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LA DEFAITE DE PETA

de rochers, des obstacles naturels d'un autre genre favorisaient ses défenseurs. Elle était baignée par la mer de trois côtés et bordée du quatrième côté par des salines et des marécages. La mer offrait si peu de profondeur devant Missolonghi, qu'elle n'était accessible qu'aux barques de pèche; c'était plutôt une lagune qu'un golfe. Un chenal étroit, facile à garder, était seul franchissable pour les navires d'un certain tonnage. Dans ces conditions, le médiocre fossé qui séparait la ville des salines , un rempart défendu par quelques canons , étaient suffisants pour tenir en échec un ennemi dépourvu d'audace.

La population, s'élevant ordinairement à cinq mille âmes, était réduite de moitié, et les combattants effectifs n'étaient guère que quatre cents. Les Turcs, au nombre de onze mille, (sans compter la flotte qui bloquait la ville par mer), ignoraient l'exiguïté de la garnison, et au lieu de livrer l'assaut le plus proraptement possible, ils ouvrirent des négociations. Pendant que les assiégés gagnaient du temps en pourparlers, une escadre de secours parut à l'entrée du golfe, mit la flotte de Youssouf-Pacha en fuite, débloqua là place de ce côté, et débarqua sept cents Péloponésiens commandés par Petro-Bey, Zaïmis et Delyannis. La situation changea brusquement; les délégués grecs ne se rendirent pas au rendez-vous fixé pour les négociations et envoyèrent à Omer Yrioni le message suivant : « Si vous voulez la place, venez la prendre! » La ville fut désormais ravitaillée par mer.

La position des Turcs devint critique : l'hiver avait amené son cortège de pluies et de fièvres. Les Albanais, auxiliaires des Ottomans, ne montraient aucune activité ; payés pour prêter leur concours, ils avaient intérêt à trainer le siège en longueur, et l'on dit qu'ils appelaient Missolonghi : « leur banquier » .

Omer Yrioni résolut de donner l'assaut par surprise, pendant la messe de Noël, mais les assiégés furent prévenus à temps et rejetèrent les Ottomans dans les salines. Le 12 janvier, après deux mois de blocus, Omer Yrioni, apprenant qu'Odysseus et

Karaïskakis (l) marchaient sur Missolonghi avec des régiments de secours, leva brusquement le siège et se retira en Albanie, harcelé par les partisans qui tenaient la campagne^ et abandonnant successivement la plus grande partie de son matériel.

La défaite de Péta était réparée et la Grèce occidentale dégagée. 11 nous faut voir maintenant comment la Grèce orientale et le Péloponèse avaient échappé à la redoutable invasion dirigée par Drama Ali.

Après la chute d'Ali de Janina, Rourschid s'était établi à Larisse, au centre de la Thessalie. C'est là qu'il organisa une expédition grandiose destinée à terrifier et à soumettre l'Orient et le Sud de l'Hellade. Cette invasion devait, sinon égaler par le nombre, du moins surpasser par la discipline et par la force les anciennes invasions de Xerxès. Tout en la préparant, Kourschid faisait châtier par ses lieutenants les soulèvements partiels qui s'opéraient en Macédoine, et frayait, par des engagements préliminaires dans la région des Thermopyles, un chemin à la grande armée.

Un de ces lieutenants, Aboulouboud-Pacha, qui a laissé une réputation méritée de férocité, massacra une partie des habitants de la presqu'île de Chalcidique et acheta la soumission des caloyers ou moines du mont Athosj puis, après avoir brûlé certaines villes de l'Olympe et de la vallée du Vardar, il en ramena les habitants dans la grande cité juive de Salonique, et se livra dans cette ville à une véritable débauche de supplices. Il fit notamment enfermer plusieurs femmes nues dans des

(1) L'Épirote 0601*068 Karaïskakis est, comme Botzaris, une des ligures les plus pures et les plus sympathiques de la révolution. EIertziierg, t. III, p. 317. Yeme. tciz, la Grèce moderne.

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