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LES MASSACRES DE CHIO H

chaque jour quelque village nouveau, et, dans les premiers jours de mai, Tile entière n'était plus qu'un amas de ruines fumantes et qu'un amoncellement de cadavres laissés sans sépulture. Non seulement les femmes, les enfants, les religieuses, mais mémeles malades des hôpitaux furent massacrés. On a estimé le nombre des victimes à vingt-trois mille. Quarante-sept mille furent expatriés et vendus comme esclaves, cinq mille furent sauvés, ou par les consuls autrichien et français, ou par les Samiens de Logothètos qui purent s'embarquer et se réfugier à Psara. La peste s'établit promptement au milieu de ces monceaux de cadavres et de blessés, et cet Éden, naguère fleuri et embaumé de végétations et d'essences, fut transformé en quelques jours en un charnier d'où s'échappaient une odeur infecte et des germes mortels (1).

L'émotion que produisit en Europe le récit de ces scènes atroces fut immense. Le véritable philhellénisme date des massacres de Ghio. Ce ne sont plus seulement quelques esprits généreux, quelques hardis coureurs d'aventures qui songent à secourir la Grèce, ce sont les nations elles-mêmes et toutes les âmes qui ont frissonné en lisant dans les gazettes la description de ces massacres. Seuls, les gouvernements restent impassibles, et nous verrons bientôt que les événements de Ghio n'ont pas changé d'un comma les négociations entamées à Vienne.

Les Grecs brûlaient de se venger. Ils jurèrent de se montrer impitoyables, quand ils seraient les plus forts, et ils essayèrent de faire payer son crime au capitan-pacha. Miaulis, navarque plus hardi, plus vigoureux, physiquement et moralement, que Tombazis, dirigea sur Ghio une flotte de cinquante-six navires et huit brûlots. G'est dans cette expédition que Gonstantin Canaris, de Psara, débuta dans son incomparable carrière de chef de brûlot. Très simple d'apparence, modeste, petit de taille, un peu farouche et mélancolique, mais les yeux vifs et perçants, Canaris est resté le héros légendaire de la marine

(1) Voir au Louvre le tableau de DBLAcnoiK : les Pestiférés de Chio^

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grecque : il accomplit des exploits à la Jean Bart, sans en faire parade, sans cet orgueil, ceitejactance si fatigante chez Colocotronis. II est le type de Thomme de mer, tout de précision et de sang-froid ; il risque sa vie vingt fois dans les ténèbres de la nuit, entre le feu, la poudre et Teau, et, sa tâche terminée, il revient à force de rames, sans bruit et sans butin. Figure de drame ou mieux d'épopée, Canaris attache son nom au procédé le plus téméraire mais le plus efficace de cette guerre maritime; le brûlotier a eu des élèves, des émules, il n'a jamais été égalé en bravoure et en adresse.

Le 18 juin, par une nuit sombre, il s'approche avec deux bricks-brûlots de la flotte turque ; le capitan-pacha fêtait le retour du Beïram (la fête turque qui suit le carême ou Ramadan). Les trente-quatre marins grecs parviennent, à la faveur de Tobscurité, à accrocher leurs brûlots au vaisseau amiral; le feu mis, ces vaillants s'échappent dans leurs canots, tandis que le vaisseau turc s'enflamme et saute, entraînant avec lui dans les airs le capitan-pacha et deux mille Turcs.

Cet exploit de Canaris (1) sauva Psara, Hydra et Spezia. La flotte turque, découragée par cette catastrophe, se retira dans les Dardanelles.

Sur le continent, la lutte n'avait pas été moins sanglante que dans l'Archipel. La mort d'Âli de Janina avait ouvert l'Âcarnanie et TÉtolie, c'est-à-dire la Grèce occidentale, aux troupes ottomanes. Cependant la vaillante peuplade des Souliotes leur résistait avec une énergie incomparable : ils avaient refusé l'amnistie que leur offrait le pacha et même la restitution de

(1) Au mois de septembre, Canaris Ht encore sauter lui-même un vaisseau contenant 1,600 hommes. Ce qui portait à 3,600 le nombre des Turcs qu'il avait per« •onnellement détruits.

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