‹ L'indépendance de l'empire du BrésilChapitre 8 sur 12 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Uùlité de r Indépendance du Brésil pour îe PortugaL

Il est un fait incontestable : l'Espagne et le Poi>tugal déchurent d'une manière sensible par le seul effet de Texploitation exclusive des trésors de l'Amérique. Ce fait se trouve lié à un autre tout aussi remarquable j c'est qu'au moment même où les deux monarchies de la Péninsule déclinaient par suite de cette grande erreur qui ne leur présentait d'autres élémens de ricliesses que dans le monopote de for, de l'argent ^ et des marchandises , leurs colonies d'Amérique à qui cet or était enlevé , devenaient plus florissantes. Elles ont même fini par se garder elles-m^mes^ tandis que les deux monarchies-meres ouvertes aux invasions marquaient ainsi l'époque de leur dépérissement et de leur puissance. C'est aujourd'hui une maxime vulgaire , que l'or n'est pas la vraie richesse des nations.

Quant au monopole , le Portugal avait Finsigne tyrannie , et par conséquent l'insigne maladresse de vouloir approvisionner d'habits , de chapeaux^

( 86 ) d'iiuile , de vins , une population trans-atlantique égale à la sienne. Or, il suffisait que Faugmentation de la population et de la consommation du Portugal américain , eût lieu dans une proportion plus forte que celle de l'accumulation des capitaux dans la métropole , pour que l'industrie agricole et manufacturière de celle-ci déchût de jour en jour et se ruinât d'année en année.

Que le Brésil reste indépendant , et on verra le Portugal même y gagner,* il fera d'abord moins de bénéfices pécuniaires , mais il en sera dédommagé au-delà par plus d'industrie et d'activité dont l'impérieuse nécessité lui fera une loi de tous les jours.

Ce ne sera plus à fréter des navires anglais ; ce ne sera plus à faire l'emplette de toiles d'Irlande et de bijouterie de France que seront employés les capitaux du Portugal ; car le Français et l'Anglais porteront eux-mêmes leurs marchandises à Rio-Janeiro. Il faudra donc que le Portugais applique ses fonds à quelque industrie nationale ; qu'il augmente la quantité de ses oliviers , qu'il perfectionne la qualité de ses vins , et enfin qu'il fasse travailler et vivre ses compatriotes. Le champ de ses spéculations sera moins vaste , il est vrai , mais il courra moins de chances et il trouvera dans d'autres réservoirs que ceux du monopole, la source de la vraie richesse.

L'Angleterre , à qui son système de finances a créé des capitaux à-peu-près illimités , ne s'est-elle pas bien trouvée de l'émancipation des Etats-Unis? Ces divorces sont toujours à l'avantage des unions mal assorties par l'âge et les époques , lorsqu'il y a incompatibilité de régime et de position entre deux peuples trop éloignés l'un de l'autre.^

Gomment n'est-on pas frappé de cette vérité, que la tyrannie d'un peuple envers un autre , est punie par les suites mêmes qui en dérivent ; que les exécutions ruinent les monopoleurs eux-mêmes, car le monopole est une duperie aussi bien qu'une vexation ?

Jusqu'à présent on a cru que les Portugais ,. sans le commerce exclusif du Brésil , seraient ruinés sans ressource. Ils le croyent eux-mêmes encore. Eh bien î consultons les tableaux d'importations et d'exportations j nous y verrons que les produits de l'agriculture exportés du Portugal au Brésil, ont été de f) millions de cruzades, et au-delà en 1816 , et qu'en 181 7 ils se sont élevés à plus de 7 millions. Cette augmentation de plus de cinquante pour cent sur les produits du sol , depuis l'émancipation du Brésil, qui est un fait, sur des produite qu'aucune concurrence ne peut enlever au Portugal , prouve l'effet qu'a déjà eu , sur son industrie agricole, la réaction de l'indépendance brésilienne. Elle prouve en outre , que si la liberté du com-

merce a produit quelques fâcheux effets, ce n'a e'të qu'un mal temporaire pour le Portugal, et que la prospérité du Brésil élève la sienne en proportion. ■ '■^■'.

Quant à la diminution des exportations du Brésil, sans doute elle est nuisible aux intérêts du Portugal; il les a vues diminuer, tout en soutenant ses importations. Sans doute le Portugal importe du Brésil moins de sucre et de café , mais les pertes sur cette brandie de commerce sont bien moins considérables qu'elles ne le paraissent au premier coup-d'œil. Les marchandises coloniales étaient destinées dans les marchés du Portugal, à solder les produits de l'industrie étrangère. Les Portugais n'y gagnaient que le fret et la commission, grevés de frais de navigation, d'assurances, et en outre des avances qu'ils étaient obligés de faire de leurs propres capitaux. D'ailleurs le grand commerce du Portugal avec le Brésil étant fondé sur le transport des marchandises d'encombrement, teUes que vins et huiles^ nécessitera toujours un tonnage considérable : or , tant qu'il lui conviendra d'approvisionner le Brésil de marchandises étrangères, il aura toujours l'avantage sur les autres " nations , soit à cause des fréquentes occasions de transport, soit par suite de la facilité que lui donnent ses anciennes relations avec le Brésil. Enfin si , comme il est probable , la population du Bré-

( 89) sil double quatre ou cinq fois par siècle , comme celle des Etats-Unis, et peut-être ménie d'avantage dans un pays encore plus créateur et que régissent des lois sages, il ne faudra pas très long-temps pour que le Portugal soit indemnisé en consom-^ mation provenant de son sol, de ce qu'il poury^ perdre en consommation étrangère.

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