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LE MÉMOIRE DES TROIS TROKCOXS

minologie si vague du mémoire rédigé par Metternich en avril 1822; c'était Texposé précis, avec une franchise dénuée de tout apprêt, de la nouvelle configuration politique que la Russie souhaitait donner à la péninsule des Balkans, a On ne pouvait rétablir l'oppression des musulmans sur les chrétiens grecs, on ne devait pas d'autre part créer avec les provinces rebelles un État purement indépendant qui servirait d'asile et ' d'exemple aux révolutionnaires européens. Le moyen terme qui s'imposait, était la création de trois principautés placées sous la suzeraineté de la Porte (Hellade orientale, — Hellade occidentale, — Péloponèse et Crète) : le sultan conserverait quelques forteresses; l'administration intérieure serait placée sous la garantie des puissances » .

Ce plan marquait un grand progrès sur l'irrésolution récente des bonnes volontés de l'autocrate. C'était en définitive le premier projet diplomatique qui proposât textuellement, non point l'indépendance des pays de race grecque, mais leur séparation de l'empire ottoman. Alexandre avait été piqué au jeu par l'attitude protectrice adoptée par Canning, et les Grecs profitaient de cette espèce de concurrence et d'enchère, née au sujet de leur révolution, entre deux grandes puissances.

Ce projet qu'on appela par la suite « projet des trois Tronçons yi avait malheureusement un défaut. Comme toutes les transactions, il ne satisfaisait aucune des deux parties. Morceler l'empire ottoman, c était évidemment soulever les protestations les plus violentes de la Porte; la Russie était décidée à passer outre. Ce qui était plus sérieux, c'est que ce projet devait mécontenter gravement les insurgés, qui, malgré leurs discordes, n'avaient qu'un idéal : former unËtat unique, et non trois principautés séparées et rivales ; leurs dernières victoires leur donnaient le droit d'aspirer à mieux qu'à ce vasselage morcelé.

Dansceplan, la Russie dévoilait avec une véritable candeur le côté égoïste de son intervention ; ces trois principautés, placées nominalement sous la garantie des États, seraient en réalité sous le protectorat exclusif de la puissance russe, à la fois leur créa-

triée et la plus voisine des puissances européennes. La Russie avouait ne pas poursuivre un but désintéressé et ne pas vouloir aider loyalement à naître un nouvel État capable de se suffire à lui-même ; elle ne voulait former que des États rudimentaires, ayant besoin pour vivre de la tutelle d'une autre puissance.

Canning vit la faute que commettait la Russie et comprit tout le parti qu'il pourrait en tirer vis-à-vis des Grecs. Le mémoire du 9 janvier n'avait été communiqué que confidentiellement aux chancelleries ; une indiscrétion, probablement autorisée par le ministre anglais, fut commise, et le 31 mai, un journal français, le Constitiitionnely divulgua le projet des trois Tronçons. Le gouvernement provisoire de la Grèce laissa éclater son indignation. Tous les Hellènes s'élevèrent violemment contre la proposition de la Russie. Ceux d'entre eux, comme Mavrocordato , qui avaient toujours placé leurs espérances plutôt dans l'appui de la Grande-Bretagne que dans celui de la Russie, se préparèrent à envoyer une protestation officielle à Londres, sachant qu'elle y serait accueillie avec faveur (l). Les insurgés ne pouvaient admettre qu'on séparât leur territoire en trois districts; ils venaient précisément de supprimer les trois sénats provinciaux, qui avaient une tendance à entretenir le fédéralisme; ces trois assemblées avaient peut-être suggéré au Tsar sa division tripartite, mais ce souverain était en retard sur les événements et cette division n'avait aucune chance de renaître, même sous une forme purement administrative.

A Constantinople, le mécontentement fut peut-être moins vif qu'en Grèce ; le mémoire n'était en somme que l'expression avouée de projets connus depuis longtemps. L'acte lui-même est souvent moins pénible que l'imagination qu'on s'en est faite, et l'acte se réduisait à une simple note diplomatique.

Depuis l'entrevue de Czernovitz, et pendant tout l'hiver, la discussion avait porté sur l'évacuation définitive des Principautés

(l) Voir au chapitre VI.

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