‹ L'indépendence grecque et l'EuropeChapitre 24 sur 94 · LE CONGUES DE VERONE · texte numérisé non relu

LE CONGUES DE VERONE

principales causes de Tinféodation complète d'Alexandre à Tascendant deMetternich, en cette fin de Tannée 1822.

Le Tsar, distrait et morose à Vienne, devait se montrer à Vérone inpérieux et cassant : le démon de la raison d'État, cet égoïste conseiller de la tranquillité monarchique, fut perpétuellement à ses côtés, lui soufflant à Toreille ses décisions étroites et dures. Il convainquit les représentants de la France que cette puissance devait intervenir en faveur du roi d'Espagne , chassé par ses sujets révoltés : elle donnerait ainsi le gage le plus puissant de sa fidélité à la Suinte-Alliance. 11 trouva en Montmorency et Chateaubriand deux esprits merveilleusement disposés à Técouter, Tun par tradition de famille, Tautre par vanité romanesque. Nesselrode et Pozzo, Alexandre lui-même, recommencèrent avec eux les conversations de juillet 1821. Mais combien les circonstances étaient changées! Il ne s'agissait plus d'intervenir pour un peuple opprimé, mais pour un tyran odieux à son peuple. Le langage n'était plus le même : au lieu de cette bonhomie, de cette confiance affectée, mais flatteuse, que le Tsar déployait avec une grâce charmante dans ses entretiens avec la Ferronnays, c'était maintenant un ton dogmatique où la persuasion était reléguée derrière l'autorité et l'ironie : c'était un dépit sarcastique devant notre résistance, et une mauvaise humeur souvent peu diplomatique : « Vous ne voulez donc rien faire? s'écriait-il, eh bien, on vous laissera avec votre Angleterre : nous verrons si vous vous en trouverez bien ! »

La France céda, mais, malgré les entretiens particuliers dont Chateaubriand se vante d'avoir été honoré par le Tsar, on ne peut dire qu'il y ait là un accord entre la Russie et la France, analogue à celui qui aurait pu se former l'année précédente en faveur des Grecs; l'intervention française en Espagne n'est pas le résultat d'une entente, c'est plutôt pour nous la carte ou l'alliance forcée : la France est amenée à se faire l'exécutrice des hautes œuvres d'Alexandre, au lieu d'agir spontanément, et l'amour-propre français en gardera rancune au Tsar.

Que devenait la question grecque au milieu de ces discus-

sions purement occidentales? N'était-ce pas aussi pour la discuter que s'était réuni le congrès? Et pourtant, elle ne donna lieu qu'à quelques conversations sans importance. Les puissances furent d'accord pour ne pas en faire une affaire « de congrès » , et pour la traiter confidentiellement en affaire de u cabinet » ( 1 ) . Metternich et Wellington, redevenant d'accord dès qu'il s'agissait de l'Orient, reconnaissant que le Tsar n'était nullement disposé à faire la guerre en faveur des Grecs, ne perdirent pas leur temps à enfoncer une porte ouverte; le 9 novembre, une note, due à l'initiative de la Russie, reproduisit presque textuellement la note du 26 septembre. Elle fut approuvée sans réserves^ d'abord par l'Autriche, puis par la France, la Prusse et TAngleterre, dans des protocoles en date du 25 novembre (2); Wellington déclara que la « série de faits » , réclamée par la Russie comme gage de la bonne volonté des Turcs, consistait dans les concessions récemment accordées aux chrétiens (Fambassadeur anglais eut été bien embarrassé de préciser ces concessions); l'Angleterre se faisait fort d'obtenir prochainement la notification de la nomination des hospodars et le rétablissement des privilèges commerciaux de la Russie. Alexandre accepta ces promesses, cette interprétation facile de la « série défaits» et déclara « qu'il abandonnait à la sagesse de ses alliés la marche ultérieure des négociations » (3).

Les Grecs étaient condamnés. Les principes de la Sainte- Alliance triomphaient, et l'Empereurdéclaraità Chateaubriand : u Rien ne paraissait plus dans mes intérêts, dans ceux de mes peuples, qu'une guerre religieuse contre la Turquie : mais j'ai cru remarquer dans les troubles du Péloponèse le signe révolutionnaire et je me suis abstenu » . Metternich faisait écrire au même moment par son secrétaire, M. de Gentz : « Les Grecs sont tellement discrédités par leur conduite insensée et atroce que, dans une réunion de ce qu'il y a de plus illustre, ils n'ont pas trouvé un seul avocat(4). »

(1) Gentz, Dépêches aux hospodars, t. II, p. 140.

(2) Prokesch, t. III, p. 443.

(3) Ibid., t m, p. 446.

(4) GertZj t. II, p. 157.

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