‹ L'Inde sous la domination anglaise;Chapitre 70 sur 101 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

IX» deui plans de campagne que 9T]ivrait la Russie dans le cas ou elle tenterait une expédition sur l'Inde.

La frontière du nord-ouest était considérée jadis comme le côté décidément faible de l'empire indoubritannique. Le colonel Macdonald Kineir, sir John Malcolm, d'autres encore, qui ont traité la même question, sont arrivés à la même conclusion. Ce qui était vrai alors l'est bien davantage aujourd'hui. Les

33G L IHDI sous LA DOMINATION ANGLAISE.

Afghans, dont les dispositions pouvaient être considérées comme douteuses, sont devenus depuis lors des ennemis prononcés de TÂngleterre.

L'adversaire qui voudra troubler TAngleterre dans sa possession de Tlnde devra marcher à elle par le chemin frayé depuis tant de siècles. Il devra se diriger sur le gué fameux de TAttock ; les mêmes eaux qui ont vu passer les grandes figures de Gengis , de Timour, de Baber, de Nadir-Shah , devront réfléchir les images de ces nouveaux conquérnnts.

Deux chemins peuvent mener une armée russe à ce lieu célèbre : Tun par la Perse, dans la supposition où elle se serait emparée des provinces de la Perse à l'ouest et au midi de la Caspienne; Tautre par la Caspienne, Khiva, Bockara , Kaboul.

Dans le premier cas, celui où la Russie serait en possession de la partie de la Perse voisine de la Caspienne, ou dans le cas où son influence serait devenue tellement dominante à la cour de Perse , qu'elle pourrait disposer, comme lui appartenant, des ressources de l'élat, elle prendrait là sa base d'opérations. Ce serait le cas de toutes les anciennes guerres entre la Perse et l'Inde; seulement ces deux états , outre leurs ressources propres, seraient aidés chacun de celles d'un état européen. La Russie organiserait dans le Mazenderan ses dépôts et ses magasins. La Perse lui fournirait facilement 60 à 70 mille soldats qui , sous la conduite d'ofliciers russes, deviendraient d'excellentes troupes, La Russie aurait pu réunir sur ce point une nombreuse artillerie de campagne. Une cavalerie irrégulière presque innombrable accompagnerait, éclairerait et grossirait l'armée. La diiFiculté principale des guerres de la Russie contre la Perse n'existerait plus. Quand la Rus*

ïiV. i. — 'l*a!sgléterhb et la àussïE. S57

sie attaque la Perse, ce n'est en effet qu'avec des troilpéi 'qui peuvent être nourries et approvisionnées par seà possédions de Géorgie. La plus grande partie deÈs objets nécessaires aux troupes stationnées eh Géorgie, àî Ton en éroit uâ voyageur célébré-, < sont etpédiéeâ par la mer Noire ou le Caucase^ par uii dieniin où les voitures ne peuvent que tirés rarement passer. Aussi at^)n prétendu qùfiAàns ja dernière guerre avec la Perse ielle n'a jamais pu rassembler plus de dix mille hommes ià la fois, ni en garde)' pendant IttuelqueS semaines plus de la moitié (1).» Mais, en possession de la Perse, la Russie serait dans une bute autre position. La Perse difTéiremment administrée donnerait sans doute des ressources considérables. L'esprit de la Perse, s'il était réveillé, se montrerait, à feé qiié l'on suppose, fevorabieâ une attaque syir l'Inde. « On ne saurait nier, dit Macdonàld Kineir, que les Persans ne manqueraient pas dé saisir avec avidité toute proposition de cette nature. L'attrait du pillajge , le souvenir de Nadir-Shàb , l'idée qu'ils se sont formée de là richesse et de la faiblesse de nos possessions orientales, seraient autant de stiimulants propres à les exciter à c^tte entrej[krisé (2). n

Dans la suppositioh dé la prise de pos^ssioti de là Perse par la Russie, un corps d'armée réuni dans iés pirovinciés orientales serait âsins une condition très Ëivorable jpour se disposer à entrer en campagne; La Perse pourrait déjà subvenir par elle-même à une partie de ses besoins. La Caspienne et le Yolga le mettraient à même de s'approvisionner de certains objets

(\) Klâproth. — Kvans, p. 20.

(2) Mémoire sur l'Asie mineure. — Evans, p. 15.

^8 l'iNM »0II5 la DUMINATIÔX A^iGtAlSE.

un centre même de la Russie. L'Afghanislan le sépar«> rait seul de ce point stratégique d'Âttock où commeneeraitsoA entrée ai campagne. Dans les circonstances actuelles, loin de lui être un obstacle, l'A rghanistan lui -fournirait au contraire de. nombreux auxiliaires. Il suffirait pour cela que la diplomatie eût préparé les voies avec quelque habileté ; le pays serai t par 1 ui-même dansdes dispositions analogues à cettesde la Perse-, une distance assez peu considérable séparerait le corps d'armée russe et la ligne de llndus ; il ne serait pas plus éloigné de ses ressources et de sa base d'opération que 4e corps d'année anglais qui marcherait à sa rencontre. Les chances, ainsi qu'il a été dit ailleurs , se présentent à compter de ce moment en faveur de 4'^resseur.

L'armée russe serait encore à même de prendre une autre ligne d'opérations; elle pourrait s'avancer au roilieu des descendanis de ces Goths> de ces Yandales, qui ravagèrent l'Europe au moyen âge, de ces Scythes, vaillants, indomptables adversaires d'Alexandre le Grand. Elle se dirigerait alors sur Attock par Kliiva, Bockara, Kaboul.

Le khanat de Khiva, en temps ordinaire, met environ 12 mille hommes sur pied ; et ce nombre, au besoin, peut être doublé. Hais ces troupes ne sauraient opposer la moindre résistance à un corps d'armée régulier. Les forces militaires de Bockara ne sont pas plus considérables. Les moyens4'approvisionnement ne manqueraient pas. Le Penjaub, Cachemire^ Kaboul, Balk et Bockara, sont des pays où l'agriculture est éminemment florissante; ils possèdent des pâturages étendus et de nombreux troupeaux, d'où l'on pourrait facilement tirer la subsistance d'une armée. La partie la plus difticile de l'entreprise consisterait dans les arrangements à pren-

. fltc avec les Turcomans, qui errent entre la C^piennè lètBockara, faisant un grand commerce de grains, iqu'Us ne cultivent point eux-mêmes. En revanche» la Kbivie abonde en tontes choses nécessaires à la vie.

Dans le cas où ce plan de campagne serait adopté, les Russes t^ porteraient rapidement sur Kbiva avec un corps d'armée de cinq à six mille hommes. La distancé de la baie deBalkan à cette ville, suivant Frazer, un des derniers voyageurs qui aient visité le pays, est de douze journées de marche en caravane. Ils auraient à travers ser un désert manquant d'eau, mais dont la largeui* ti'est pas considérable. Cette première tentative ayant réussi, ils attendraient à Kbiva de nouveaux détaobenients, qui, n'étant pas plus nombreux, n'exigeraient pas de moyens de tran^>ort plus con^déraUes. On organiserait les Russes et les Persans qui s'y trouvent en esclavage. Les Russes, au dire de Mourâvieff, montaient à trois mille hommes, les Persans à trente mille. On ne trouverait plus dès lors de difficultés jusqu'à Balk. Là il fendrait s'occuper d'organiser les moyens de transport sur une vaste échelle. De Balk à Attock la distance est de cinq cents mille (166 lieues). Mais le pays n'est pas dénué de ressources. Les caravanes de marchands qui traversent constamment l'Ihdou-Cooch emploient un nombre oonaidérable de chameaux, dont les deux côtés de la montagne abondent également. Le nombre de ces animaux dans cette partie de l'Asie paraît effectivement immense. Le khan de Kbiva lève un Jmpôt évalué à 800 mille francs sur ceux qui se trouvent employés dans le commerce. Or le montant de la taxe est de 8 fr. par tête ; ce qui en donne cent mille dans cette seule principauté. Il y a donc lieu de croire qu'un corps d'armée parvenu à Kbiva ne

Uoiiverait «uounediffieiilté à s'en procurer» par collse» quentauMî à s'approvisicMiner, car les deux questions l'entretit Time dans Tautre. D*aprés Mouravieff, chaque dimple soldat de KIriva en mène au moiiis un et sou- ¥elit deut à sa «uitd et chargés de vivres» Or, malgré cet encombrementile kbaft de Khiva à pourtant trouvé le moyen d'atteindre les bords delà Caspienne à la tête de vingt mille hommes»

La distance de Khiva à tknskara, oà les Russes de^ Vraient se pester ensuite , est de sept jours de marche^ Ue ce point à Balki vingt^inq^ trente à trente<»nq jours^ pourraient donc suffire à une armée russe pour s'étajAitràKhiva/Bockara^ Samarcande. On s'occuperait alors de jeter des garnisons dans les villes importantes^ fde rassrâibler des chameaux, chevaux , etc.; d'entrer en relations avec les chefs du pay s^ de prendre certains :arrangefiaetits de gouvernement; d'organiser des indi-» gènes à reuropéenne sous le commandement d'officiers l'usses; de délivrer les esclaves^ de les enrégimenter et ta diseîplitter, etc. Or, dès l'année suivante (en admet' twt qu'il se trouvât douze à quinze mille Russes ren-^ /fojreés d'une trentaine demille hommes de troiipesnou'' v^emeât orgaoifiéee^ entre Balk et l'ancien Anderob)^ ^s colonnes moins con^dérables pourraient être dirigées vers la passe des montagnes qui conduisent à P^ohavrer et à Cachemire. D'Anderob» à traverses déilés de l'Imlou^ooeh, à Caboul^ on ne con^pte qu'une ^ «sentahiede milles; de Caboul à Attodt^ deux cent trente^ Or^ dès qu'on aurait mis le pied dans l'A^hanistan $ te question deviendrait exclusivement politique; les disl^sttions desÀl^hans s^aicait tout> Militaire jusqu'à Khiva etBockara^ la question ne serait plus qu'adminis^ trative dans cesdeiix localités ; elle deviendrait politi^

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