E. DE GONCOURT
Je me permets d'en ajouter un second : Théophile Gautier, dans
la Momie.
H. Tmbert.
Tiennes du British-Museum : quel bel art et quel flagrant délit de vie et de vérité dans ces tableaux d'une civilisation qui valait bien la nôtre ! »
Il resterait des heures en contemplation devant les tableaux de certains primitifs allemands ou flamands, comme Beham, Griinewald, Altdorfer, etc.. , jusques et y compris Holbein, tandis que les merveilleuses compositions de la Renaissance italienne, jusques et y compris Raphaël, le laissent absolument froid, Rembrandt est un des peintres du dix-septième siècle qui le frappent, parce qu'il a conservé l'art très pur des primitifs, en y infusant un courant tout moderne qui a été étouff"é au dix-huitième siècle. Il dirait avec Charles Blanc que : « Rembrandt a passé au milieu des astres de la peinture comme font ces comètes qui semblent venues pour troubler les grandes lois du monde et qui, cependant, jouent aussi leur rôle dans l'harmonie des cieux. »
L'admiration presqu'exclusive de V. d'Indy pour les arts gigantesques de races disparues et pour les œuvres naïves et chaudement colorées des primitifs allemands ou flamands, lui a fait un peu oublier l'ère d'affranchissement qu'a inaugurée le splendide édiflce de la Renaissance. C'est dans la période qui s'étend de la fin du treizième aux premières années du quinzième siècle que les Nicolas de Pise, les Giotto, Donatello et Brunellesco de Florence, les Van Eyck dans les Flandres, les Sluter en Bourgogne, etc., abandonnèrent les formes hiératiques et l'Ecole byzantine, pour entrer à pleine voile dans l'imitation de la Nature et de l'Antique ; telle fut la reprise de la chaîne interrompue des belles époques de la Grèce. Leurs successeurs, Lucca délia Robbia, Michel- Ange, Benvenuto Gellini, Léonard de Vinci, Raphaël, le Gorrège, etc., n'ont fait que s'inspirer de leurs devanciers et les ont même quelquefois surpassés en adjoignant la grâce à la force. Ils ont ainsi produit des chefsd'œuvre qui, à eux seuls, constitueraient la gloire de la
Renaissance et ont en réalité servi de modèles aux artistes de toutes les nations.
Ne faudrait-il pas chercher dans ses préférences pour les œuvres colossales, mais rudes, des temps primitifs et dans son exclusivisme pour les créations si pleines de charmes de la Renaissance, le parti pris par V. d'Indy d'éloigner de ses compositions tout ce qui pourrait être considéré, selon lui, comme de l'afféterie et qui ne serait que la grâce ou la tendresse ?
L'avenir dira si ce compositeur qui, parmi les jeunes, est une des organisations musicales les plus surprenantes el dont les premières œuvres révèlent déjà, en tant que symphoniste, un talent plein d'originalité et de vigueur, ne deviendra pas en France l'un des représentants du Drame musical, tel que l'ont rêvé on réalisé en partie Gluck, Weber, Berlioz, Reyer, "Wagner, — qui entraîne la disparition des formes surannées, des vieux moules légués par le passé et comporte les transformations, les innovations qui ne sont en réalité que la loi de la Nature !
Hugues Imbert.
ÉCHOS ET NOUVELLES
Mort de Pasdeloup. — La mort de ce pauvre Pasdeloup a fait colore nombre d'articles nécrologiques, ou l'on a dit une quantité de bêtises, comme cela se produit r ''gulièrement après le décès de toute personne un peu notable. Et dire que celui sur lequel on imprime tant d'inexactitudes est si près de nous, que ceux qui se livrent à celte débauche de renseignements fantaisistes sont presque ses égaux en âge et qu'ils ont pu suivre sa vie et sa carrière, en quelque sorte au jour le jour!
La palme en ce genre appartient certainement au correspondant parisien du Journal de Bruxelles, dont l'article, avec les principaux passages soulignés, nous est adressé par un lecteur inconnu de Belgique, auquel nous envoyons en retour tous nos remerciements.
Nous nous permettrons de demander à ce critique informé quelques éclaircissements sur difierents points de sa remarquable notice.
Pourrait-il nous dire en quoi et comment Pasdeloup, qui n'avait pas un talent exceptionnel sur le piano, et qui d'ailleurs ne se faisait jamais entendre en public, mérite la qualification de « virtuose » ?
Il fonda, nous dit-on, de nombreuses sociétés musicales. — Prière de les nommer, car on n'en connaît qu'une : la Société des jeunes artistes,
La création des Concerts-Populaires mit le sceau à sa gloire musicale. — Ah, vraiment! mais sa gloire était assez mince à cette époque ou, pour mieux dire, il était totalement inconnu.
Il ne reculait alors (avant la guerre) devant aucune dépense pour maintenir son institution au premier rang et lui donner la supériorité sur les institutions rivales. — Lesquelles, s'il vous plaît, car jusqu'après la guerre, il n'eut aucune rivalité à combattre, aucune concurrence à redouter.
Pasdeloup vivait à peu près retiré du monde en sa demeure de Fontainebleau. — Affirmation touchante, mais tout à fait surprenante pour les gens qui l'avaient souvent rencontré durant l'hiver dernier et qui le voyaient encore à Paris, aux concours du Conservatoire, huit jours avant sa mort.
Et voilà comment on bâcle une notice nécrologique, à tant la ligne, à l'intention des journaux étrangers. Il est vrai que ceux de Paris ne sont pas mieux lotis.
Une question pour finir. Le V. F., qui connaît si bien ce dont il parle et qui parle de tout, est-il réellement, comme on nous l'assure, M. Victor Fournel? Prière à celui-ci de démentir au plus tôt ce bruit calomnieux.
Valence. — Un grand concert a été organisé, en juillet dernier, parles artistes Valentinois. Nous félicitons volontiers les organisateurs de cette solennité artistique, qui depuis longtemps travaillent, sans relâche, à créer à Valence un joli centre musical. Ils ont appelé chez eux, ce jour-là, l'orchestre lyonnais deM. Luigini et la Société philharmonique de Romans, dirigée par M. Broutin. M. Broutin a beaucoup de talent. La meilleure preuve est le résultat auquel il est arrivé avec ses musiciens qui aujourd'hui sont hors de concours dans tous les tournois artistiques.
Dans le programme du concert donné à Valence figurait, en première ligne, l'ouverture de Sigurcl, qui a produit le meilleur effet. Les connaisseurs ont regretté de n'avoir qu'une audition pour apprécier une œuvre de cette envergure. Que ce
soit un stimulant pour les artistes Valentinois, et qu'ils se mettent en mesure de donner bientôt, à leurs concitoyens, des concerts comme celui que nous avons entendu, et qui s'est terminé par les derniers accords d'une Marche aux flambeaux, de Meyerbeer, exécutée par l'orchestre et la Philharmonique réunis.
Le 11 août, une séance non moins intéressante réunissait un nombreux auditoire dans l'église Notre-Dame. C'était riiiauguration des nouvelles orgues, sorties des ateliers de Mader, à Marseille. L'organiste, M. Salomone, avait cédé sa place à M. Vincent d'Indy qui, dans deux improvisations, a donné libre cours à son beau talent. Il a débuté par un andante d'un style sévère et rappelant la manière antique. Le second morceau était, au contraire, un allegro, plein d'entrain, dans lequel l'artiste a développé, croyons-nous, une phrase d'Euryan'e. Comme sortie, M. d'Indy nous a fait entendre, exécuté avec beaucoup de maestria, V Alléluia du Messie,
Dimanche prochain, 4 septembre, aura lieu à Lorient, l'inauguration de la statue de Victor Massé. A cette occasion, M. Ropartz, qui nous enverra un compte rendu de la cérémonie, a écrit une petite brochure sur la vie et les œuvres du compositeur breton. (Voir aux annonces.)
Notre collaborateur vient, en outre, de terminer un oratorio, Fethlène, poème de M. Louis Tiercelin, dont quelques fragments ont été exécutés dernièrement avec grand succès dans plusieurs villes de Bretagne.
Lès obsèques de M. Jules Pasdeloup ont eu lieu le 17 août, à Fontainebleau. Sur le parcours du cortège, la foule était considérable ; à l'église, l'assistance était énorme,
La maîtrise de la paroisse et la Société philharmonique de la ville se sont fait entendre pendant l'office. On a exécuté la
marche religieuse de M, Charles Gounod, puis l'andante de la symphonie Réformation, de Mendelssohn.
M. Danbé, chef d'orchestre de l'Opéra-Comique, qui fut jadis premier violon aux concerts Pasdeloup , a interprété avec une profonde expression Souvenir et Regret , composition pour piano, de Pasdeloup, transcrite pour violon, par M. Danbé, qui a joué aussi avec le même talent l'adagietto de VArlésie^ine, de Georges Bizet.
Le choix de ce dernier morceau était à la fois un souvenir et un hommage. On sait en effet que Pasdeloup avait été un des premiers et des plus ardents promoteurs du talent de Georges Bizet ; aussi celui-ci, très reconnaissant, lui avait-il dédié la partition de Carmen.
Au cimetière, M. Lancien, ancien violon solo des Concerts populaires, a adressé à Pasdeloup les adieux de l'orchestre qu'il avait si longtemps dirigé.
M. Triébert a pris ensuite la parole au nom de l'Association des artistes musiciens.
A ceux qui prétendent qu'un Français ne peut à la fois chérir sa patrie et admirer les œuvres de Richard Wagner, nous recommandons la lecture des lignes suivantes , extraites du feuilleton musical de la Liberté (22 août), que M. Joncicres consacre en entier à Jules Pasdeloup :
« On lui a reproché jadis son inclination pour Wagner. Aujourd'hui l'on doit reconnaître qu'il ne s'était pas trompé en saluant, un des premiers, le plus grand génie musical qui se soit produit depuis Beethoven. Grand admirateur du maître allemand, Pasdeloup était néanmoins un ardent patriote. Lorsqu'éclata la guerre de 1870, bien qu'âgé de plus de cinquante ans, il s'enrôla dans une compagnie de marche et fit bravement son service aux avant-postes, sous le feu des Prussiens. N'eut-il pas l'idée de donner un concert, dont le produit devait servir à fondre un canon, le canon Beethoven! »
Le Gérant, Ed. SAGOT.
Paris. — Irr.p. de G. Balitout et C", 7 rue Baillif.
No 14. — 15 Septembre 1887