L*EXPEDITION DE DRAMA ALI J
sacs remplis soit de rats affamés, soit de chats, soit de vipères ; ces derniers animaux étaient plus cléments que les autres, car leur venin amenait la mort plus rapidement que la morsure des premiers, et toutes ces bêtes étaient surpassées en férocité par rhomme qui les utilisait de cette barbare façon.
Quant aux engagements qui furent livrés dans la vallée du Sperchius, à Zeïtoun et à Patradjik (avril et juin 1822), ils furent indécis et ne laissèrent préjuger en rien Fissue de l'expédition qui se préparait à Larisse. Un symptôme terrible venait de se manifester pour la première fois parmi les Grecs ; la dissension avait éclaté dans leur camp, et des querelles soit entre les généraux, soit entre ceux-ci et le gouvernement central, avaient troublé le plan de défense qui aurait pu être exécuté dans la Grèce orientale. Odysseus, qui avait dans ses veines à la fois du sang grec et du sang albanais, était un des hommes de guerre les plus utiles à Tinsurrection par son intelligence et par sa bravoure, mais il aimait la vengeance; à la suite de dissentiments qui s^étaient produits entre lui et TAréopage de la Grèce orientale, il fit assassiner deux messagers du gouvernement central qui le mandaient à Corinthe pour expliquer sa conduite. Le Conseil exécutif fit mettre sa tête à prix; on Taccusa d'avoir écouté les propositions de Kourschid et d'être sur le point de passer à l'ennemi. L'assemblée législative et l'armée intervinrent en sa faveur. Cette discorde discrédita le gouvernement dans l'esprit des chefs militaires. Quelques jours après, à la suite d'une violente dispute avec Odysseus, Ypsilanti quitta ses soldats campés sur le Sperchius et rentra dans le Péloponèse, au moment où l'armée d'invasion menaçait de fondre sur la Grèce. De quel espoir les Turcs ne devaient-ils pas être remplis, en voyant leurs adversaires affaiblir ainsi d'eux-mêmes et à plaisir des forces déjà restreintes!
L'armée turque, forte de trente mille hommes et commandée par Drama Ali, passa le Sperchius, le 1 1 juillet 1822, et occupa laBéotie sans coup férir. Odysseus n'avait plus avec lui qu'une troupe de partisans, insuffisante pour attaquer une armée aussi
imposante. L'Aréopage s'enfuît en Eubée, et Drama-Ali parvint à risthme de Corinthe, n'ayant rencontré sur sa route aucune résistance. On peut s'étonner que le « séraskier » (général en chef), ne se soit pas arrêté pour reprendre AthèneSi dont les insurgés, commandés par Voutier, venaient de s'emparer, le 21 juin. Mais cette ville n'avait pas encore en 1822 d'importance spéciale, pas plus au point de vue politique que stratégique, et Drama Ali préféra porter la guerre au foyer même de l'insurrection, en Morée.
Le plan de défense des Grecs fut analogue à celui des Russes, lors de Tinvasion de Napoléon : ils firent le vide devant l'ennemi, brûlant les villages, détruisant tous les approvisionnements (en Grèce les récoltes sont faites avant juillet, et dès ce mois, les campagnes sont arides et inhospitalières), et se retirant dans les montagnes. Mais, l'armée turque une fois passée, ils réoccupèrent tous les défilés et tous les points stratégiques. Ils espéraient que la famine et la maladie feraient la besogne principale et qu'ils n'auraient, dans quelques semaines, qu'à écraser des débris dispersés.
L'Acrocorinthe ne fut pas défendue, malgré l'admirable position de cette forteresse, perchée sur un rocher inexpugnable. Le gouvernement central s'embarqua et resta sur la flotte, dans le golfe de Nauplie, jusqu'au moment où il put se transporter au sud de l'Argolide, à Astros (fin d*aoCit).
Un seul homme semblait capable de tenir tête aux envahisseurs et de les détruire en détail, tout en évitant une bataille rangée : Théodore Colocotronis. Les primats eurent le patriotisme d'oublier la crainte que leur inspirait l'ambition connue du R Vieux » . Malgré son indiscipline, ou à cause d'elle, il était extraordinairement populaire : dans les situations les plus difficiles, il se trouvait toujours des Pallicares pour répondre à sa voix ; il était le seul chef qui sût à la fois se mettre au niveau de ses soldats, vivre de leur rude existence, parler leur langage fruste et grossier, et en même temps leur en imposer, les dominer, les entraîner au combat.
Colocotronis, nommé général en chef, put réunir une dizaine