CHAPITRE V
LE CONFLIT d'iNFLUEXCE ENTRE LES ANGLAIS ET LES RUSSES. CANNÏNG. LE PROJET RUSSE DES TROIS TRONÇONS
(Janvier 1823-mai 1824.)
I. — Les proiets de Canni.nc. Loud Stramcford et le Divak. — George Canning. Nouvelles iastructions données aux agents britanniques. Le cabinet de Saint-James reconnaît le blocus déclaré par les Grecs (mars 1823). — Situation délicate de lord Strangford à Constantinople. Modifications incessantes des réclamations russes. Le droit de simulation et le passage des détroits.
II. Le mémoiab des trois Trosçoks. — Nouveau revirementdu Tsar à l'égard des Grecs. Sa défiance contre l'Angleterre. — Hainede Metteroich contre Canning. M. de Gentz et la diplomatie secrète de l'Autriche. — Entrevue de Gzernovitz. Beprise de la pacification grecque. — Le mémoire du 9 janvier 1824 ou projet des trois Tronçons. Accueil fait à ce projet en Grèce et en Turquie. Strangford quitte Constantinople* v
III. Les DissEtisioss politiqces em Grèce. — L'Assemblée d'Astros. Le deuxième Conseil exécutif. Pérégrinations et scission des pouvoirs. Hermione et Tripolitza. La guerre civile. — Les Turcs poussent mollement les opérations militaires. Arrivée de lord Byron et de certains philkellène^ français.
George Canning, étant encore étudiant au collège d'Eton, avait écrit un poème sur : » TEsclavage de la Grèce » . Ses sympathies de jeunesse le portaient donc plutôt vers la défense de rtiellénisme que vers celle de Tislamisme. Ce serait cependant se tromper que de se représenter ce ministre comme porté à bouleverser TEurope, pour Témancipation des nationalités opprimées, et pour l'application de principes abstraits de civilisation ou d'extension chrétienne. Il n'appartenait même pas au parti whig, ce libéralisme anglais si compassé et si modéré
en comparaison de notre libéralisme français. C'était un élève de William Pitt, avec lequel il avait été ministre h Tépoque des guerres de TEmpire : mais son torysme éclairé et libéral, accessible aux progrès de l'humanité et aux nécessités des sociétés modernes, était très différent du torysme hautain et intransigeant des Gastlereagh et des Wellington.
En 1822, Canning, avec son éloquence vive et entraînante, son regard énergique et pénétrant empreint de cette sérénité un peu altière qui est propre aux hommes politiques anglais, est l'orateur le plus écouté du Parlement. Ce n'est lii l'intrigue, ni l'ascendant de sa situation qui porte au pouvoir ce plébéien de la politique, c'est son éloquence parlementaire. Le roi et le cabinet de lord Liverpool le subissent plutôt qu'ils ne l'appellent. Mais le Parlement s'est rendu compte que Canning est un tempérament essentiellement anglais et espère lui voir modifier la politique un peu arriérée du ministère, dans un sens plus conforme aux véritables intérêts de la Grande-Bretagne. Les Lords et les Communes ne demandent qu'à se sentir peu à peu dégagés des liens de la Sainte-Alliance, parce qu'ils voient dans cette nouvelle orientation un accroissement de force et d'indépendance pour leur pays. Et Canning leur semble rhomme le plus capable de soutenir cette attitude indépendante, avec un heureux mélange d'audace et de souplesse. Canning n'est pas paralysé par des principes étroits et traditionnels : il modèle sa conduite sur l'intérêt présent de l'Angleterre. Il ne s'incorpore à aucune coterie, il ne contracte l'engagement d'aucune protection constante, car il veut avoir les mains libres pour augmenter la puissance de son pays à l'heure et dans le lieu qu'il jugera le plus favorables.
Si donc nous trouvons Canning de plus en plus porté, à mesure qu'il avance dans sa carrière de ministre, à se placer aux côtés des nationalités opprimées, c'est qu'indépendamment de ses sympathies personnelles pour les peuples qu'il secourt, il sent qu'il a un intérêt anglais à agir ainsi. Les institutions parlementaires sont trop solidement implantées dans la Grande-Bretagne, le caractère de ses compatriotes est trop
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