CHAPITRE VIL
Des Rapports politiques du Brésil avec V Espagne^
Le Brésil j depuis rémancipation des colonies espagnoles de l'Amérique du Sud , n'est plus guère dans le cas de reprendre ses* anciennes relations politiques avec l'Espagne^ ou plutôt avec le cabinet de Madrid. Il existe pourtant, en ce moment, un germe, ou peut-être même un sujet de différend qui peut s'élever, d'un moment à l'autre, entre les deux cours de Rio-Janeiro et de Madrid, relativement à Montevideo, question qui mérite d'être éclaircie.
On accuse le gouvernement brésilien de cîierclxer à s'attirer Montevideo (i) ; mais est-il rien de plus juste que chaque puissance réclame ou maintienne ses droits politiques? Montevideo appartient de droit à l'empire du Brésil. Voyons, pour le prouver, ce que riiistoire des traités nous enseigne.
Les premières îles du golfe du Mexique ayant
(i) Les troupes portugaises ont évacué Montevidea le 2 mars , et le pavillon impérial du Brésilf y a été arboré aussitôt.
été découvertes par Gliristoplie Colomb en 1492, le pape Alexandre VI publia une bulle Tannée suivante pour régler le partage des conquêtes entre le Portugal et l'Espagne. Il détermina qu'à cent lieues à l'Occident des Açores, on tirerait d'un pôle à l'autre une ligne imaginaire, et que tout ce qui seyait à l'Occident appartiendrait au Portugal, tandis que toute la partie des découvertes située à l'Orient reviendrait à l'Espagne. Jean II de Portugal refusa d'adhérer à la décision pontificale. Survint, en 1 494 ^ 1^ traité de Tordesillas, où il fut stipulé que la ligne imaginaire partirait de 870 lieues à l'Occident des îles du Cap-Vert, sans toutefois désigner l'île d'où la ligne devait partir , ce qui , d'après leur position topograpliique , présente des différences essentielles.
Magellan, navigateur portugais, ennemi de son pays, et alors au service de l'Espagne, parvint à persuader à l'empereur Charles-Quint que la ligne devait laisser dans l'autre hémisphère 180 degrés du méridien à chaque couronne^ l'itinéraire qu'il laissa dans ses papiers après sa mort, montre qu'il a fraudé à la mei* du Sud , ce qui est clairement étarbli sur la carie de l'histoire des Indes -Occidentales par Herrera,
Cette fraude fit naître la guerre entre les deux nations. Enfin Jean III de Portugal proposa les conférences de Saragosse, où l'on devait traiter et conclure à l'amiable. Mais l'infidélité de Magellan
( io3) fit encore autorité; car, à cette époque^ on ne sa^ vait rien y opposer de victorieux.
On convint cependant à Saragosse, en 1 529, que Jean III paierait une somme à l'empereur, et que le Portugal jouirait de sept degrés de plus que dans la démarcation supposée ; 6n outre , que la nouvelle démarcation se terminerait aux îles des Larrons., aujourd'hui les îles Mariannes, par où devait passer la ligne imaginaire d'un pôle à l'autre, et à l'Occident de laquelle ne passeraient pas les Espagnols. Dans le cas où ils la dépasseraient par erreur ou par hasard , les terres qu'ils pourraient y découvrir appartiendraient de droit à la couronne de Portugal.
Les Espagnols enfreignirent cette convention en s'établîssant^ du temps de Philippe II, aux îles Philippines. La guerre allait encore éclater entre les deux nations quand Philippe II, profitant de Fextinction de la branche régnante du Portugal , s'empara de ce royaume et en fit un annexe de sa vaste monarchie.
L'affaire de la démarcation en était là, quand les Portugais, chassant les Espagnols, recouvrèrent leur indépendance. La guerre s'en suivit, et, douze ans après le traité de paix qui intervint , le gouverneur de Rio-Janeiro ayant fait établir sur la rivière de la Plata la colonie du Saint-Sacrement, selon le droit qu'il en avait, le gouverneur de Buenos- Ayres prit les armes et passa la garnison au fd de
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Yépée. Alors, d'habiles Espagnpls négocièrent à Lisbonne , et concilièrent le diffe'rend.
Le Portugal présenta un mémoire , mal rédigé , il est vrai (i)^ mais qui a suffi néanmoins pour amener Je traité provisionnel de i6^i , dans lequel il fut stipulé que des gqograplies se réuniraient à Badajos, pour décider à laquelle des deux couronnes appartiendrait la colonie du Saint-Sacrement. En attendant on convint qu'on la remettrait au gouvernement du Brésil, et que les deux nations jouiraient concurremment des terres environnantes. Les géographes ne purent s'entendre ; la question fut de nouveau soumise au pape , et le pape s'abstint luimême de décider.
En 170J, Philippe V remit la colonie et son territoire à la couronne de Portugal; mais la guerre ayant éclaté en 1704, les Espagnols assiégèrent et reprirent la colonie contestée, qu'ils gardèrent jusqu'au traité d'Utreclit , époque où elle fut rétro-r cédée au Portugal.
L'Espçigney avait renoncé formellement, et le Portugal allait en prendre possession quand le gouverneur de Buenos-Ajres s'y opposa. Il fut soutenu par son gouvernement.
On en était là quand survint le traité des li-
(i) Voy. tom. Il, Preuves de i* Histoire de ia gènéaiogio de i(i maison royaie de Portugal.
( io5) mites, par lequel le Portugal céda la rive septentrionale de la Plata, qui lui appartenait par le traité d'Utreclit, cession qui fut plutôt l'effet delà faiblesse que de l'absence, d'un droit.
Il résulte de ce qui précède que, dès l'origine, la rive septentrionale de laPlata'etla colonie du Saint- Sacrement appartenaient à la couronne de Portugal.
Supposons que le droit du Portugal ne soit point échu à l'héritier présomptif, à celui qui est assis aujourd'hui sur le trône du Brésil , la rivière de la Plata n'est-elle pas la limite naturelle de cet empire ? Montevideo n'en est-il pas la clef? A coup sûr on peut accuser d'ineptie le gouvernement qui a laissé dans des mains étrangères la défense du boulevard qui fait sa sûreté. Cette considération suffirait seule pour justifier les prétentions actuelles du Brésil sur ce territoire; d'ailleurs, toute nation a le droit d'empêcher qu'il ne s'introduise dans son système politique des principes contraires à ceux sur lesquels son gouvernement est fondé.
La France vient de le reconnaître à la face de l'Europe, et c'est avec l'approbation de toutes les puissances alliées qu'elle a combattu dans l'intérieur de l'Espagne et dissipé la démocratie armée des cortès.
Le gouvernement brésilien se borne à ne pas aller au-delà de la rivière de la Plata combattre les principes de Buenos-xiyres ; il prend seulement do siiges précautions pour que ces principes ne s'in-troduisent pas sur son territoire.
. - C io6 )
D'un autre côté^ Montevideo lui-même demande à faire partie intégrante de l'empire du Brésil. Nous pensons que lors même qu'il n'existerait pas d'autres motifs, on trahirait ce peuple en lui refusant la protection qu'il sollicite pour se soustraire à l'anarchie et à l'oppression.
Du reste, la question est déjà décidée par le fait, ce que nous allons rendre sensible : supposons , en effet , que le gouvernement du Brésil voulût remettre Montevideo^ mais à qui le remettrait-il? où sont les autorités et les forces espagnoles dans le Nouveau-Monde? Le Brésil eût-il la volonté de commettre cette bévue politique, il ne lui serait pas possible de la consommer.
Au moment où nous livrions ce chapitre à la presse, il est venu à notre connaissance un fait essentiel en ce qu'il prouve que le cabinet de Madrid n'est ni en mésintelligence ni en rupture avec la cour de Rio-Janeiro. On a vu (pag. 78) le mauvais traitement qu'a éprouvé un bâtiment brésilien dans le port de Vigo : le bâtiment s'appelle la Luconia. Le traitement dont il a eu à se plaindre ne devant être imputé qu'aux autorités locales , leur conduite à cet égard vient de donner lieu à une réprimande de la part du gouvernement espagnol. Il a décidé en outre que désormais les bâtimens brésiliens seront reçus comme neutres dans les ports d'Espagne.
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