‹ L'indépendence grecque et l'EuropeChapitre 30 sur 94 · LES PROJETS DE CANNIÎ^G · texte numérisé non relu

LES PROJETS DE CANNIÎ^G

mations commerciales de la Russie. Elle est dans Terreur si elle croit inépuisable la patience du Tsar. Elle est dans Terreur si elle croit de son intérêt de différer le rétablissement de ses relations amicales avec la Russie... Si les Grecs siégeaient dans les conseils du Grand Seigneur, ils leur conseilleraient précisément d'agir comme ceux-ci le font, d'offenser la Russie, d'opprimer son commerce, car ils verraient une guerre au bout de ces vexations, une guerre entre la Porte et la Russie, peutêtre même entre la Porte et la Grande-Bretagne, peut-être même entre la Porte et TEurope entière, et cette guerre serait le résultat tant désiré qui seul pourrait les sauver » .

Il est à remarquer que la Porte ne s'incline jamais que devant les réclamations rédigées en termes tranchants et absolus. Strangford eut l'habileté de joindre les actes aux paroles. Il fit partir sa famille pour Marseille. La Porte craignit un moment d'avoir la guerre avec la Russie et avec l'Angleterre (1), et consentit à la nomination d'une commission pour trancher les détails des griefs commerciaux (2).

Cette commission ne supprima pas le firman concernant les transbordements et ne reconnut pas le droit de simulation, mais elle s'engagea à traiter directement avec les petits États, pour leur octroyer le passage des détroits sous leur propre pavillon. Une convention fut même conclue sans retard avec la Sardaigne.

L'orgueil de lord Strangford recevait donc une légitime satisfaction : il pouvait se vanter à bon droit d'avoir rendu service à plusieurs petites puissances et de leur avoir fait concéder pacifiquement un droit qui avait coûté des guerres aux grandes puissances. Il adressa à Nesseirode un mémoire (3) énumérant tout ce qu'il avait obtenu, et exposant ce que la situation actuelle avait de favorable à une entente définitive, u La question commerciale était entièrement réglée. Les Principautés avaient été partiellement évacuées ; il n'y restait que

(1) Corresp, pol. Dépêche de la Ferronnays, 1^' octobre iS23, vol. 165, A. E.

(2) 10 septembre 1823. Prokesch, t. IV, p. 41*

(3) 22 septembre 1823. Prokesch, t. IV, p. 45.

deux Beschli-Agas, avec environ trois mille hommes, pour lutter contre le brigandag[e ou contre une résurrection possible de THétairie. Quant à la pacification grecque, on ne lui avait jamais indiqué d'une manière précise comment il devuit résoudre cette question ; il constatait cependant que la Porte avait semblé exécuter, par des actes récents de modération, la ft série de Faits » réclamée à Vérone; les arrestations et les exécutions avaient diminué d'une façon sensible et cette conduite devait finir par imposer silence, même à ces méprisables folU^ culaires qui inondaient TËûrope crédule du torrent de leurs artificieux mensonges. (Cette métaphore désignait les feuilles philhellènes.) Mais la Porte n'acceptait pas le principe d'une ingérence étrangère dans ses affairés intérieures, et l'on ne pourrait agir d'une manière efficace que si l'on allait jusqu'à poser comme un principe formel, l'utilité d'aider à la délivrance des Grecs » .

Les réponses que Strangford reçut (10 et 16 octobre), le découragèrent profondément. Nesselrode et Metternich, réunis alors en conférence à Lembergen Galicie, après l'avoir félicité et remercié de ses bons offices, faisaient revenir au premier plan l'évacuation complète, absolue, des Principautés. Le quatrième point de l'ultimatum de 1821 était maintenant la condition sine qua non de la reprise des relations diplomatiques entre la Russie et la Porte;

Strangford renonça à soulever ce rocher de Sisyphe ; il comprit que le Tsar tendait de nouveau à intervenir dans l'affaire grecque et que Metternich faisait semblant de le soutenir. Il déclara qu'il avait donné le maximum de ses efforts et qu'il ne se mêlerait plus de cette interminable querelle. Il se retira sous sa tente et laissa à l'internonce, le comte d'Ottenfels, le soin de continuer les pourparlers.

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