominaient alors. L'état de désordre où se trouvait Tempire mah^ ratte lui semblait devoir fournir au gouvernement finançais « une circonstance favorable pour Faccomprissement de ce qu'il appelait son projet favori, c'est à-dire l'établis- ^ment de sa domination dans la péninsule indoue par rintroduction d'une force militaire destinée à venir au secours de F un des partis en querelle. » Or les vues de la France lui paraissaient favorisées par le corps d'armée du général Perron. « Ce dernier, ajoutai t-îl, domine sur cette vaste étendue de territoire s'éiendant de la rive gauchedel'Indusà travers lePenjaub, comprenant Agra, Delhi, une grande partie du Doab, de la Jumna et du Gange, sur la partie la plus vulnérablede notre frontière nord-ouest de l'Indostan ; il tient la personne etrautorité nominale de Tinforluné Shah-Alaum (l'empereur mo-
(I) Wellesley, letlre à Djundas. Juin 1799. T. II, p. iO.
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^ol) dans la plus abjecte et la plus dégradante sujétion » (1). Une expédition française dirigée de l'île de France, ainsi le croyait lord Wellesley , devait appuyer, avec une dénlonstration sur la côte de Malabar, Tinitiative prise par les corps mahrattes qui étaient sous le commandement de Perron,
Napoléon, au milieu de son éclatante carrière, an milieu des gigantesques combats dont TEuropc était le théâtre, ne quittait pas des yeux l'Orient. La mission du général Gardanne se liait probablement dans son esprit à quelque vaste projet sur l'Inde. Le gouvernement britannique, toujours inquiet sur ce sujet, se hâta de se mettre en mesure. De nombreux agents politique^ parcoururent par son ordre l'Asie centrale et occidentale , avec mission de s'informer de la nature et de l'étendue des ressources des pays par lesquels une armée européennee devrait s'acheminer pour attaquer l'Indos* tan. Do là résulta pour le gouvernement une quantité de renseignements, de documents précieux.
Le colonel Macdonald Kineir fut un des agents employés à ce travail par l'Angleterre. Cet officier avait été long-temps envoyé britannique à la cour de Téhé^ ran. 11 se proposa d'étudier les pays intermédiaires entre l'Europe et l'Asie qui pourraient être appelés à jouer un rôle dans le cas d'une attaque dirigée sur l'Inde par quelque puissance européenne. « C'était mon projet, dit-il, en quittant l'Angleterre, de visiter toutes les contrées à travers lesquelles une armée européenne pourrait tenter d'effectuer une invasion dans l'Inde; en conséquence de ce plan 5 d'explorer la partie nord-»
(1) Wellesley, t. II. Remarquons, à propos de ces dernières expéditions, qae Mill vante an contraire la conduite libérale et pleine de bons procédés des Français vis-à>vis Tempereur.
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osl (le la Perse , et les vastes plaines qui s'étendent au delà de rOxiiSy vers les frontières de l'empire russe, etc. (1). » Le colonel Kineir ne considère point comme praticable (dans les circonstances données en 1809) le projet d'une attaque sur l'Inde pat la mer Rouge et le golfe Persiqucv En revanche, une expédition dirigée soît par le Volga et la Caspienne) soit par Bockara et Balk jusqu'à rinduS) lui paraît avoir grandes chances de succès. « De tous les plans qu'on peut faire pour attaquer rinde anglaise, celui qui consiste à traverser la Caspienne et à s'embarquer sur l'Oxus lui paraît de la plus facile exécution » (2). « C'est là> continue-t-il, dans mon opinion , la seule voie par où l'Inde peut jamais être attaquée avec quelque chance de succès* » Il cite comme une des difficultés de l'exécution la nécessité où l'on se trouverait de construire des bateaux sur l'Oxus. Mais MouraviefTa pris soin depuis lors de nous apprendre que les habitants des rives du fleuve sont eux-mêmes pourvus d'un grand nombre de bateaux, dont quelques uns de dimensions fort considérables.
Les hommes d'état les plus remarquables de l'Angleterre, les hommes spéciaux les plus à même d'en ju* ger ont donc cru à la possibilité d'attaquer Flnde avec chances de succès. Bien plus , ils ne doutèrent pas un moment que les Français ne fussent incessamment préoccupés de cette idée , ne tendissent constamment vers ce but. Une expédition dirigée sur l'Inde avait alors en sa faveur d'innombrables probabilités. Mais reconnaissons les illusions de la politique. Chacun cornprend sa faiblesse et suppose son ennemi en mesure
(4) némoire sur PAsie mineure. — Kineir. — Erans. (:2)/d.,«Wd., p. 15.
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til'en"pt*olîter. Mais celui-ci prend au contraire souvent le côté foW pour le côté faible. Nos hommes d'état supposaient Tlnde en mesure de se défendre précisément en raison de l'importance dont elle était pour l'Angleterre; en revanche, Napoléon croyait avoir trouvé le côté faible de sa iîère rivale en la menaçant dans ses foyers. Mais toute descente eût échoué presque infailliblement. L'impopularité qu'il supposait à l'aristocratie anglaise) c'était là le véritable fondement du projet de Napoléon 5 mais une plus profonde connaissance de FAngleterre nous a depuis lors montré toute la fausseté de la supposition. En même temps il ne s'occupa que de loin en loin d'une expédition dans l'Inde: Singulière moquerie de la destinée 1 Napoléon abandonnait l'Inde pour suivre une ombre, un fantôme, c'est-à-dire le projet d'une descente en Angleterre; Wellesley fondait Pempire indou-britannique en poursuivant une autre ombre, un autre fantôme, le projet supposé d'une expédition française en Orient I