‹ L'independance pacifique du CanadaChapitre 3 sur 12 · COMMERCE, INDUSTRIE · texte numérisé non relu

COMMERCE, INDUSTRIE

CHAPEPRE I.

L'lin>£PENDAKOB BST LA SOUROB NATUBELLB J>B LA PROSPli- Rirâ BT PB LA GRANDEUR B'UN PATS.

Mes paroles ne sauraient mériter ni V attention ni la confiance publiques, û je ne définissais clairement ce que j'eni> tends par l'indépendance ou Pémanrîpation politique du Canada*

Les sociétés américaines sont bien difiérentes, à leur orif g^le, des sociétés européennes. Le yieux monde a vu en un jour des peuples entiers s'établir sur un point donné, et for^ mer, dès les débuts, des sociétés indépendantes. En Amérique, les sociétés se sont constituées au moyen de migratioiis européennes peu nombreuses d'abord. Eltes ont pris le nom de colonies, c'est-à-dire de sociétés dépendantes des nations européennes qui ont peuplé ce continent.

Entourées d'ennemis barbares ; ne produisant pas asses pour satisfaire aux nécessités de la vie, elles durent comptei

sur la mère-patrie pour leur subsistance comme pour leur protection. Il leur était non-seulement avantageux mais même impératif de conserver des liens étroits avec les peuples dont elles émanaient. L'impulsion qu'elles reçurent bientôt par des migrations plus nombreuses, fit . disparaître la nécessité et même l'utilité, pour certaines colonies, delà tutelle de la mère-patrie. Les développements de la colonie y créèrent des intérêts inconciliables avec les prétentions égoïstes des métropoles. C'est ainsi que les colonies de la Nouvelle-Angleterre et une partie des colonies de l'Espagne, refusèrent à leur mère-patrie une allégeance préjudiciable à leurs intérêts et renoncèrent avec courage aune tutelle transformée en fardeau. Elles entrèrent résolument dans la carrière de l'indépendance avec la ferme confiance de se suffire à elles-mêmes. Toutes, mais particulièrement les colonies de la Nouvelle- Angleterre devenues les Etats-Unis, ont amplement prouve qu'elles n'étaient pas animées d'une vaine présomption.

De si grands exemples doivent nous.encourager. Sommesnous mûrs pour notre indépendance ? L'heure de notre émancipation a-t-eUe sonné ? Sommes-nous aussi forts et aussi bien préparés que nos devancières, à l'époque où elles s'engagèrent dans la voie d'une existence libre, indépendante ? Ou 8ommes-noi|8 encore trop pauvres, trop faibles, trop jeunes pour nous passer de la tutelle de la mère-patrie ? '

Nous méconnaîtrions les enseignements de l'histoire si, n'ayant pas le sentiment de notre importance, nous nous figurions n'être pas encore dignes de nous élever au rang dès 2iations.

Loxsque les Etats-Unis se séparèrent de la mère-patrie, leur population n'atteignait pas le diiffire de la nôtre aujour* d'hflû. Cependant ils durent conquérir leur indépendance par la force des armes, et vainquirent l'une des puissances les plus fortes du monde.

Et nous, également xM}mbreux, nous n'oserions pas accepter notre indt^pendance lorsqu'elle nous est o%rte !

Lûrsquosles EtofishUnis se séparèdroat de k mdre^atcie,ilft n'àyaient pas de chômas de fer : a»e partie denoice i/^nàixÀseï en est aiUcainé» A peine avaient-il» quelques caoaux: nous <n pefiaédoits qm attirent une partie dêle^r commerce de transit» N^tre.xeyeiiù dépasse considérahlemeot celui des Ëtats-Uiiid à l'époque 4e leur indépendance, et nos importations côjaxBé^ Ma e2q)ortations sont beaucoup plus considérables que eelled des toeiae colonies. Us n'avaient alors que peu ou point dé mazmfactures : nous en avons un brillant commencement qui promet beaucoup pour l'avenir : mais elles tendent les bras à l'indépendance, sans laquelle notre industrie est condamnée à' périr. EnâU) il n'est pas de branche d'industrie ou de commèroe, de sources de revenus ou de voies artificielles àe eomtminication, qui ne soient plus développées chez nous <](u'elle3 ne l'étaient lorsque la charte d'indépendance de nos Toisinsfnt sanctionnée par leur premier congrès. -Quelle considération devntit donc nous empêcher de réclamer notre indépendance, à une période de notre existence matérielle beaucoup plus marquante que celle qui les a vu surgir au nombre des nations?

Sous l'égide de l'indépendance, l'Union Américaine a grandi avec une â;onnante rapidité. ' Ses richesses surpassent celles de toui?es les autres parties de TAmérique p^uûies. Sa population était à peine de deux millions au moment <A Washington leva l'étendard de l'indépendance : elle est maintenant de trente-cinq millions. Sa marine est la seconde du globe. Son commerce n'aura bientôt plus de terme de comparaison. Pans toutes les parties du monde, les entreprises de ce jeune peuple attestent sa puissance matérielle et son influence politique. Sa force militaire l'a mis au premier rang des nations, et les merveilles de son génie inventif fixent tous les jours l'attention du monde. Une immense, étendue^ de fcwrêtfl a été, en moins d'un siècle, convertie en usines ou^ en fermes-modèles.

Là où la machine ou le métier ne jettent pas sur le»

marobés la masM énotme de ses prodnitis ime agneoltuie* raiaomiée et Bayante transfbnne le eol en jardins* Tous le» peuples de la terre affluent sur ses bords et prennent plaoeau banquet somptueux d'une subsistance abondante, inépuisable. Le territoire de la république est sillonné en tons sens de Tmes de communioations, de chemins de fer et de canaux, tellement nécessaires au transport des produits, qu'ils peuyeiil à peine suffire à les porter d'une extrémité à l'autre del'Union, et les nations européennes bénissent tous les jours 1» florissante république qui leur prodigue l'or, la matière pre*midre, le pain, la vie. Les ressources de cette nation sont incalculables ; elle ne pouvait mieux le prouver qu'en éteignant sa dette publique aussi rapidement qu'elle l'a créée. La ricbesse générale y est si grande que, malgré l'inégaKté naturelle des aptitudes, tout homme laborieux y est assuréd'une somme considérable de bien-être. Jamais peuple n'a montré plus d'aspirations initiatrices, plus d'esprit d'entre*jwise, une intelligence plus complète de l'incroyable force de la volonté humaine. Où s'arrêtera-t-il ? L'impulsion du passéprécipité le présent, et le flot républicain se grossit de tousles>> éléments qu'il attire dans l'océan de sa prospérité matérielle. n double sa richesse et sa population avec une incroyable rapidité. Et quand on songe qu'il y a place sur son territoire pour des centaines de millions d'âmes de plus, la pensée se perd, stupéfaite, dans le calcul des développements éblouissants, incroyables, dont cette jeune société est évidemment susceptible.

Or, croyez-vous que si les colonies de la Nouvelle Angle-* terre lys se fussent pas soustraites à la tutelle coloniale, elleseussent çbtenu dans le champ illimité des progrès matériels^ les résultats merveilleux ? Pouvez-vous supposer un seuf instant que si les Etats-Unis eussent été retenus par le lien^ colomal, leur génie eut été aussi dégagé, aussi libre, leur esprit aussi vif, leur initiative aussi audacieuse, aussi sublime T Eussent-ils *pu devenir, en si peu de temps, une des nationales plus riches, les plus puissantes et les plus respectées de la

ierrdy s^ik ftusseiit r^sMé colonies? S'ili ne se fiissent pw émanoipés arant de former entre eux une eonfSdératio]» pefitique ; s'ils enssent persisté à placer la t^ de leur gonremement à trois mille milles de distance, oà la jfapart d'entre noas fei^ent de Tonloir conserrer la nôtre, seraient ib aii}ourd'hiii de fàtot à traiter d'égale à égale avec l'An» ^•teme oa tonte antre nation du globe ? Commanderaient* ils an même degré le respect des antres puissances, s'il» étaient privés comme nous de tous agents diplomatiques et oonfdttlres à l'étranger 7 Leur drapeau, qm flotte majes* toeusement sur les deut continents, serait*il salué par le^ canon de l'univero enti^, s'ils ne l'avaient planté en 177& an sommet de leur capitote, aux cris de : YiVB la uberté ! ViYi x/nmfpHirDAiTOK !

Ah ! l'intelligence la plus coloniale mdme, doit ressentir profondément l'injure qu'on lui fait, en la croyant inapte à remonter à des causea si évidentes pour se rendre compte d'effets m éclatants. L'indépendance a fait les Etats-Unis ce qu'ils sont Elle Ibur a donné le droit de protéger leur industrie, d'exploiter leurs ressources, d'étendre leur action^ à tout, selon le bon plaisir de leur volonté et l'inspiration de leur génie, et sous l'égide d'un gouvernement national, n'ayant à protéger que les intérêts de ses profO'es gouvernés^ Sans l'indépendance qui a si puissamment &vorisé leur développement matériel, les Etats-Unis végéteraient à 'côté de nous, et au lieu de comparer notre médiocrité à leur gran* deur, nous nous consolerions de notre misère en nous apitoyant sur la leur.

Je le dis donc ouvertement, en toute certitude, parce que c'est une vérité de toute évidence : Jetons-nous résolument^ courageusement dans les bras de l'indépendance : émanci*pons-nous ; brisons, brisons incessamment le lien colomal, et avant qu'un siècle ne se soit écoulé, nous serons les rivaux des Etats-Unis! Pourquoi trois millions d'hommes hal»* tant le Canada, émancipés, mdépendants, libres ,de tout

ta

que éeiox miUi^s d'hommes plaoéi 4ikn9 )^4 eoodiM^Q^ que j'ai définie^i W^ accwttpli à côté de moud 6n:ii|[ua^T' dre espace de tempe, sur ua sol aé{)ai^ du 11^0. ptup «mr ligne en qvtelqttc $orte imagbeke ? Ëtaieotrtid nos supémt»^ en intelligence ? £f otre impnisôdttc^ô ^ îïlntêr lenisi <glwidâ. exemples oir notre retard ^ lea 8iây7e,-fieiait le senl me^yeh de le . prouver. Le sang qui coule 4aàs nos vebes est^l moins vital ? Il est le même : les t^eis royaumes de la Grande^ Bretagne, Itt France et TAUeniagne. leur^Ot}t âurnî QMma à nous, leurs contingents. M quels sont doiiC'lea éléments dei^ richesse et de puissance qu'ils avaientet que nous n'îlvcb£kpa8^ Kous avons des pouvoirs d'eau qvi ne sont ^gsilés sur aiunuMt partie de leur immense territoire. Noire sol oflàreàl'Bgiv cvUure un sein fertile d'où les richesses .se répandent, déjà ^vee largesse. , NcÀre .territoire habitable; est plus consid^ rahle que celui de plusieurs de ces naiâens euroj^éennea j/ai étonnent le monde par leur puissanoe et leurs rieheMeâ. OcHâmeles Etat&^Unis, nous touchoi^ bxlé deux ocjâans ; noos^ n'avons qu'à jeter des rails sur l'étejidue entière dé ODÉns territoire pour faire passer du Pacifique à l'Atlantique les produits du monde entier et la plus grande partie du com* merce universel; et l'inidomparable fleuve St. Laurent jetfo le défi à tous ses nvanx, eh appelant sur ses ondes let^t navires Marchands dé toutes les nationd. . Lesr avantages! que la nature a prodigués à notre pays sont donc incalculafalesy et ce serait méconnaître la munificence du Taulh Puissant que d'en ignorer l'immensité. Ce serait, faillir as notre mission que de ne pas en activer, par tous les moyens de la science et de l'intelligence humaines, l'exploitation sur la plus grande échelle possible. Of la clef de tous ces moyens, c'est l'indépendance, cette porte dorée que les colon nies du Nouveau-Monde doivent savoir ouvrir, loj:sque,caï^i?i^ nous^ elles en sont arrivées au seuil. L'indépepdance est la source naturelle de la richesse et de la .gr4,pdeur d'im pays* Le.p^allèle des Etats-U^is et du Canada le démontre au d^là 4e tout doute. Que l'intelligenoe publique pxt)Bonce I ; ^

î LIBERTÉS ESSENTIELLES i DN PEUPLE NE ' SOKr COMPATIBLES QU'aVEC l' INDÉPENDANCE,

Si je n'avais pria la ferme résolution de laisser sur le passé le voile de l'oubli, ce senut le moment de retracer les maux inhérents à l'état colonial. H me' serait facile de ' le démontrer par des faita et par des chiffres: pendant que BOUS la tutelle inétropolitaine nous p une faible proportion, les treize colonies vi de cette même tutelle, marchaient à pas la voie du progrès matériel ; pendant que augmentait de deux millions à trente-cinq j^éoesissait avec peine à s'élever, dans le même espace de tempe, de deux cent mille à deux millions et demi seulement ; pendant que nos revenus étaient décuplés, souvent en rtuaoB inverse de la prospérité indiriduelle, les leurs se- ^centupliûent, en raison directe de la prospérité et de l'ac- .CEOiss^ent de la richesse de chacun.

,, Iklaî^ supposons quçdepuis hier seulement nous sommes mûrs pour l'indépendance. Passons Téponge sur 80 années .d'wi^régjme oligarchique, de 1^59 à 1840, qui ne nous laissait jf^Giute initiative et commettait nos intérêts les plus vitaux tf^ cajH'icefl d'un'burcau colonial, siégeant k des distances ^iMi'4 '% vapeur, ni l'électricité n'avalent encore réduites. ^um^ons même que depub 1840, l'état colonial s'adaptait m«f z q^ tout autre système à notre position, à notre cara<x

tare, ftux nëeetniés et aux aspintions du momeiit : le lecteur 3ie saurait cependant être de mon arâ, ai je loi attribuais la prétention non nMuns banale qu'absurde, que les libertés pdi- ^aes dont nous jouissons depuis 1840, &Torisenty dans la plus large mesore du possible, le déreloppement de nos res- :8onrces, l'exploitation de nos richesses naturelles, la sécurité 4e nos ftmilles et la protection de nos existences.

Certes, les libertés dont nous avons joui pendant ces vingt dernières années ont été plus favorables au développement de nos ressoorces que la ^rannie oligarchique qui dominait avant cette époque. Mais entre les libertés colomales et les libertés de l'indépendance, il j a une différence incalculable. La liberté en elle-même est la faculté inhérente à un peuple d'exercer touB les droits qui sont compatibles avec son état politique. Si tontes les libertés publiques sont compatibles avec l'indépendance, elles sont loin de l'être avec l'état colonial. La colonie est privée de l'exercice de tous les droits que s'attribue la métropole. Tant que noua restons sous la tutelle impériale, il importe que noas exercions toutes les libertés qui sont compatibles avec cette tutelle. Mais pouvons-nous aller au delà, tant que nous restons colons ? Evidemment non !

Je reconnais donc que, depms 1840, nous avons joui de toutes les libertés qui étaient compatibles avec notre edtence coloniale, et que, malgré tous ses vices et toutes ses impertections, ce ré^me n'était guère susceptible de reposer sur des bases plus acceptables, abstraction fiûte de l'action des partis et du caractère de nos gouvernants.

Cependant, quelles qu'ûent été ces libertés, elles n'ont pu nous domier des attributions et nous permettre l'exercice de droits qui sont incompatibles avec la condition coloniale. ITous n'avons pu, nous ne pouvons encore, nous ne pourfons Jamaj/i accepter la tutelle coloniale et jouir en même temps de la liberté que l'indépendance seule peut nous donner. Dans

Yordre fkjmxpe oomme dans Tordre moral, où fiait une ebose une autre comioenoe. Ou ne peut être libre et captif en même temps : ou peut tout au plus jouir de Tune de ces conditions ou subir l'autre, à un degré plus ou moins grand ; mais la condition d'Aibb est là, absolue dans son piâncipe et inévitable dans ses conséquences. En un mot, où finissent les libertés coloniales, commencent les libertés de l'indépendance. La limite des droits du colon précède l'étape qui les sépare des droits du citoyen libre, indépendant.

Page 1