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LA CONFÉRENCE DE VIENNE ET LE CONGRÈS DE VÉRONE

I. — L'Assemblée d'Epidaure. — La première Constitulion grecque (13 janvier 1822). Mavrocordalo, président du Conseil exécutif. — Déclaration de blocus.

II. — Les massacres de Chio. — Dévastation terrible de Tile de Chio. Exploits de Canaris.

III. — La défaite de Péta et le premier siège de Missolomcdi. — Mavrocordato en Acarnanie. Défaite des philbellènes à Péta. — Échec d'Oiner Vrioni devant Missolonghi. (Janvier 182*3.)

IV. — L'expédition de Drama Ali. — Kourschid- Pacha et ses lieutenants. Odysseus et les premières dissensions parmi les Grecs. — L'Invasion. Colocotronis en Argolide. Fin pitoyable de l'expédition ottomane.

V. — L'évolutiow du Tsar. — L'attitude indépendante des Grecs froisse le Tsar. — Double action de Metternich à Vienne, de Strangford à Constantinople. Disjonction de la question grecque et de la question des Principautés. La mission Tatitschef. La cinquième revendication russe ou « Pacification, n

VI. — La conférence de Vienne et le congrès de Vérone. — La conférence de Vienne. — Froideur du Tsar envers la France et le ministère Villèle. Capodistrias se retire à Genève. — Réduction des réclamations russes dans la note du 26 septembre 1822. — Le congrès de Vérone. Refus de recevoir Métaxas. Abandon des Grecs.

Les Grecs avaient, dès le début de rinsurrection, donné des preuves de leur bravoure, mais l'Europe doutait qu'ils fussent capables de s'administrer eux-mêmes. Le seul souverain qui leur fût favorable, Alexandre, ne leur attribuant aucune expérience de la vie publique, comptait leur vendre son appui diplomatique ou militaire, au prix d'une tutelle politique qu'il

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s'arrogerait sur eux. Ils essayèrent de démontrer à leurs détracteurs qu*ils comptaient dans leurs rangs, non seulement de Taillants Pallicares, mais des hommes d'État et de gouvernement. Malheureusement, en donnant des preuves de cette maturité politique, ils devaient inspirer à leur unique protecteur la crainte de voir son intervention n'aboutira aucun bénéfice personnel.

A la fin de Tannée 1821, trois embryons de gouvernement existaient concurremment. Démétrius Ypsilanti essayait, dans la Morée, de galvaniser Tancienne « Gérousie ^ de Kalamata, transportée à Tripolitza, puis à Argos : mais son influence était médiocre. Dans ses circulaires et ses proclamations, les formes et les expressions usitées par métairie revenaient sans cesse : il oubliait que cette association secrète avait disparu depuis longtemps et s'était fondue dans la généralité de la nation grecque soulevée. Les Hellènes sentaient quel tort le caractère un peu « carbonariste « de THétairie leur avait fait aux yeux de l'Europe, et, malgré tout ce qu'ils devaient à cette ligue d'impulsion première, ils n'aspiraient plus qu'à former un gouvernement régulier et au grand jour.

La Grèce occidentale avait nommé un sénat qui siégeait soit à Vrachori, soità Missolonghi, et dont Mavrocordato était l'àme.

Enfin, la Grèce orientale avait constituée Salone une troisième assemblée, dont Négris avait rédigé le statut organique. L'Aréopage (1), créé, en souvenir de l'antique tribunal athénien, par l'assemblée de Salone, était composé de deux sections, l'une, politique, présidée par Négris, l'autre, judiciaire, présidée par Néophyte : l'Aréopage se transportait dans les différentes éparchies de la Grèce orientale, pour organiser l'administration communale et pour rendre la justice.

Les présidents et les principaux membres de ces sénats sentirent la nécessité de remplacer les gouvernements locaux et séparés par un gouvernement central et unique. Après de

(1) Cette Cour subsista jusqu'en 18^3, époque où elle fut supprimée par TAs- •emblée d' A stros. Voir Dragoumis^ Souvenirs historitfueSf p. 6 et 124. — MÉtaxas, Mémoires, p. 61. — Gervimcs, t. I, p. 350> 386, 387.

longs pourparlers, on tomba d'accord sur ]a forme à donner à l'assemblée qui rédigerait la Constitution, et cinquante-neuf députés se réunirent à Épidaure, le 13 janvier 1822 (1).

L'assemblée tint ses séances en plein air, dans un bois d'orangers, suivant la coutume antique : les députés étaient assis sur des nattes de paille, les jambes croisées à l'orientale, avec une simplicité qui convenait bien à cette Constituante toute rudimentaire.

La distribution des partis fut plus simple qu'à Tripolitza (2). Les partisans hélairistes d'Ypsilanti, trop réduits en nombre pour former une faction séparée, se réunirent au parti militaire. Les amis de Mavrocordato, que leur éducation occidentale rendait favorables à la suprématie du pouvoir civil sur le pouvoir militaire, s'allièrent aux primats civils, et la discussion se trouva restreinte entre un parti civil et un parti militaire. Dans la Grèce continentale, la caste militaire était la plus puissante, mais, en Morée, les primats civils l'emportaient partout, sauf dans le Magne. La majorité ne tarda pas à se dessiner en faveur de ce dernier parti. On repoussa la prétention qu'avaient les Armatoles d'établir des républiques isolées, à l'exemple de celles de l'antiquité ; on ne voulut pas non plus leur laisser le droit de dresser eux-mêmes le plan de leurs opérations militaires, sans le contrôle du gouvernement. Ce fut donc le parti civil qui rédigea la Constitution ; Mavrocordato et Négris eurent assez d'influence pour obtenir l'établissement d'un pouvoir fortement centralisé, conservant aussi bien l'autorité sur les administrations locales elles impôts, que sur la direction des opéralions militaires.

Pour fixer leur situation vis-à-vis de l'étranger et essayer de se faire reconnaître comme gouvernement, provisoire mais régulier, d'un État nouveau, les constituants publièrent, le 25 janvier, une déclaration d'Indépendance et, le 27,une justification juridique de l'insurrection, dans le style des Déclarations américaines.

(i) Dragocmis, Souvenirs historiques, p. 7.

(2) Voir page 82.

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La Constitution (1), tout en prévoyant des modifications futures pour Tadoption de la forme monarchique, était républicaine et basée sur les principes constitutionnels appliqués en Occident. La séparation des trois Pouvoirs était formellement établie.

Mavrocordato fut élu président du Conseil exécutif; les quatre autres membres de ce Conseil furent Kanakari s, Orlando, Papajannopoulos et Logothétis. Ypsilanti, nommé président de rassemblée législative, refusa ce titre qui lui donnait moins d'autorité que celui de Mavrocordato, et s'intitula désormais, avec une humilité non exempte d'orgueil : « le Patriote. » Enfin une Haute-Cour de justice composée de onze membres fut constituée. (2)

Il fut convenu que les pouvoirs exécutif et législatif siégeraient à Corinthe, la Haute-Cour à Athènes.

Le drapeau noir, orné d'un phénix, emblème deshétairistcs, fut remplacé par le drapeau aux bandes horizontales bleues et blanches.

Les constituants eurent le tort de ne pas abolir catégoriquement les trois sénats provinciaux préexistants, de sorte que ceux-ci, formant pour ainsi dire des États dans l'État, mirent à plusieurs reprises de fâcheuses entraves au bon fonctionnement du gouvernement central.

Il y avait, dans cette Constitution, des éléments d'ordre trèssuffisants pour faire vivre un État. Mais il aurait fallu que Tanarchie, les rivalités, les luttes de partis ne fussent pas sur le point de se déclarer et de s'installer pendant plusieurs années parmi les Hellènes, comme un mal endémique. Il aurait fallu que les frontières du nouvel Ëtat fussent tracées et que l'ennemi ne fût pas en possession de territoires, réclamés par les Grecs comme leur appartenant naturellement. En Tabsence de ces deux conditions, on ne pouvait guère considérer le

(1) Le texte est dans Raffenel^ in fine; dans Voctier, in fine : dans Pno- XESCH, t. III, p. 249.

(2) Lois organiques : Ch. VI. — Kluber, p. 74^ et ZiaKEiSEtr, 1. 1, p. 405, semblent établir une confusion entre cette Haute-Cour et TÂréopage^ organisé par le sénat de Salone. Voir la note de la page 111.

gouvernement d'Ëpidaure que comme une tentative, une espérance : et, malgré Tintelligence dMiommes politiques tels que Mavrocordato, malgré la vaillance de soldats comme Botzaris et Golocotronis, de longues années devaient s'écouler encore avant que le nouvel État fût vraiment formé et viable.

Aussitôt qu'elle fut réunie à Corinthe, l'assemblée législative forma un ministère (composé de Colettis, Notaras, André Métaxas, Négris, Théotokis, etc.), dont un des premiers actes fut rémission d'un emprunt de trois millions de piastres, pour couvrir les frais de guerre.

Un message solennel fut adressé aux puissances. Le gouvernement y exposait tout ce qui avait été fait, au point de vue de Tindépendance nationale et de l'organisation politique. Il demandait, sans humilité et avec une noble dignité, quels seraient les sentiments et l'opinion du monde civilisé à l'égard de la Grèce.

Enfin, le 25 mars, une déclaration de blocus fut rédigée. « La nation grecque, y était-il dit, a des droits et des devoirs. Le gouvernement, chargé de défendre les premiers et de remplir les seconds, s'impose le devoir d'en (ever de toutes les manières aux ennemis de la Grèce leurs moyens de résistance. A cette fin, conformément au droit des gens de l'Europe, il déclare en état de blocus tous les ports occupés encore par l'ennemi, tant en Épire que dans le Péloponèse, llEubée et la Thessalie, depuis Épidamne jusqu'à Salonique. Les bâtiments étrangers de tout pavillon, qui, après avoir été avertis par nos capitaines de la présente déclaration, tenteraient d'entrer dans ces ports, seraient de bonne prise et traités suivant les usages reçus. La présente sera communiquée à tous les consuls des gouvernements amis, qui résident dans les diverses parties de notre État. »

Cette déclaration de blocus était surtout dirigée contre l'Angleterre, qui persistait sinon à secourir, du moins à favoriser les Turcs : le Haut Commissaire des Iles Ioniennes, Thomas Maitland^ ne perdait aucune occasion de témoigner son antipathie aux navires grecs , et déclarait « qu'il ignorait absolument

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