‹ L'Independance musicale et dramatiqueChapitre 55 sur 67 · PRÉ FA CE · texte numérisé non relu

PRÉ FA CE

« Il écrirait, à volonté, une œuvre à la Rossini, à la Verdi, à la Schumann, à la Wagner. »

Ainsi s'est exprimé, en un français contestable, Charles Gounod dans son article dithyrambique sur Saint-Saëns, à propos d'Henri VIII (1). Ainsi s'était exprimé autrefois un musicien d'un grand talent, mort malheureusement trop jeune, l'organiste Ghauvet, à l'égard de Massenet. Le premier a voulu faire un éloge, le second une critique.

Je serai de l'avis de Ghauvet. Je ne crois pas qu'un reproche plus grave puisse être adressé à un artiste de talent que de dire qu'il est incapable d'être lui-même.

(1) Nouvelle Revue (N» du 1er avril 1883). Cet article a été publié en brochure.

Charles Gounod ajoute bien à la suite de sa phrase malencontreuse que « le plus sûr moyen de n'imiter aucun compositeur, c'est de les connaître tous à fond. » D'accord ; mais entre les connaître et écrire des œuvres dans leur style, dans leur manière, il existe une forte nuance. Si un compositeur ne possédait que la faculté d'assimilation, ce serait un signe caractéristique de sa faiblesse, de sa nullité. Un maître, un Beethoven auraitil pu écrire à volonté une œuvre dans le style d'un autre maître?... Un Rembrandt aurait-il pu créer un chefd'œuvre dans la manière de Raphaël? J'en doute; je fais plus que d'en douter. J'affirme que non.

Heureusement que, si se découvrent dans les compositions de Saint-Saëns des réminiscences de maîtres bien connus et même des faiblesses autres que celle dévoilée par Gh. Gounod, il s'y révèle des qualités incontestables qui ont placé ce compositeur, après Berlioz et Reyer, à la tête du mouvement qui s'est opéré vers 1860 dans l'Ecole musicale française , et où se fait sentir Vêlement germanique.

On nous a bien dit que depuis..... Camille Saint-Saëns avait renié un de ses dieux d'autrefois, qu'il n'était plus l'apôtre des théories wagnériennes. Il s'en est expliqué dans son livre : Harmon'e et mélodie \ et, s'il ne dissipe pas les doutes qui planent sur son apostasie, il repousse du moins la légende qui veut qu'il ait renié entièrement Wagner : « Non seulement, je ne le renie pas, mais je me fais gloire de l'avoir étudié et d'en avoir profité^ comme c'était mon droit et mon devoir. J'en ai fait autant avec Sébastien Bach, avec Haydn, Beethoven, Mozart et tous les maîtres de toutes les écoles. Je ne me crois pas obligé pour cela de dire de chacun d'eux que lui seul est dieu, et que je suis son prophète. »

Puis, il développe cette thèse que tout n'est pas également bon dans l'œuvre de Richard Wagner, et surtout que son théâtre apparaît plein de défauts ou plein de qualités qui ne sauraient s'assimiler à la nature fran-

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