NÉ A LORIENT, LE 7 MARS
MORT A Paris, le 5 juillet 1884. Et, sur la face postérieure :
Ce monument a été élevé à la mémoire de Victor Massé, par
ses admirateurs et la ville de Lorient,
le 4 septembre 1887.
M. Danthon, président du Comité, fait, en quelques mots, remise de la statue à la ville de Lorient: le maire lui répond et remercie le Comité et le sculpteur Antonin Mercié.
M. Léo Delibes prend ensuite la parole au nom de l'Institut et du gouvernement.
« Délégué par M. le Ministre de l'Instruction publique, a-t-il dit, je dois cette faveur, dont mes confrères seraient plus dignes que moi, à ma situation particulière. J'ai eu l'honneur, à l'Institut, de succédera Victor Massé, et j'ai eu le bonheur d'être son ami. Pour parler de lui, je n"ai qu'à écouter des souvenirs dictés par le cœur. La destinée a de singulières surprises. Qui m'eût dit qu'un jour j'aurais la tâche si douce et si flatteuse d'honorer publiquement, au moment où pour lui la postérité commence, celui qui m'accueillait, tout enfant, il y a près de quarante ans, dans une classe élémentaire, au Conservatoire?
» C'est à partir de ce moment que j'ai appris à le connaître, à l'aimer, à m'associer aux joies et aux luttes de sa vie d'artiste, et aujourd'hui je puis à peine maîtriser mon émotion quand j'assiste à la glorification, dans sa ville natale, de notre cher et illustre Victor Massé. »
Parlant de l'œuvre du musicien, M. Léo Delibes ajoute : « Quelle variété d'invention, quelle abondance mélodique ! Certes, le titre de mélodiste, nul mieux que lui ne l'a mérité. Combien en a-t-il prodigué de ces motifs caractéristiques qui captivent la populace tout en charmant les délicats ! C'est le don inné, c'est cette qualité géniale qu'il possédait à un si haut point Je retrouve comme un résumé des faces si variées de son talent quand je porte les yeux sur ce marbre inspiré, où un autre grand artiste français a fidèlement retracé les traits et jusqu'à l'allure du maître.
» Assis sur ce tertre, il semble écouter des bruits lointains ; c'est le chœur de Galathée qui s'exhale pour lui d'un bas-relief antique ; c'est le rossignol des Noces de Jeannette qui module sa chanson; ce sont les blés jaunissants qui lui parlent des Saisons ; c'est le lotus de Cléopâtre, et enfin l'âme de Virginie, portée sur une vague qui vient de mourir à ses pieds; le domaine de l'art s'enrichit de toutes les conquêtes de la pensée. »
L'espace me manque pour citer tout au long ce charmant discours, interrompu vingt fois par de légitimes approbations. Après M. Léo Delibes, M. Jules Barbier a pris la parole au nom de la Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques. Tout ce qu'il a dit de celui qui fut son collaborateur et son ami était rempli d'émotion et de sincérité. Il est fâcheux qu'il se soit cru obligé de faire une sortie contre la musique qu'il appelle savante. Tout en glorifiant V. Massé, on peut laisser Wagner en paix.
A sept heures, grand banquet offert aux artistes et à la presse par la municipalité. Divers toasts ont été portés par MM. Delibes, Massenet, Vitu, Mercié, L. Séché, J. Simon, très spirituel et très applaudi.
Tandis que les réjouissances publiques se prolongent sur les places et dans les rues pavoisées et illuminées, on se sépare, emportant avec soi le souvenir de cette charmante fête et louant à l'envi l'affabilité de M. le Maire de Lorient et de tous les organisateurs.
J.-G. ROPARTZ
ÉCHOS ET NOUVELLES
On a parlé dernièrement d'un opéra inédit de Weber dont le manuscrit se trouve entre les mains des descendants de l'auteur du Freischûtz. Le Figaro publie à ce sujet une lettre de M. Charles Malherbe.
Monsieur,
Dans le dernier numéro du Figaro, vous posez, relativement à un opéra inédit de Weber, les Trois Pintos, une question à laquelle il me serait aisé de répondre avec force détails, si je
me trouvais en ce moment à Paris ; mais à la campagne, loin de mes livres et de mes notes, je ne saurais puiser à d'autre source que ma mémoire et vous transmettre ainsi que ce qu'elle a retenu.
Voici déjà quelques mois que les journaux allemands ont annoncé la représentation pour l'hiver prochain de cette œuvre dont la venue de l'autre côté du Rhin n'a surpris personne. En effet, si la partition en est inédite, l'histoire, à ce que vous pensez, en est connue de tous ceux qui ont le culte de Weber et pour qui devient sacré le moindre fragment qu'a signé sa main. Ceux-là, il est vrai, sont plus nombreux en Allemagne qu'en France ; car la musique de Weber n'a jamais été chez nous qu'à demi populaire, et sur la tombe du maître, Richard Wagner a pu dire avec raison, dans un discours célèbre : « Le Français t'admire, mais l'Allemand seul peut te comprendre et t'aimer, car tu es véritablement Allemand. »
Quoi qu'il en soit, ce n'est pas un officier petit-fils de Weber qui aurait découvert récemment les Trois Pintos. C'est le propre fils de Weber, le baron Max, qui en possédait le manuscrit par simple voie d'héritage, et qui depuis de longues années l'a signalé au monde musical dans le beau livre consacré par lui à la mémoire de son père.
La composition des Trois Pintos remonte bien à la dernière période de la vie de Weber. Ce n'est pas, selon la dénomination qu'il affectionnait, un opéra romantique^ à la manière de ceux que nous connaissons de lui en F'rance, savoir le Freischïitz, Euryante, Obéron et môme Silvana (représenté jadis au théâtre des Nouveautés, alors Fantaisies-Parisiennes, si mes souvenirs sont exacts), c'est un opéra comique à la manière de ses premières œuvres dramatiques, savoir Peter Schmool et ses voisins, Abu Hassan et Préciosa, mais conçu et exécuté dans la pleine force de l'âge et du génie.
Le !*■■ acie est complètement terminé; le second est pour une bonne partie esquissé, mais l'instrumentation manque; le troisième reste à faire.
Tout d'abord Weber s'était mis à la besogne avec une grande activité. Puis ses relations avec les éditeurs anglais le détournèrent un peu de ses projets sans qu'il y renonçât jamais complètement. Oberon fut alors mis sur le chantier et représenté. Enfin la mort vint brusquement surprendre le maître et l'œuvre commencée resta inachevée.