‹ L'Independance musicale et dramatiqueChapitre 46 sur 67 · MA · texte numérisé non relu

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Du moins, ce qui était achevé formait un tout assez important pour que l'idée d'une représentation vînt à l'esprit. En effet, vers 1860, je crois, le baron Max s'adressa pour compléter l'opéra comique et le mettre au point, à qui ? à l'ancien condisciple de Weber chez l'abbé Vogler, à Meyerbeer lui-même.

A ce moment, plusieurs personnes purent déjà connaître les Trois Piiitos, car le manuscrit fut recopié par les soins de M. Jahus, Féminent musicographe, dont le livre sur Weber est un chef-d'œuvre de méthode et d'érudition, les autographes de Weber présentent cette particularité qu'ils ne sont pas toujours consacrés à une seule et même œuvre ; sur une page de musique dramatique, on trouve aussi un fragment de musique symphonique, les idées sont comme jetées au courant de la plume ; elles trahissent ainsi la rapidité de la conception et la simultanéité des compositions les plus diverses.

Ainsi pour le manuscrit original des Trois Pintos. Quatre copies en furent dressées, une absoljument conforme à l'autographe, les trois autres dégagées de tout ce qui n'était pas l'opéra comique, et mises ainsi en partition. L'une resta aux mains du baron Max, l'autre devint la propriété de Jahus, la troisième fut remise à Meyerbeer. Est-ce la mort qui, encore une fois, interrompit le travail d'achèvement ? Fut-il même commencé ? Ce sont là des problèmes que le temps résoudra. Car moins heureux que les papiers de Weber, lesquels ne sont pas sortis de la famille et ont fourni ainsi la matière à de nombreuses études pleines d'intérêt pour l'histoire de la musique, les papiers de Meyerbeer ont été, de par sa volonté, mis sous scellés pour un temps si long que Fexécuteur testamentaire, M. Brandus, pourrait bien n'être plus de ce monde le jour où l'ouverture en sera faite.

Meyerbeer mort, mort aussi le baron Max, il n'est pas étonnant que le petit-fils de Weber ait songé à reprendre les projets de son père. Il aura du moins eu l'honneur de les mener jusqu'au bout. Sans chercher un collaborateur de génie, il a choisi un compositeur qui lui offrît toute garantie pour traiter avec respect l'œuvre à compléter ; enfin, pour que dans ce travail Fapport étranger fût le plus mince possible, il a mis à sa disposition quelques-uns des nombreux manuscrits de son grand-père qu'il possède, et dont beaucoup, que je connais par leur simple titre, attendent encore l'heure de lu publication .

Avec de tels éléments, on reconstituera une œuvre qui ne sera pas entièrement de Weber, mais où l'on retrouvera de son génie une part suffisante pour piquer la curiosité du public, et réjouir ceux qui aiment encore la musique claire, sobre et simplement mélodique.

En revenant à Paris, dans une quinzaine de jours, je pourrai compléter ces indications, donner la liste des morceaux composés, marquer les dates de composition, etc. Si ces détails devaient intéresser les lecteurs du Figaro, je me mettrais alors à votre disposition.

De toute façon, cette longue lettre aura servi à lever les doutes que faisait naître en votre esprit l'annonce, étrange au premier abord, d'un opéra inédit de Weber, et je profite de cette occasion pour vous envoyer, Monsieur, l'assurance de ma considération bien distinguée.

Ch. Malherbe.

L'Opéra-Comique a pris possession lundi dernier du Théâtre des Nations.

On va d'abord remonter huit pièces : le Pré aux Clercs, Roméo et Juliette, Carmen, la Traviata, la Dame blanche, le Chalet, les Noces de Jeannette et le Roi malgré lui.

Ajoutons les renseignements suivants sur la question de rOpéra-Comique :

« C'est le 3 septembre que le préfet de la Seine a accordé à MM. Villeray, Masset, Lacressonnière, l'autorisation de céder à l'État le droit à la jouissance du Théâtre de Paris.

» Le 6 septembre, M. Spuller a signé l'arrêté approuvant la rétrocession consentie par la Société Lacressonnière, Villeray et C'', jusqu'au 1" juillet 1888, en vue d'une installation de rOpéra-Comique, du droit à la jouissance de l'ancien Théâtre- Lyrique (dit Théâtre de Paris).

« En échange, la société Lacressonnière, Villeray et C*^ reçoit 160.000 francs.

1) Le 7 septembre, i\L Spuller a signé un second arrêté aux termes duquel la salle du Théâtre de Paris est, « de ce jour, ') mise à la disposition de M. Carvalho pour le service de » l'Opéra-Comique, aux charges, clauses et conditions du )) cahier des charges de 1882 et des engagements spéciaux » pris par M. Carvalho. »

(' M. Carvalho s'est engagé à commencer le 1"^' octobre prochain.

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>) Il se soumet également au retrait de son privilège pour le cas où le ministre, après la clôture de l'instruction judiciaire ouverte à l'occasion de l'incendie du théâtre de la place Favart, jugerait à propos de lui donner un successeur.

)) Il est convenu que dans ce dernier cas la société Carvalho n'aurait pas à subir les dépenses d'installation ou les pertes qu'aurait entraînées l'exploitation du Théâtre de Paris pendant le temps où elle en aurait été chargée. »

A la suite de l'échec qu'elle a subi en débutant, il y a quelques jours, dans le rôle de Marguerite de Faust, M'^"= Leisinger va décidément quitter Paris pour retourner à l'Opéra de Berlin. La résiliation de l'engagement qui la liait avec les directeurs de l'Académie nationale de Musique a été signé, moyennant une indemnité accordée à l'artiste et équivalant à six mois de ses appointements. Voici la lettre que M^^' Leisinger a adressée, à cette occasion, à MM. Ritt et Gailhard :

<c Messieurs,

« A peine arrivée ici, j'ai été informée par des lettres anonymes que je serai reçue à coups de sifflet, et que l'on saurait bien vite se débarrasser de la Prussienne.

^> Effrayée de ces menaces et entendant dès mon entrée en scène, des « chut ! », qui ont dû me faire supposer des intentions peu bienveillantes à mon égard, je n'ai pu donner la mesure de mes moyens.

>) Ne désirant pas nous exposer, vous et moi, à une nouvelle épreuve qui pourrait avoir les mêmes suites, je préfère renoncer à la lutte, sentant que je ne réussirais pas à gagner les sympathies du public français.

» Je vous prie donc de vouloir bien résilier le contrat qui me lie pour trois ans à l'Académie nationale de musique.

)■> Veuillez, en même temps, i^ecevoir mes adieux, car je me sens incapable de retourner à l'endroit où j'ai passé les heures les plus malheureuses de ma vie.

') Agréez, messieurs, l'assurance de ma parfaite considération.

)) Leisinger. »

Le Gérant, Ed. SAGOT.

Paris. — Iir.p. de G. Balitout et C, 7 rue Baillif.

No 15, 1er Octobre 1887

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