‹ L'Inde sous la domination anglaise;Chapitre 75 sur 101 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Oonmeiii la sHsHion «ociale el peUtiqne de l'Iode le iroQf eut 90 ééMceord Avec ter loU de Téconomie politique. — Absence de la |»ropriéié particulière.

Hb impél territorial dont rexagératton va jusqu'à absoi4)er la lotalité du produit de la terre /jusqu'à confisqtier le revenu du propriétaire, c'est-à-dîre à anéantir la propriété , c'est là le trait caractéristique delà situation de Tlnde.

Nous avons déjà considéré une partie des résultats funestes qui naissent de ôe fait étrange. Mais pour en eompreiïAre toute la portée il n'est ^as hors de propos, ce niotts semble, de le considérer dans ses rapports avec les lois générales de l'économie politique, avec les lois qui président à la production , à la distribution des ricbesses sodàles. Parce rapprochement la question se trouvera éclairée d^une façon plus complète. L'espèce de désacODrd (si tant est qu'il exfste) qui se trouvera entre ce fliit particulier à Tlnde et ces lois générales nous tiietira à même de ie(Mi6l«reà l'impossibilité d'en atlendr^ aucun bon résitltat.

La rithesse sodaflé, d-aprëâ ce que nous ensdgtte l'économie politique, découle de ces trois sources : l'a- ^Heliiture, l'industtie, le commerce.

li^aéiivtté humaine, dans la pOursufte de ce grand «but q«i l'absorbe et la captive tout entière dan^ l'ordre des choses maiérielfes, la {>roditetion de la richesse so^ lâalé, s^^jberee simultanément dans ces trois sphères: les travaux agricoles , industriels, commerciaux. H est Miportant d'examiner comment /dans quel ordre.

On ne sait à quelle époqiK34é l'histoire commencent

^60 tllMOI sous LA POMIMATIOM AMaUISi.

pour les peuples les travaux de l'agriculture. Avant ce moment avaient-ils erré pendant de longues années , sur la surface delà terre, à la suite de nombreux trou-> peaux I poursuivi la bête fauve d'une flèche rapide , oa trompé le poisson des lacs et des rivières à Taide d'un hameçon meurtrier? On l'ignore. Toujours ést-il qu'un moment arrive où ils se fixent sur le sol, où ils demandent leur nourriture à la terre, où ils enfoncent le fer, ou seulement le^bois durci , au sein de cette marâtre, qui ne laisse échapper le suc nourricier que d'une ma^ melle déchirée ; alors s'enchaînent l'une à Feutre les diverses phases de la vie sociitle.

Long-temps ces hommes du premier âge attendent , guettent d'un œil avide et inquiet la moisson qui doit suivre la semaille... Long-temps, bien long-temps la substance qu'à forcedesueuntetde Êitigues ils parviennent à arracher s^u sol demeure précaire et incertaine ; long-temps elle peut à peine suffire à renouveler la vir gueur deleurs bras fatigués; Ijong-temps le travail le plu; opiniâtre ne suflira qu'à grand'peine à nourrir jcelui qui l'aura exécuté. Le produit de la chasse et de la pêche, le lait et la toison des troupeaux, c^ auxiliaires de 1% griculture, ne lui sont d'abord que d'un faible secouni. Si cet .état de choses devenait permanent \ si i^çun , donnant tout son temps et tout son travail à la culture d^ ses champs, aux soins de ses troupeaui^, ne produisait par ce travail de tous les jours et de tous les inst^ts que ce qu'exigent impérieusement ses propre besoins et ceux de sa faucille; si tout ce qui a été produit se trouvait dé(initiven)ent ponsamn^é, le sort d'une telle sor çiété demeurerait stationnaire pour les siècles. Au- ^un changement ne peut être prévu d^ns la condition des individus qui le composeraient,

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Mais un moment arrive où le produit du travail ex* cède la consommation. Dàs lors commence une nouvelle vie pour le peupledont nous^racontons lespremierspas dans la vie sociale. Parmi les membres de cette société î en Q^st quelques uns dont le produit du travail a dépassé d'une certaine quantité les besoins. Il leur est permisde se nourriryde se vêtir^ sans de nouveaux travaux, pen« dant un temps plus ou moins long. Par la même raison ils se trouveront avoir à leur disposition une certaine quantité de matières premières, paille, peaux d'animaux sauvages, laine donnée par leurs troupeaux, etc. Alors, parmi ces travailleurs dont les sueurs auront été fé^ condes, des instincts nouveaux s'éveilleront. L'idée viendra à quelques uns de fabriqner d'avance certains outils, certains vêtements, certains ustensiles de ménage, afin d'en être pourvus pour plus long-temps, de ne pas se trouver, le cas échéant , cl^ns la nécessité d'interrompre leurs occupations dans un autre temps moins favorable. De là, ou de miHe autres suppositions analogues, l'humble naissance de l'industrie, aujourd'hui la rqine du monde. U est vrai qu'au bout de ces premiers pas ses progrès deviennent bientôt irapides. Elle manipulera, façonnera de mille manières diverses la matière première; elle lui donnera bientôt un prix auprès duquel sa valeur primitive n'aura que peu d'importance* Elle ira en s'en rendant plus maîtresse dejour en jour; elle saura lui imposer mille formes, Tassouplir à mille nouveaui^ usages.

De l'industrie naît le commerce presque aussi nécessairement et dans les mêmes circonstances que lui-même est né de ragriculture. Nous l'avons dit, lés travaux de l'agriculture ou les soins de leurs troupeaux, éminemment profitables àcertains individus, les auront

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misa même de tourner leur acCitlté 4u cdté de industrie; parmi ces derniers quelques uns de ceux qui se sermit trouvés dans le cas de «e livrer à la conFection dés vêtements, à la fabrication des ustensiles de ménage, ou liien des charrues» des bêches, des taueiUes, ou bien encore de Tare, des âèohes, des carqwûs, quelquesuns enauront fabriqué davance une quantité plus considérable que celle dont la plus extrême prévoyance peut leur faire pressentir le besoin. Dès lors des échanges s'ensuivront naturellement, presque nécessaifélnent, entre eux. La toison d'un agneau se troquera contre une bêche ou on soc de ^^harrifê ; un shtc et ses flèches contre tel autre objet se trouvant dans des mains où il demeure inutile.

Ghacuri continuera de fabriquer ce qu'il aura réussi à fabriquer une première fois. Au moyen des prodwts de sa propre industrie il se procurera ceux de toutes les autres. €es -échanges se perpétuer^mt d'abord en nature, plus tard an moyen d'un autre «produit de Tindustrie propre à les représenter toutes, c'est-à-dire d'or, d'argent, plus tard encore, d'or^td'ar- -gent monnayé. Or fabricants ou détenteurs de ces ^diflérents produits de l'industrie n'habiteront pas tou» «ne même localité. Un intermédiaire, c'^t-àt-dire te icommeroe, se présentera tout aussitôt pour lestiiettre en rapport; né dans intérieur de <^hacune de ces peuplades ou tnriba3, 'A s'étendra, par un procédé analogue, à d'autres f^uplades, à d'autnes tribut, qu'il inettra un rapport tes unes avec les autres.

De là donc ce grand et triple phénomène : ta ppodnction>ia oiroulation^ la distribution desricbéëses. L'agricutoiu*e , Pindusta^ie et le commerce, sont les trois în!tni»mènts au moyen desquels il s'aooomf^ft. Dans

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nos sociétés afvawcées, leur emploi «st sifniiHâné; toutefois noQS avons vu^u'H ne Ta pas été à Torigine. L^ag^tieulturé, atectoosles irataux secondaires qui s'y rattachent , a été le premier instrument mis en ]èn. Le second instrument n'a pu entrer lui-même en activité qu-à répoque ôôïe premier a déjà créé un excédant dé produit sur la cg^sommati on i c'est cet excédant de prodiiit^ui éveilla 1 industrie, puis ceHe-ci le commercé; e'est cet exeédant quileur a fourni le moyen et Tocca- &ion ^ se manifester. Des résultats analogues, quoique d^une moindre importance, auraient pu naître dams lé cas ou les produits de la triasse ou de la pêche eussent exi^dè tes 'bésôinsde là oonsommatîon, 'Nous avonsprîs la supposition non seulement la plus fréquentté, mais aus^ la pltis wafeeinblable, hlslorîqueiïïeiU parlant.

Notons donc eé feit comme évidemment général; le développement «ocîai n'a pu commencer par Tagri- <)ulturo, le commerce ou Tindustrie , qu'en ce moment . fenfKïrtant, solîMmel, dans ^histoire des sociétés homaihes, où le produit du travail pouir la première IMb a dépassé les besoins des travailleurs pendant un temps donné. C'est seulement à cette époque qu'a *vrsrii«nenl ^commencé la propriété, sinon en principe, du moins eu fait ; c'est alors que pour la première fois l'homme s'est trouvé à même de disposer Mbremehl d'une diose<iuelconque, ce qu'il n'avait pu faire prétsédemment, car tout ce qu'il j^vaît eu jusque alors sous la m^, impérieusement réclamé par ses propres l^ésoins, recevait un emploi indépendant de sa propre volonié.

Les économistes du XVHl* siècle (du moins ceux qui portaient alors exclusivement ce titre) ont à la véritérefuséà l'industrie tout pouvoir créateur dans laproduc-

Z&è L*INM S0V8 LA DOMINATION ANOLAt».

lion deli richesse nationale. Le raisonnement sur lequel ils s*a|>puyaient était celuirci : Tout objet d'art» disaient-ils^ en prenant oe mot dans sa plus largue accap^ tion, exige pour sa fabrication le travail d'un ou de plusieurs ouvriers payés à raison de tant par jour. Soit donc 60 j.ournées d'ouvriers à 2 fir. par jour» c'est^^àdire 120 fr. pour ce qu- aura coûté lel oujM olyetd'aFt. Or, suivant les;économistes, cette somme aurait dû être à peine suffisante à fournir aux besoins de Touvriei; pendant la durée de son travaS. Il n'aurait donc rien créé.. Si le même ouvrier, ajoutaient-ils» se fût livré aux travaux agricoles» il aurait subveamà ses besoins à moins de frais» avee 20 sous par jour» par exemple.. 11 aurait donc créé une valeur de 60 fr. Lecommerce four^ nissait un, raisonnement analogue^ là aussi le travail paraissait aux économistes nesatisbirequJà grand*p^e aux besoins matériel&du travailleur;

Le raisonnement» en apparence spécieux» portait pourtant à faux. D'abord il n'est nullement démontré qu'un ouvrier consomme dans tous les cas une valeur égale àcelle qu'il produit. Oa peut citer un grand nomr brede circonstances où le contraire arrive. D'un autre côté la terre est bien loin de produire en raison du nombre d'agriculteurs qui s'y trouvent employés; le plus souvent c'est en diminuer le revenu que de le faire arracher par un trop grand nombre de mains. EnGn les économistes se laissaient aller à une distraction singa* lière; ils ne voyaient pas que le créateur d'unobjet d'act quelconque a produit non seulement ce qu'il a consommé pendant la durée de son travail » mais de plus ce qui a été le résultat de ce travail. Or cet objet d'art» une fois aciievé, demeure dans la société j il ajoute toute sa valeur au capital social de la nation. Il re^

LIT. \l, — M^OBlà» SOèlAlEf ET PÛltTfQITKS. SéS

présente alors non seulement la valeur de la matière première, mais celle que lui a donnée la main de rhomme. Après avoir nourri celui dont il est l'œuvre, il va ^'ajouter au capital productif de la socîélé. Si ragricultew a ajouté 30 fr. à la richesse sociale , l'industriel dans certains peut donc y en ajouter 60 (1)*-

Dé là nous touchons du doigt et de Foeil la cause ra-^ dicale des maux et de la misère deFInde. En paraissant nous en éloigner dans les réflexions qui précèdent, nous n'avons pourtant pas cessé de nous en occuper. L'impôt territorial absorbant dans l'Inde la totalité du produit de la terre, l'agriculture se trouve dans le cas où se trouvait la petite peuplade dont nous avons parlé à cette époque de son histoire où le travail fournissait aux besoins du travailleur, mais rien au delà. Le surplus de produit qui donne naissance à l'industrie et au commerce n'existe pas. L'excédant du produit de la terré sur les besoins du cultivateur est employé aux dépenses du gouvernement, c'est-à-dire à des dépenses improductives (2). Ce moyen tout-puissant de développement, de progrès, d'amélioration sociale, qu'on appelle en économie politique le capital productif, n'existe donc pas dans l'Inde , même en germe. Ce capital productif, c'est en effet la propriété, mais sous ses formes les plus diverses, les plus variées.

L'un des voyageurs les plus doués de sagacité que la France ou l'Europe ait produits, Bernier, ne s'était pas trompé sur la cause des misères dont l'Inde, il y a près

(I) GeUe réfleiion n*est point ttne digression. Noos voyons d«s pablicistes anglais s'appoyer, vis-à-Tis Tlnde, da raisonnement des économistes français du i8« siècle. Voir entre autres Montgomery^Martin.

(â) Celles de ces dépenses qui pourraient être produetives, comme fournitures, etc., se font en Angleterre et au profit dé lUngleterre.

366 L*»!» SOVS LA DeXIftiVIOll àNGLAM.

de deux siècles, était déjà le tliéftlre et k victime, tl écrivait : « Gela vient de ce que toutes les terres sont e& propre au roi (1). » Ailleurs : « Aiissi est-ce pour cela que nous voyons cet état asiatique aller ainsi se ruinant à vue d'œil si misérablement (2). » Ailleurs enco« re, à la vue du spectacle qui s*offraii à lui de toutes parts, il s'écriaH : « A Dieu ne plaise donc que nos monarques d'Europe fussent ainsi les uniques posses« seurs des terres de leurs royaumes (^) » !

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