‹ L'indépendence grecque et l'EuropeChapitre 25 sur 94 · LE CONGRES DE VERONE · texte numérisé non relu

LE CONGRES DE VERONE

Le Conseil exécutif des Grecs avait rédige en termes dignes ^t modérés un appel à TEurope, avec Tespérance qu'il serait lu au congrès de Vérone. Ce documentprotestait surtout contre Tassimilation de Tinsurrection au carbonarisme : a Les Grecs, y était-il dit, loin de conspirer contre le trône et Tautel, demandaient aux puissances un souverain chrétien, et n'avaient pris les armes que pour défendre leur religion. » Les porteurs de cet appel, le comte André Métaxas et le FraiLçais Jourdain"^ s'étaient embarqués, munis de pleins pouvoirs et prêts à plaider chaleureusement la cause de l'insurrection. Us avaient également une lettre personnelle pour le Tsar, et un message pour le Pape. Mais ils furent retenus à Ancône dans les États ^ de Pie VII, sur la demande des puissances, et les souverains leur firent signifier qu'ils ne seraient pas entendus à Vérone. Rejoints à Ancône par Tévéque Germanos et un fils de Pétro- ' Bey, ils essayèrent de s'adresser directement au Pape, lui proposant le rétablissement de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem, soit à Rhodes, soit dans une autre lie grecque (1); mais celuici était trop inféodé par son domaine temporel à T Autriche, pour risquer de mécontenter sa puissante alliée; de plus, il ne faut pas oublier que la requête venait d'une nation non point ' catholique, mais schismatique. Le Pape refusa donc également d'écouter les envoyés grecs. Métaxas publia à Ancône une a Réponse aux calomnies dirigées contre les Grecs par leurs ennemis » (2), et adressa au gouvernement grec un rapport où il déclarait avec tristesse, mais avec fierté, que si les princes > abandonnaient les Grecs, ceux-ci ne s'abandonnaient pas et mettaient toute leur confiance dans leurs fusils et leurs épées (3).

(1) JoDRDAi», t. I, p. 145 et suivantes.

(2) Ibid., t. I, p. 173.

(']) Ibid,, t. 1, p. 179. — PoPQDEviLLE, t. IV, p. Î77, et Blakcard, p. 61. — En quittant Ancône, Jourdain se rendit à Paris avec une délégation d'André Métaxas, et entama une négociation très curieuse avec les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Un traité fut conclu (Jocrdaiei, t. I, p. 190 et suivantes). L'Ordre t'engageait à payer 4 millions aux Grecs en échange de Rhodes ou d'une autre ile. Cette négociation devait échouer par la maladresse des chevaliers, qui voulurent faire un emprunt h Londres et qui laissèrent ébruiter le traité. L'An-

La déclaration qui termina le congrès de Vérone (14 décembre], renfermait une phrase analogue à celle ducongrèsde Laibach. L'insurrection grecque était assimilée aux révolutions d'Italie et d'Espagne. « Mais les chefs de cette entreprise se trompaient en espérant semer la discorde parmi les puissances. L'esprit de révolte serait combattu partout où il se montrerait. »

Ce manifeste, empreint d'un positivismecruel, devait être le dernier triomphe officiel de la- Sainte-Alliance. Un esprit clairvoyant aurait pu, dès cette époque, prédire qu'un changement s'opérerait bientôt dans le système des alliances européennes. A la suite de la disparition de lord Castlereagh, qui s'était suicidé quelques semaines avant l'ouverture du congrès de Vérone, George Canning avait été porté au ministère des Affaires Étrungères de la Grande-Bretagne. Bien qu'il n'eût pas modifié, dès son arrivée aux affaires, la direction politique imprimée au Foreign Office, on savait que ce ministre n'avait pas les mêmes vues que son prédécesseur, surtout sur la question d'Orient. Les Grecs, qui avaient perdu toute confiance dans Tappui du Tsar, en voyant quel mélange décourageant de faiblesse et d'incertitude présentait la politique russe, allaient tourner les yeux du côté de l'Occident, et demander au nouveau ministre d'Angleterre déjouer ce rôle protecteur que dédaignait Alexandre. Si George Canning consentait à séparer sa politique de celle de la Sainte-Alliance, se conformant en cela aux véritables principes de la Constitution anglaise, s'il jugeait avantageux d'asseoir l'influence convoitée par la Grande-Bretagne en Orient sur la protection des chrétiens et non sur la défense exagérée de l'intégrité ottomane, le triomphe de M. de Metternich pourrait ne pas avoir d irrémédiables conséquences, et les Grecs pouvaient conserver l'espoir de voir se produire un jour une intervention européenne en leur faveur.

gleterre se garda bien défavoriser une entreprise française et catholique. (Jourdain, t. I, p. 241.)

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