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LE DÉPART DE STUOGONOF

au Divaa un mémoire où il conseillait révacuation des Principautés et la clémence envers les Grecs. Il était trop tard. Les instructions de Strogonof étaient formelles : il refusa de recevoir la réponse présentée par la Porte quelques jours après l'expiration du délai (1), (ce document touffu et dilatoire dut être envoyé directement à Nesselrode), et s'embarqua le 10 août. Les relations diplomatiques entre la Russie et la Turquie étaient rompues.

Après le départ de l'ambassadeur de Russie, lordSlrangford acquit une autorité considérable à Stamboul. Si la Russie se décidait à attaquer le sultan, celui-ci comptait fermement sur Tappui de la Grande-Bretagne. Strangford utilisa cette prépondérance en laveur des chrétiens. Maintenant qu'il était seul à les défendre, il mettait autant de bonne grâce à plaider pour eux Tindulgence, qu'il avait montré de froideur à leur égard quelques semaines auparavant. Pendant les premières années de la révolution, la Grande-Bretagne devait à plusieurs reprises mettre son amour-propre à agir seule en faveur des Grecs, et rester dans une réserve boudeuse, lorsqu'elle se verrait devancée par une autre puissance.

Le Tsar eut connaissance du changement d'attitude de lord Strangforf et ne dissimula pas son mécontentement : tant que Strogonof avait plaidé la cause des rayas, Strangford avait entravé ses réclamations; maintenant que l'ambassadeur russe n'était plus là, l'ambassadeur anglais reprenait ces réclamations pour son compte, et essayait ainsi de se créer une popularité auprès des Phanariotes. Alexandre ne put cependant pas protester ouvertement contre des démarches qui devaient tourner à l'avantage des chrétiens.

Le Divan se montra en effet plein de condescendance envers les réclamations de lord Strangford. Les sujets russes habitant Constantinople cessèrent d'être persécutés. La liberté du commerce des blés fut rétablie. £n6n les gouverneurs et voïvodes reçurent l'ordre de séparer soigneusement, dans leur répres-

(1) Prokesch, t. III, p. 131.

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sion, les innocents des coupables (1). Le sultan accordait donc à TAngleterre une partie des satisfactions qu'il avait refusées à la Russie.

Alexandre resta incrédule et insensible à cet apaisement momentané. M. de Metternich ayant proposé la réunion d'une conférence générale sur un point central de l'Europe, le Tsar répondit sèchement qu'il n'en voyait pas Tutilité. « La réunion des ambassadeurs à Constantinople pouvait suffire à faire accepter Tultimalum par la Porte. Cependant, si la guerre était inévitable, une réunion des représentants des puissances sur le sot russe, dans une ville des provinces limitrophes de la Turquie, pourrait utilement prouver à l'Europe que la Sainte- Alliance n'était pas dissoute (25 septembre) (2). »

Pendant quelques semaines, unecertaine effervescence régna à Saint-Pétersbourg. Le parti de la guerre, les généraux qui souffraient depuis 1815 de rester dans l'inaction, certains membres du clergé qui rêvaient d'une croisade slave, purent espérer que le Tsar ne se contenterait pas des concessions minimes consenties par la Porte aprçs le départ de Strogonof. Mais les dispositions belliqueuses sont en politique ce qu'est la colère dans la vie privée : elles s'affaiblissent avec le temps. Mahmoud, Metternich et Gastlereagh eurent l'habileté de traîner en longueur le conflit diplomatique, et, en automne, on pouvait constatera Saint-Pétersbourg que le parti de la guerre reperdait du terrain.

La Ferronnays s'applaudit alors de ne pas s'être compromis après la conversation du 19 juillet, comme aurait pu le faire un diplomate moins avisé. L'entretien qu'il eut avec l'Empereur à la suite de l'incident du mémoire Ancillon, le confirma dans sa prudence.

Ancillon, diplomate et publiciste prussien, avait adressé au Tsar un mémoire détaillé sur la question d'Orient (3). 11 y soutenait la thèse d'une intervention mixte de la Russie et de

(1) Prokesco, t. m, p. 150.

(2) Ibid., t. m, p. 182.

(3) Ibid,, t. III, p. 331.

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