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conclusions ne sont pourtant que le résultat d’une observation générale de la question, et nous devons admirer la profonde science sociale de cet homme qui, guidé par la pure raison, a su ainsi nous indiquer avec précision où et comment diriger notre effort gouvernemental.
Notre politique industrielle doit viser à la conservation de la propriété sociale, d’abord en interdisant les dénudations qui transformeraient notre pays en un désert, puis en assurant l'existence perpétuelle de nos ressources forestières et hydrauliques et autant que possible de nos ressources minières. Ce sont là, en effet, avec l’agriculture, les conditions mêmes de l'existence de la nation. Mais, ainsi que nous l’avons déjà dit et que nous le répéterons plusieurs fois encore au cours de ce travail, nos gouvernements ne peuvent espérer Conserver les conditions générales d'existence de la nation, surtout la forêt et les forces hydrauliques, seulement en édictant des lois. Nous savons que ces lois resteront toujours impuissantes et inefficaces, si elles ne sont pas soutenues par la seule sanction réelle de la loi, par l'opinion publique. Le public ne comprendra l'importance de ces choses que lorsqu'on lui en aura fait voir la démonstration pratique. Et cette démonstration ne pourra jamais se faire efficacement que par le développement industriel, particulièrement le déveioppement industriel forestier.
Il faut donc inaugurer une politique industrielle par laquelle le gouvernement, sans empiéter aucunement sur l'initiative individueile ni en gêner l’action, puisse
perfectionner la vie nationale et assurer sa permanence, en développant l’intellectualité, la richesse et le bien-être du corps social tout entier. Ces principes ont-ils jamais été appliqués au Canada et particulièrement dans la province de Québec? Nous répondrons à cette question un peu plus loin. En attendant, n'est-il pas évident qu’une telle politique devrait Commencer par l'instruction industrielle générale du peuple à tous les degrés; qu’eile devrait se continuer en décrétant la permanence absolue de la forêt, des forces hydrauliques et des autre sources de la richesse nationale: qu’enfin cette permanence de nos ressources devrait être rendue réelle et efficace par leur développement systématique et scientifique au moyen de l’industrie pratique. Et Pour atteindre ce but, il faut évidemment un système quelconque d'encouragement, de propulsion, qui permettrait à une pensée maîtresse d’assurer en même temps la prospérité agricole et industrielle d’une vaste région et l’avenir économique et national du peuple qui l’habite. 0
De plus, en élaborant un tel système ne semble-t-il pas que l’on doive tenir compte du phénomène si important de la concentration industrielle, toujours en écartant ses inconvénients et sans toucher en quoi que ce soit à l’initiative individueile ni à la liberté légitime de chacun? Tout cela a besoin d’explications et de développements. Avant d’aller plus loin, cependant, ilest important denepas oublier que la mise en œuvre d’une telle idée n’appartient Pas au gouvernement central, bien que celui-ci puisse y participer et y aider indirectement mais puissamment,
Chaque province doit prendre l'initiative, en veillant à la conservation et au développement de ses ressources, parce que ces ressources variant dans chacune, les mesures à prendre peuvent être différentes.
Voyons maintenant ce que doit être cette politique industrielle dont nous avons essayé de démontrer l’urgente nécessité. Pour cela, il est bon de déterminer tout d’abord ce qu’elle ne doit pas être.
Tout mouvement qui tend à dépeupler les campagnes et à entasser la population dans les villes est un mouvement anti-sociai qu’il faut enrayer.
La crainte légitime du dépeuplement des campagnes, que l’état social de la classe agricole d’il y aquelques années ne justifiait que trop, à retardé considérablement le mouvement industriel, dans le Canada français plus particulièrement. Un grand nombre de personnes bien intentionnées se sont élevées contre l’industrialisme, puisque l’industrie, dans leur opinion, devait pousser la population vers les villes. M. Gigault, sous-ministre de l’agriculture de la province de Québec, est un partisan de ces idées que nous partageons en C2 qui touche au prinicpe énoncé ci-dessus. Il vaudrait bien mieux renoncer à la grande industrie que de dépeupler les campagnes. “N'oublions pas, s'écriait M. Gigault, dans un discours prononcé à l’une des dernières réunions de la société d'industrie laitière, à Saint-Hyacinthe, n'oublions pas que nous devons avant tout travailler à la diffusion des connaissances agricoles; nous devons avant tout faire
aimer la vie rurale. N’allons pas détourner notre population de l'agriculture pour l’attirer vers les villes. Nous commettrions une faute dont nous regretterions les déplorables conséquences. Il sévit actuellement en Allemagne une crise financière des plus dangereuses. Dans ce pays, les écoles techniques ont été multipliées: on y a formé un grand nombre d'ouvriers d’une grande habileté; comme résultat, l’industrie manufacturière a pris un grand développement, encombrant le marché et provoquant la crise dont ce pays est aujourd’hui la victime. Aussi un économiste allemand, écrivant sur ce sujet, reproche aux autorités d’avoir encouragé l’industrie aux dépens de l’agriculture et d’être les auteurs du lamentable état commercial de l'Allemagne. Si nous jouissons d’une prospérité vraiment enviable, (1) c'est que nous avons évité l’erreur dans laquelle est tombée l’Allemagne; c'est parce que nous avons avant tout encouragé le déve loppement de ne »ssources agricoles.”*
Ce que dit M. Gigault de l’importance primordiale du développement agricole est absolument vrai. Dans tous les pays où l’on a souci de la prospérité publique présente et à venir, l’industrie agricole doit conserver la première place. C’est parce que nous en avons la conviction profonde que nous répétons ici cet autre principe déjà énoncé au cours de ces études:
(1) La prospérité dont parle M. Gigault est réelle, pour ce qui est de l’agriculture, au moment actuel; mais elle ne nous garantira pas dans l'avenir contre l'absorption économique par les Américains, ce danger que le révérend Père Lalande signale avec tant d’éloquence et de vérité.
“La conservation du sol et la prospérité des ciasses agricoles dans le Canada français sont intimement liées au développement, d'après une méthode vraiment nationale, des industries dont la région fournit les matières premières et particulièrement des industries forestières’”.
C'est pour cela que nous affirmons la nécessité d’une politique industrielle. C'est cette politique précisément qui empêchera le peuple d'abandonner la campagne pour la ville, car l’un de ses premiers effets sera de coloniser rapidement les terres publiques. Prétendrait-on, par hasard, qu’il est préférable d'attendre et de subir l’industrialisme étranger, surtout l'industrialisme américain? C'est bien alors que nous aurions vraiment à craindre le dépeuplement des campagnes qui est toujours la conséquence d’un état social vicieux. Mais ne nous attardons pas à des arsuments déjà plusieurs fois répétés au cours de cetravail. Passons auxautres points, qui sont initimement liés à celui-ci.
Le but d’une politique industrielle devrait être de développer non pas les industries exotiques ni même toutes les fabrications dont on trouve la matière première dansle pays, mais surtout celles où le Canada peut entrer avantageusement en concurrence avec les autres pays du monde.
Il nous a toujours paru que sur ce point nous avions fait fausse route, et le mouvement industriel que prétendent nous révéler nos statisticiens ne nous a jamais semblé bien sérieux. Osons dire toute notre pensée, nous croyons
souvent y découvrir un 8aspiliage inutile de forces. Il ne nous est pas facile, par exemple, de croire à la réussite prochaine dans notre pays de la grande industrie textile, Nous entendons le vrai succès industriel, non pas l'existence plus ou moins Chänceuse c'e queiques fabriques isolées. 11 est tentant san: doute pour des Canadiens d'essayer d'implanter chez cux ces industries. Nous sommes en relations commerciales intimes avec l’Angleterre et les Et. :s-Unis, les pays du monde où l'on fabrique le plus de tissus de laine et decoton. Les capitaux anglais surtout se prodiguent volontier: pour des industries de ce genre; il est facile de trouver en Angleterre des ouvriers assez instruits qui ne demandentpas mieuxqued'améliorer leur sort en émigrant. Mais ces avantages du début semblent quelque peu illusoires. Non pas précisément à cause de la matière première qu’il faut importer, car l'exemple de l’Angleterre prouve qu'on peut surmonter ce désavantage dans certaines circonstances. Cependant les conüiiions qui favorisèrent les débuts industrieis de l’Angleterre dans le tissage du coton, par exemple, n'existent pas du tout en Canada.
Cela est de notoriété historique. Passons donc à ce qui nous paraît devoir être, pour nous, pendant longtemps encore, une cause inévitable d'insuccès dans ces branches d’industrie.
Cette cause c'est 1a conCurrenceétrangère contre laquelle, faute de marché indigène, il nous est impossible de protéger ces industries au moyen de tarifs douaniers. Se fait-on une idée de l'importance de cette Concurrence ?
Prenons, par exemple, les lainages. Voilà une industrie pour laquelle nous trouvons dans notre pays unc excellente matière première. La laine de nos moutons est de première qualité, les étoffes que produit notre industrie ménagère en font foi, et il serait facile de multiplier les troupeaux. Mais on trouve des moutons pa: tout, et dans presque tous les grands pays on tisse la laine, non seulement pour la consommation sur place, mais aussi pour l'exportation. Ces industries, longuement établies, y ont poussé des racines dont on ne soupçonne pas la profondeur. Ici il est fort douteux que nous puissions obtenir la machinerie nécessaire, même en la payant. L'aurions-nous que nous ne saurions pas nous en servir, ni traiter la laine et la filure. Il nous faudrait passer par une période de longs tâtonnements. Là-bas on sait tout ce qu'il faut faire et on le fait dans la perfection. Le travail se subdivise entre de vastes établissements spécialisés; l’on n’épargne ni le temps ni l'argent pour obtenir une fois pour toutes le résultat voulu. Ouvriers et ingénieurs sont instruits dans d'excellentes écoles technique pour lesquelles on dépense chaque année, en Angleterre seulement, plus de six millions de dollars; ils se perfectionnent par une pratique incessante. Dans les centres de l’industrie des lainages, districts de Leeds et de Bradford, on trouve d'immenses usines où l’on ne produit qu'une seule espèce, qu’une seule qualité de marchandises. Depuis des siècles les secrets se transmettent, l'expérience s’accumule de génération en génération. Dans l’une on ne fabrique depuis cent ans que des couvertures blanches; une autre n’a jamais fait qu’une seule espèce de tricot, et
tout cela en quantités immenses dont les chiffres écrits ne nous onnent aucune idée. Le Yorkshire à lui seul possède cent mille métiers à laine et plus de 2,250,600 fuseaux.
Comment soutenir la concurrence dans de telles conditions? Quand pourrons-nous espèrer d'atteindre le chiftre d’affaires de la moindre des importantes villes industrielles d'Angleterre?
Tout ce que nous disons des lainages s'applique avec infiniment plus de force à la fabrication des cotonnades. (1) Plus tard la concurrence pourra devenir possible, aujourd’hui elle ne nous semble pas l'être. Pourquoi donc nous soumettre à cette concurrence ruineuse lorsqu'il est possible de nous enrichir et de développer notre pays par des industries où nous ne rencontrerons pas de rivaux sérieux? Culitivons d’abord dans notre jardin national celles de nos plantes indigènes que les autres pays ne possèdent point en quantités exploitables. Commençon: par les industries forestières. Nous n'entendrons plus alors, à New-York, les propriétaires des journaux à grand tirage prédire qu’ils serent obligés de faire la conquête du Canada pour s’approvisionner de papier. Cette prédiction n'est pas une vaine menace, ‘Le papier, dit le
(1) Il est bien entendu que ces remarques ne s'appliquent qu'à la grande industrie d'exportation. Quant aux industries ménagères qui sont d'une si grande importance dans l’économie d’un peuple, elles entreni dans une toute autre catégorie. Dans la province de Québec elles évoluent et nous pourrions signaler plusieurs fabriques de lainages qui sont certainement les noyaux d’une grande industrie qui se développera dans l’avenir.
vicomte G. d'Avenel, est avec le fer la marchandise dont l'usage en notre siècle a le plus augmenté. A eux deux ces objets l'un si fragile, l'autre si solide, ont été, dans l'ordre moral et matériel, les principaux agents du progrès."
Admettons-nous l'utilité et à plus forte rison la nécessité et l'urgence d’une bonne politique industrielle? Nous conviendrons alors au’i! est essentiel, tout d’abord, qu'elle repose sur autre chose que sur des discussions académiques ou sur des combinaisons douanièies. Tout cela, nous l'avons vu, n'est pas le point capital chez nous, et de tels débats dégénèrent trop souvent er: un mot d'ordre de parti. Cett* politique doit reposer sur des principes d'une justesse et d'un effet pratique démontrés.
Pour ce qui est de la participation légitime de l’Etat,nous croyons avoir trouvé ces principes énoncés par M. Paul Leroy-Beaulieu. Quant à la part que doit y prendre l'initiative individuelle, nous trouverons certainement des $adications utiles en étudiant l'organisation de l’industrie laitière telle qu’elle existe dans la province de Québec.
L'industrie laitière commença à s'implanter en Canada vers l’année 1870. A cette époque, elle était nulle dans la province de Québec.
C’est dans le comté de Rouville que s'ouvrit la première beurrerie, vers 1870. Quelques années plus tard nous importions nos premières machines centrifuges. La première de toutes dans la province, la première en Amérique, fut installée à Saint-Marie de Beauce par feu le colone! Henri Duchesnay, plus tard député de Dorchester.
Il sacrifia à cette fin des sommes considérables, à une époque où le succès était bien incertain. M. Barré, qui avait été envoyé par le $ouvernement provincial pour étudier l'industrie laitière en Janemark, était le directeur de cette fabrique. Tout n'était alors que difficultés. Les cuitivateurs étaient défants, le Capital se dérobait. Les progrès étaient bien lents. Mais en 1882 les choses changèrent de face Parce que, à cette époque, l'on adopta une politique industrielle laitière, Le gouvernement de l’époque mérite les plus grands éloges pou: le bienfait ainsi conféré. Son mérite cependant se borne à avoir Compris le rôle et l'utilité de ia société d'industrie laitière, que la légisiature de Québec cunstitva en
Corporation. Voici les clauses fondamentale: de 1 acte constitutif:
‘La société d'industrie laitière, dans le but d'obtenir une diffusion plus Prompte et plus complète des meil'eures méthodes à suivre pour la production du lait, la fabrication des produits laitiers et en général l'avancement de l’industrie laitière, peut subdiviser la province en divisions régionales, dans lesquelles des syndicats, composés de Propriétaires de fabriques de beurre et de fromage et autres établissemente laitiers, peuvent être établis.
“a formation et le fonctionnement de ces syndicats Son, régis par les re3lements adoptés par la société et approuvés par le lieutenant-gouverneur en conseil, et tels syndicats sont sous la direction et ja surveillance de la société.
“A ces syndicats, le lieutenant-gouverneur en conseil peut accorder, à même le fonds consolidé du revenu, une subvention égale à la moitié des dépenses encourues pour le service d'inspection et d'enseignement organisé dans le syndicat, y compris le traitement d'inspecteurs, leurs frais de voyage et autres dépenses en relation directe avec tel service, mais ne devant pas excéder $300 pour chaque syndicat.”
La société d'industrie laitière ainsi créée prit l'initiative de tout le mouvement, avec l'appui du gouvernement. Ses membres furent infatigables dans leursétudes et leur surveillance. Ils établirent, à Saint-Hyacinthe, une magnifique école de laiterie où le nombre des élèves
augmente d'année en année. Nous savons tous les admirables, les incroyables résultats obtenus. Ils sont dus à l'initiative éclairée de la société d'industrie laitière. Mais celle-ci n’aurait pas obtenu ces résultats sans l'appui et l’aide du gouvernement provincial, qui adopta une politique laitière et aida pécuniairement à l'organisation. Un concours encore plus indispensable vint des hommes à l'esprit vraiment patriotique, qui créèrent un mouvement d'opinion publique favorable et aidèrent à répandre les idées qu'émettait la société.
Nous trouvons dans la société d'industrie laitière, dans l'influence qu'elle exerce, dans ses ramifications par toute la province, un exemple des effets bienfaisants de l'organisation et jusqu’à un certain point de la concentration économique, dont les trusts représentent l'usage abusif. Nous trouvons dans cette organisation, en tenant
Compte toutefois des :‘ifférences dans le genre du travail, ainsi que des conditions sociales et du caractère national, quelque chose de celle des cartells allemands. Elle s'en rapprochera plus encore lorsque la société s'or \pera davantage, soit directement, soit indirectement, en : sant de son influence auprès des autorités ou sur les ac cœurs, de la question des débouchés et de celle des prix. Dans le cart ;', en effet, d’après M, Philippovitch, un économiste allemand, “chaque industriel conserve [a direction de l'organisation intérieure de son exploitation, mais il se lie avec les producteurs de la même branche pour régulariser et, éventuellement supprimer la concurrence et se partager entre eux les débc . :hés.*
Nous constatons donc,en examinant le mouvement qui a donné lieu à l’organisation de l'industrie laitière dans la province de Québec, premiè : nent la manifestation d’un besoin social urgent; le c:!'ivateur en était rendu au point qu’il ne pouvait plus vivre sous les conditions existantes, Nous Voyons, en second lieu, un certain nombre de citoyens adoptant une idée et s'engageant à en faire une réalité piatique, Plusieurs de ces hommes étaient désintéressés, si ce n'est à titre de Pitriotes; d’autres avaient un intérêt financier direct à la réussite du projet. Et ceux-ci n'avaient pas mcins de mérite réel que ceux-là, car, la plupart du temps, c’est parmi les gens directement intéressés à une réforme qu'on trouve le moins de clairvoyance et de courage, En troisième lieu, nous avons Île gouvernement qui consent à intervenir Pour seconder et appuyer de la sanction
légale et administrative la société d'industrie laitière. Cette société a donc accompli ce travail préparatoire ou médiat si essentiel, dont nous parle Rodbertus cité au chapitre précédent.
Est-il possible d'appliquer les principes de la politique laitière à l'établissement d’une politique industrielle? Pour notre part, nous ne croyons pas que cela soit impossible. Il est même très important que dans une réforme de ce genre le peuple se trouve en présence d'une idée qu’il connaît déjà et dont il a constaté les bons résultats. Mais il ne faut pa: oublier qu'ici l’œuvre à accomplir est beaucoup plus con ‘idérable et plus compliquée. Et cette remarque reste vraie même si l’on s’en tient tout d’abord à un seul
genre d'industrie, à l’industrie forestière, par exemple, qui produit principalement le bois d'œuvre travaillé de diverses manières, la pâte et le papier.
Nous croyons donc que le premier pas à faire dans le sens d'une politique industrielle serait la formation, sous les auspices du gouvernement provincial, d’une association qui prendrait le nom de ‘La Socisté des Industries Forestières ’. Son rôle serait la recherche, l'instruction pratique, la propagande, l'inspection et la surveillance. Pour nous rapprocher des termes du statut qui a donné l'existence légale à la société d'industrie laitière: dans le but d'obtenir une diffusion plus prompte et plus complète des meilleures méthodes à suivre pour assurer la protection et la permanence de la forêt, des chutes d’eau, de la production forestière et de la fabrication scientifique des produits forestiers, la société des
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industries forestières pourrait établir, avec le concours du gouvernement Provincial, un bureau de recherches industrielles et une école d'industrie forestière; elle pourrait subdiviser la province en divisions régionales pour les fins de propagande et pour l'établissement de syndicats composés de propriétaires d'industries forestières, lesquels syndicats seraient Soumis, dans l'intérêt commun, à l’inspection, etc., etc.
Le bureau des recherches industrielles serait chargé, comme son nom l'indique, de reCueillir toutes les données scientifiques pouvant se rapporter aux industries forestières et d'en rechercher les applications pratiques. On pourrait rendre publiques ces informations au moyen de bulletins périodiques et surtout de conférences.
L’instruction se donnerait dans une ou plusieurs écoles d'industrie forestière qu'on établirait dans des endroits accessibles, mais dans !a forêt, afin de permettre aux élèves de mettre en pratique ce qu’on leur enseignerait, et aussi afin de diminuer et même peut-être de couvrir complètement les frais d'entretien par la vente des produits de ces écoles-fabriques, qui deviendraient autant de centres de développement industriel scientifique.
La société se chargerait aussi, toujours avec l’approbation et le concours du gouvernement, de subdiviser la province en divisions régionales, où l’on s’occuperait de la création d'industries forestières de toutes espèces, surtout de syndicats de colons chargés de fournir à une foule de fabriques le bois d'œuvre, le bois à pâte et d’autres matières premières plus ou moins préparées.
L’inspection des fabriques servirait à assurer jusqu’à un certain point l’uniformité et contribuerait certainement à hausser la qualité des produits définitifs. Ce serait une application bienfaisante du système nécessaire dans l’économie moderne de l’organisation et de la centralisation industrielles, suivant les principes déjà appliqués à l’industrie laitière. Et, chose importante, ces principes de concentration seraient conformes à l’esprit de notre peuple, si l’on tient compte des conditions sociales où il est appelé à débuter dans la carrière industrielle.
On comprend que dans l’état actuel de la loi et de la coutume, surtout de l’esprit qu’on apporte à l’interprétation et à l’application de la loi, l’action d’une société d'industries forestières, telle que nous l’avons esquissée, serait bien difficile, pour ne pas dire impossible. Il faudrait, pour que son action fût utile, que l'orientation même de la politique forestière fut changée. Le gouvernement devrait s'occuper, indépendamment dela société,de l'instruction industrieile générale de la population, et avec son aide, de la protection et de la permanence de la forêt. Il devrait ensuite, toujours aidé de l’association, créer un fonds de prêts industriels.
Tous ces points sont trop importants pour que nous puissions les traiter dans les limites de la présente étude. Nous nous occuperons de chacun d’eux séparément, après quoi nous pourrons entrer plus en détail dans le véritable rôle d’une société des industries forestières et voir plus clairement quels seraient les résultats d’une telle politique.
Arrêtons-nous donc ici Pour aujourd’hui. Que le lecteur surtout ne se décourage pas à la lecture de ces Pages trop arides. Qu'il médite seulement sur l’importance et la grandeur de l’œuvre à accomplir, et dont l’accomplissement Paraît si urgent, Elle sera sienne comme elle sera nôtre, comme elle sera celle de tous les citoyens soucieux du bonheur de leur pays. Pour qu'elle s’accomplisse, il n’est Pas essentiel que chacun partage notre manière de voir; nous n’indiquons pas la voie, nous la cherchons. Mais il faut que tous s’y intéressent et qu’il y ait sur ce point unanimité des cœurs et des volontés.