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UNE LITTERATURE AMIE DES GRECS

d*un état d'âme de Byron, et non point de Lamartine. Sa situation diplomatique lui rendait cette excuse absolument nécessaire, et il est possible que Fexplication fût exacte. L'imagination du poète avait trahi le secrétaire d'ambassade.

Les passages qui concernent la Grèce renferment de belles pensées, mais la forme est diluée et s'exprime rarement en ces vers sonores, frappés comme des médailles, que nous avons trouvés dans les Orientales. Admirons cependant quelques apostrophes vibrantes adressées aux Grecs :

Un seul cri vous restait et vous Tavez jeté : Votre langue n*a plus qu'un seul mot ... Liberté!

Au signal des combats qu'il entend retentir, Tout Hellène est soldat, tout soldat est martyr.

L'épisode le mieux venu est la description (d'après les Chants populaires de la Grèce de Fauriel) de funérailles grecques et Tincantation d'un « myriologue » ou oraison funèbre. Une jeune fille chante la mort tragique d'une soixantaine de femmes, qui se précipitent du haut d'un rocher pour échapper aux Turcs. Les femmes, après avoir jeté leurs enfants dans l'abîme, dansent une ronde funèbre et, à chaque tour, J'une d'elles se détache et s'élance dans le vide (1).

Parmi les poètes de l'école classique, Casimir Delavigne a écrit un recueil de vers : Les Messéniennes^ de beaucoup supérieur à ses pièces de théâtre, et comme poésie, et comme inspiration.

Ce titre de Messéniennes est tiré de l'histoire des anciens Grecs : les Messéniens, vaincus par les Spartiates, sont restés, aux yeux de Casimir Delavigne, l'exemple le plus frappant des malheurs d'une nation conquise. Il chante, dans ce recueil, les épreuves de la France envahie en 1814 et 1815, les farouches répressions de la révolution napolitaine (1820] et enfin les souffrances des Grecs esclaves, puis révoltés. Les sentiments

(i) Le Louvre renferme uo tableau d' Ary Scheffer sur cet épisode : « Les Femmes souliotes M , peint en 1827.

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du libéralisme le plus généreux y sont exprimés par le poète dans une langue souvent excellente.

La première des Messéniennes grecques (Livre II), et la plus connue est dédiée à Pouqueville; c^est Le jeune Diacre ^ humble prêtre hellène qu'un soldat turc fusille, pour avoir chanté la nuit, dans une barque, les malheurs de Ja Grèce.

Outre les Messéniennes^ nous pouvons encore citer, dans Técole classique : Les Ages poétiques de Florimond Levol (1 826) , poème dont le premier chant et l'épilogue sont entièrement consacrés à la Grèce, et Le Voyage en Grèce de Pierre Lebrun (1828), une des meilleures productions poétiques sur le sujet qui nous occupe. L'auteur avait, comme Chateaubriand, comme Byron, visité la Grèce (en 1820), et, dans une préface qui n'est pas la moins intéressante partie de Touvrage, il décrit la situation matérielle et morale des Grecs à cette époque : il avait pu distinguer, chez les hommes des montagnes et les marins des îles, de nobles aspirations qui n'existaient pas dans les villes. Il passe en revue Tétat de la Morée, de l'Âttique, du Phanar, puis il montre l'explosion de l'insurrection dans ces différentes régions.

Béranger ne peut évidemment être placé au même rang que les poètes que nous venons de citer. Cependant le chansonnier, quand il joint à l'esprit, à la verve, des convictions politiques sincères, un libéralisme courageux, mérite d'être pris en considération. Béranger, à qui ses sympathies, moitié napoléonniennes, moitié républicaines, valurent plusieurs fois la prison, jouissait en 1825 d'une popularité énorme. La moindre chanson sortant de sa plume faisait en quelques jours le tour de la France entière, grâce a l'habitude qu'avaient nos pères de chanter au dessert.

Il eût été intéressant de voir toute une série de chansons sur la Grèce fouetter l'inertie de la diplomatie française. Il est probable que Béranger trouva le sujet trop tragique pour être traité en musique : nous n'avons que deux chansons de lui sur ce sujet.

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L'une : Psara ou Chant de victoire des Ottomans y est curieuse d'ironie amère et irritée. Un refrain^ cinglant comme un coup de fouet, revient à chaque couplet flageller les gouvernements européens. La Grèce est abandonnée,

Les rois chrétieus ne la vengeront pas! ...

Quel malheur que la Faiblesse du vers trahisse constamment le mouvement alerte et mordant de l'idée !

L'Europe esclave a dit dans sa pensée :

Qu'un peuple libre apparaisse! et soudain ..... Paix! ont crié, d'une voix courroucée, Les chefs que Dieu lui donne en son dédain.

. Après une brève évocation des massacres de Chio et de Psara, Béranger conseille la patience et Tunion aux Grecs, qui n'ont à compter que sur eux-mêmes

Les nations vous pleureraient peut-être, Les rois chrétiens ne vous vengeraient pas.

Nous ne citerons rien du Pigeon voyageur qui vient apporter la nouvelle de la délivrance d'Athènes : l'idée est généreuse, mais la forme est d'une vulgarité désolante. Le chansonnier a été mieux inspiré quand il s'est agi de faire revivre Napoléon, ou d'apitoyer la bourgeoisie sur les misères du pauvre. L'Orient était trop loin pour cet homme d'esprit, chez qui un bon sens narquois remplaçait l'imagination.

Nous avons déjà parlé de Fauriel (1). Ajoutons ici quelques mots sur ses Chants populaires delà Grèce moderne (1824-1825), où plusieurs poètes ont puisé des épisodes et des idées.

La préface ou discours préliminaire est une étude approfondie, non seulement sur la langue, la littérature des Grecs modernes, mais sur leurs coutumes et leurs mœurs. La vie des Armatoles et des Klephtes est décrite de la façon la plus pittoresque.

Fauriel passe en revue les « chants klephtiques ou des mon-

(i) Voir chapitre I, pnge 32.

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tagnes » , qui dépeignent soit un haut fait, soit la mort d'un brigand de TOlympe ou de TÉrymanthe ; ces chants de montagnes sont fréquemment Tœuvre, vers et musique, de mendiants aveugles qui rappellent les anciens rapsodes ; on les chante principalement dans les fêtes des saints patrons des villages, ou panég/iyrù. Puis il décrit les chansons des villes^ plus molles, plus efféminées, les chansons des îles, plus sentimentales, les chansons de danse ou ballades, les chansons domestiques, enfin les myriologues ou improvisations funèbres (l).

Ces chansons sont précédées d'arguments détaillés où Fauriel nous présente les personnages ; tous sont réels, mais quelques-uns seulement sont connus de nous. Androutzos (père d'Odysseus), Diacos, Georgiaki etc. La plupart de ces chants se rapportent à la guerre de 1770 ou aux guerres d'Ali- Pacha contre les Souliotes (tel Tépisode des femmes souliotes reproduit par Lamartine), beaucoup plus qu'à la guerre de 1821. Et cela ce conçoit; la chanson, c'est la légende, et la légende ne se forme que longtemps après l'événement.

Le philhellénisme anglais, moins littéraire que le philhellénisme français, est aussi actif et aussi efficace que celui-ci au point de vue des secours en combattants et en argent.

Le mouvement commence en Grande-Bretagne plus tardivement que sur le continent. L'intérêt politique à soutenir l'intégrité ottomane, la crainte de troubler la sécurité des îles Ioniennes forment longtemps obstacle au développement de la sympathie nationale. Les journaux du parti tory sont, en

(1) Souvent prononcées par dest femmes, de même qu'en Corse par les vocératriées.

1821 y aussi durs pour les Grecs que les journaux français ultras.

Ce n'est qu'après les massacres de Ghio, après les récits du voyageur Waddington qui dépeint la misère et le dénuement des Grecs, que Tintérét s'éveille. Les sectes des quakers et autres non-conformistes s'émeuvent et font quelques collectes. Puis les whigs commencent à manifester leurs sympathies, soit à la chambre des Communes, soit dans la presse.

C'est en juillet 1822 que parait la Lettre au comte de Liverpool sur les Grecs ^ par lord Erskine, où l'auteur attaque avec une extrême violence l'attitude de Castlereagh et de Strangford.

Bientôt Canning succède à Castlereagh et le parti whig, se sentant encouragé par Tarrivée aux affaires de ce mininistre à tendances libérales, multiplié ses efforts à Londres et à Edimbourg. La Quarterly Review publie plusieurs articles favorarables aux Grecs, et une société philhellénique se fonde à Londres, analogue aux sociétés de Paris. Dirigée d'une manière plus pratique que les nôtres, cette société envoie immédiatement un agent chargé de constater « de visu » la situation de cette nationalité renaissante ; c'est le colonel Stanhope, qui fonde en Grèce un comité pour distribuer les fonds souscrits en Grande-Bretagne.

Beaucoups de banquiers, d'hommes d'affaires, s'intéressent alors au mouvement insurrectionnel, et par eux le philhellénisme prend un caractère tout différent de ce qu'il est en France. Les souscriptions d'argent, au lieu d'être des dons désintéressés, sont le plus souvent des prêts à intérêt. Les Grecs, ainsi que nous l'avons vu plus haut^ tirent d'Angleterre des sommes plus considérables que de France, mais ces sommes sont des emprunts gagés et garantis par les ressources du futur État grec, et ils en doivent les intérêts, à un taux souvent élevé. Il est vrai que le spéculateur anglais risque de ne jamais voir l'organisation d'un État grec et alors sa souscription est bien un don : mais il aime à parier, à peser le pour et le contre du succès, et en cas de réussite, sabonne œuvre lui sera profitable. Blaquières est un des principaux intermé-

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diaires de ces emprunts; ce philhellèae, hardi et désintéressé, qui prit part à plusieurs combats, nous a laissé une intéressante histoire de l'insurrection (1825).

Le plus illustre et le plus généreux de ces Anglais qui donnèrent non seulement leur argent, mais leur sang, pour les Grecs, futlord Byron, dont le dévouement et la mort sont plus connus de beaucoup de gens que la guerre d'indépendance elle-même. C'est par lui, et par lui seul, que le philhellénisme prend pied dans la littérature anglaise. En 1810, Byron, âgé de 22 ans, visite la Grèce et en emporte un souvenir ineffaçable. L'admiration qu'il éprouve pour ce pays, au point de vue du site, des souvenirs et des ruines, de la beauté de la race, lui inspire un violent chagrin de voir ces trésors aux mains des Turcs; et il s'indigne à plusieurs reprises de la résignation des Grecs. Dans son philhellénisme sévère, grondeur, mais presque prophétique, il pousse les Hellènes à la révolte dès 1813. Le second chant du Pèlerinage de Childe Harold publié à cette époque, contient une allocution aux Grecs esclaves :

« Ah ! qu'ils ressemblent peu, ces Grecs, à ceux d'autrefois!... lis se bornent à de vaines railleries, tremblants sous la main musulmane qui les châtie! Combien ils sont changés en tout, sauf en la forme extérieure... Beaucoup d'entre eux soupirent après les secours et les armes de l'étranger... Esclaves héréditaires, ne savez- vous donc pas que ceux qui veulent être libres doivent s'affranchir de leurs propres mains? Serez-vous délivrés par la Gaule ou la Moscovie?Non!... » .

Différentes poésies dramatiques, parues les années suivantes, le Giaouty le Corsaire, la Fiancée d\ihydos^ Lara, ont pour théâtre de leur action l'Orient grec, et prouvent quelle place il tient dans les prédilections de Byron.

En 1819, il écrit, dans le troisième chant de Don Juan, une ode pleine d'ironie et de colère contre la mollesse des Grecs : « Ne comptez pas sur les Francs pour votre délivrance, ils ont un roi qui achète et qui vend; c'est dans le glaive des Grecs, dans les rangs des Grecs, que le courage doit placer

toute son espérance ; la force turque et la fraude latine briseraient votre bouclier, quelque large qu'il fut !

« Et quoi! le silence partout! les voix des morts retentissent comme le bruit d'un torrent lointain et me répondent : — Qu'une seule tète vivante se lève, une seule ! et nous venons, nous venons!... — Les vivants seuls sont muets. »

Il est assez curieux que, la guerre une fois engagée, le poète ne chante plus les héros ressuscites. Une seule fois, dans une pièce peu connue, fAge de Bronze (1823), il fait allusion aux Grecs, délaissés et trahis par l'Europe; il les met en garde contre « l'autocrate de l'esclavage, le souverain des serfs russes, pasteur d'un bétail humain ; mieux vaut pour les Grecs succomber à leur désespoir que d'être mangés par l'ours russe. »

Il est vrai que Byron fait mieux que de chanter les Grecs, il va combattre avec eux. Cethomme, doué d'une activité dévorante, a d'abord satisfait cette soif inextinguible de mouvement, en écrivant, en voyageant et en aimant. Mais en 1820,1a vie littéraire, errante ou passionnée, ne lui suffit plus. Il veut agir d'une manière plus durable, plus efficace. La réputation n'est point assez pour son orgueil^ il lui faut là gloire.

L'action politique, la conspiration ou la lutte à main armée l'attirent irrésistiblement. C'est en Italie (où il séjourne constamment depuis 1816), dans le carbonarisme, qu'il s'essaye aux luttes politiques ; mais le caractère ténébreux et surtout le peu de réussite de cette organisation révolutionnaire le refroidissent bientôt, et il tourne ses regards vers les Grecs dont les efforts surhumams excitent son enthousiasme.

Il entre en rapport avec le comité hellénique de Londres ; malgré les efforts de son amie, la comtesse Guiccioli, il décide de passer l'Adriatique, et de porter aux insurgés le secours de son courage et de sa fortune. Nombre de Grecs notables ayant appris ses projets le pressent de les mettre a exécution. Il s'embarque dans le port de Gènes en juillet 1823, avec le comte Gamba, frère de la Guiccioli, MM. Trelawney, Hamilton- Brown, quelques domestiques, des armes et des munitions.

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Mais, malgré Tenthousiasme qui TeDlraine, il ne veut pas se jeter en aveugle dans la lutte des partis : chez lui, comme chez les plus imaginatifs de ses compatriotes, Timaginalion n'exclut pas le sens pratique. Il s^arréte donc dans une des iles Ioniennes, Géphalonie, et là il examine avec soin la situation pendant plusieurs mois. Il se décide enfin à suivre le parti de Mavrocordato, et à débarquera Missolonghi (janvier 1824).

Le noble philhellène est reçu avec enthousiasme. Tous les insurgés Taccueillent comme une caution et une promesse donnée par TEurope même à leur cause. Mavrocordato seul détermine avec tristesse tout ce qu'il y a d'individuel et d'isolé dans Tacte de Byron ; et le langage du poète, toujours âpre et mordant quand il parle de ses compatriotes, le confirme dans cette opinion.

Byron lui-même ne tarde pas à éprouver une amère désillusion. La mauvaise fortune l'amène en Grèce dans une période d'accalmie guerrière, où^ en l'absence d'un danger immédiat, les nobles passions issues du patriotisme ne sont pas excitées, et sont au contraire remplacées par des dissensions au sujet des intérêts les plus matériels. Il s'aperçoit bientôt que ce n'est pas de son bras ou de son prestige que l'on a besoin en ce moment, mais de sa bourse (1). On le prie de régler des paiements arriérés, des soldes non acquittées. Les Souliotes, si braves au combat, ne craignent pas de lui marchander leur concours, et c'est avec peine qu'il peut équiper et organiser un bataillon régulier de cinq cents hommes. Il est écœuré par la mesquinerie des querelles qui l'entourent ; ses meilleurs amis, Stanhope, Trelawney cherchent à le détourner de Mavrocordato et à l'entraîner dans les partis de Colocotronis ou d'Odysseus. C'est en vain qu'il essaye de mettre l'ordre et la discipline autour de lui, de faire cesser les polémiques d'une presse à peine née, et déjà venimeuse ou féroce. Le climat malsain de la lagune missolonghiote l'éprouve; il

(1) Byron, personnellement » n'est pas très riche, ayant dissipé dans sa vie aventureuse une partie de sa fortune, mais le comité hellénique de Londres a mis à sa disposition des sommes importantes et Ta chargé de les distribuer.

est saisi à plusieurs reprises de crises nerveuses violentes, à forme épileptique.

Le poète angolais a cru s'élancer dans un chant d'Homère, il est tombé dans des querelles d'administration plus insig^nifiantes que celles d'un conseil d'aldermen dans uù bourg de Grande-Bretagne. Pour s'étourdir, il reprend alors ces folles chevauchées au bord de la mer qui sont la joie de sa vie, mais il est subitement terrassé par une fièvre pernicieuse. Sa santé ébranlée, son cerveau et son système nerveux surexcités sont un terrain tout préparé pour un dénoûment fatal; les soins habiles et dévoués lui font défaut, et il meurt le 19 avril 1824, jour de Pâques, à peine âgé de 36 ans.

Les Grecs le pleurèrent sincèrement. Au lieu de célébrer Pâques par la phrase traditionnelle dans le pays, « Christ est ressuscité n , chacun s'abordait tristement en disant : « Lord Byron est mort ! » Missolonghi lui fit d'aussi imposantes funérailles qu'à Marko Botzaris, et Tricoupis prononça son oraison funèbre. Mais nous n'irons pas jusqu'à dire (1) que sa mort fut une calamité publique, retarda l'intervention officielle de l'Angleterre, et priva la Grèce d'un candidat éventuel à la Présidence de la République. Byron fut un combattant philhellène plus connu delà foule que les Baleste, lesRaybaud, les Gordon, les Hastings, mais il est à penser qu'avec son esprit brouillon et indomptable, il n'aurait pas exercé une influence plus considérable que ceux-ci sur un peuple qui était encore à cette époque fanatique de ses chefs nationaux et un peu défiant a l'égard de l'étranger.

Après la mort de Byron, le philhellénisme anglais fut surtout représenté par le colonel Stanhope, agent officiel du Comité hellénique. Disciple du philosophe Bentham, épris d'idées républicaines et philanthropiques, Stanhope avait essayé d'introduire dans la Grèce occidentale les bienfaits de la civilisation moderne en fondant, avec le Suisse Meyer, le journal la

(i) Comme le fait Ger?inu8, t. II, p. 28.

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Chronique grecque^ en créant des écoles, des hôpitaux, un service des postes, en réformant les tribunaux. Il considérait que le devoir du philhellénisme était de jouer un rôle plus pacifique que guerrier. Malheureusement, il se berçait d*illusions sur la capacité que pourraient avoir les Grecs à se gouverner eux-mêmes et sans roi. Ce républicanisme honnête et de bonne foi le conduisit à une déplorable erreur : après s*étre séparé de Mavrocordato et des partisans d'une monarchie tempérée, il s'imagina de s'aboucher avec le moins franc et le plus dangereux des chefs de parti, Odysseus : celui-ci dupa T Anglais par une feinte de démocratisme et Tentraina dans un congrès de la Grèce orientale, à Salone, où ce partisan jouait les Washington. Nous savons qu'il n'était capable de jouer que les Dumouriez et qu'il passa à l'ennemi peu de temps après. Stanhope rentra désillusionné en Angleterre, au moment où son influence commençait à être compromise, et Mavrocordato n'eut pas de peine à réfuter (dans une lettre ouverte adressée à Blaquières) , les accusations que Stanhope avait répandues contre lui. Le désir de voir donner à la Grèce un roi constitutionnel par l'Angleterre, ne pouvait être trouvé criminel par Topinion publique de ce pays.

Nous avons déjà cité le nom de lord Cochrane. C'est une figure curieuse; mercenaire de génie, grand seigneur démagogue, il s'était fait, après avoir quitté la marine royale britannique, une spécialité de mettre ses talents d'amiral et son intrépidité vraiment extraordinaire au service des nationalités révoltées. Il excellait à organiser des flottes et à surprendre ses ennemis par des coups de main audacieux. C'est ainsi qu'il avait contribué pour une large part à l'indépendance du Chili, du Pérou et du Brésil. Mais il ne donnait pas ses services, il les vendait.

Les Comités helléniques de Londres et de Paris songèrent à utiliser ses talents et son audace au profit de la Grèce. Une somme de 1.425.000 francs lui fut promise et il consentit àse rendre en Hellade, à condition qu'on mît à sa disposition trois

frégates. La construction de ces bâtiments rencontra des difficultés et ce ne fut qu'en mars 1827 qu'il arriva en Grèce. Nous verrons que les expéditions qu'il dirigea sur mer et surtout sur terre, ne furent pas à la hauteur de sa réputation. Ajoutons qu'il fit preuve vis-à-vis des Grecs d'un désintéressement dont il n'était pas coutumier : il refusa le payement promis à ses services.

Enfin, à côté* de lord Gochrane, il faut, dès maintenant, signaler le nom de Sir Richard Ghurch, qui arriva aussi en Grèce en 1827, et qui eut, jusqu'à la fin de la guerre, le commandement de différents corps d'armée.

Pour n'avoir pas fourni à la Grèce des combattants aussi illustres que Byron, pour n'avoir pas inspiré des poètes aussi connus que Hugo ou Lamartine, le philhellénisme allemand n^en fit pas moins œuvre de dévouement. Tandis qu'à Vienne et dans toute l'Autriche l'ascendant de M. de Met ternich réussissait à empêcher toute propagande en faveur des Grecs, la Prusse, la Bavière, la Saxe accueillaient avec sympathie, dès 1821, le docteur Ipitis, médecin particulier d'Alexandre Ypsilanti, chargé de provoquer un mouvement sinon pécuniaire, du moins moral dans ces régions.

Le célèbre philologue Thiersch, fondateur de l'Institut de Munich, auteur de grammaires grecques et de livres sur l'archéologie hellénique, membre de l'association des Philomuses, accueillit Ipitis avec enthousiasme et publia dans la Gazette d'Augsbourg (la plus influente des feuilles allemandes de l'époque) une série d'articles sur l'insurrection. Il analysa soigneusement les caractères de cet événement et, montrant au public tout ce qui le distinguait du carbonarisme, le rendit populaire en Allemagne. En 1828, il publia une étude sur la poésie grecque moderne. Mais son ouvrage le plus connu devait être : De tÉtat actuel de la Grèce et des moyens d* arriver à sa restauration, qu'il ne publia qu'en 1833, après avoir fait un long séjour dans le nouveau royaume de Grèce. Thierscli avait trouvé les encouragements les plus précieux auprès du

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roi de Bavière, Louis P, qui professait un culte pour tout ce qui touchait à Tantiquité grecque : Louis I*' Favorisa les descendants de Périclès et, grâce à lui, Thiersch et Eynard purent apporter à ceux-ci des subsides importants recueillis dans toute la Bavière.

Krug, professeur de philosophie à Leipzig, ancien président du Tugendbund, esprit très libéral, rédigea en août 1821 un appel pour rétablissement d'un comité de secours et la formation d'un corps franc de philhellènes. Une multitude de petites associations se formèrent sur les bords du Rhin ou dans FAllemagne du Sud, mais aucune n'atteignit Tampleur des sociétés de Paris et de Londres. Quant à la campagne de presse, elle ne pouvait avoir la même unité ni la même puissance de propagande dans une confédération d'États que dans des États centra- Hsés comme la France et TAngleterre. Un assez grand nombre de volontaires, dont le plus connu fut le général Normann, s'embarquèrent et vinrent combattre en Grèce, mais on ne put jamais arriver à la formation d'une légion allemande. L'Allemagne redoutait trop à cette époque l'autorité de la Sainte- Alliance et de M. de Metternich, pour qu'un philhellénisme efficace pût s'y donner carrière.

Nous n'insisterons pas sur les manifestations du mouvement philhellénique en Russie. En 1825, la littérature russe commence à peine à naître : la presse, surtout la presse politique, se trouve encore à l'état rudimentaire : les journaux littéraires, la Gazelle de Moscou (fondée en 1703), la Gazelle de Saint" Pélersbourg [17 li), le Courrier de l'Europe (1802), leTélégraphe de Moscou (1824), ont peu d'influence. Le philhellénisme russe s'est donc concentré dans l'Hétairie, cette vaste association, internationale en apparence, mais principalement russe, et plus exactement encore, composée de Grecs russifiés. Nous en avons montré la formation. Faction dans les Principautés moldo-valaques et l'échec. Depuis la fin de l'expédition hétairiste, les Russes, soldats, prêtres ou simples particuliers, se sont contentés de peser sur l'esprit de leur souverain, plus ou moins

fortement suivant les époques, pour le pousser à la guerre contre la Turquie. Mais leurs manifestations n'ont pas abouti à des démarches individuelles pour secourir les Grecs : il n'y a presque pas de philhellènes russes dans les rangs des insurgés. Les questions d'intérêt, comme il en surgit souvent entre parents ou voisins, semblent empêcher le philhellénisme d'atteindre en Russie cette noblesse, ce désintéressement qu'il revêt en Occident. Il est difficile de démêler dans les sentiments de confraternité religieuse, de haine commune contre l'Ottoman, qui animent les Russes à l'égard des Grecs, les préoccupations exclusivement slaves, des tendances philhellcniques. La Russie fera cependant beaucoup pour la Grèce, mais, dans ce pays, la nation n'exercera pas une action séparée de celle de son gouvernement, et l'exposé des événements diplomatiques tracera suffisamment l'évolution de cette action.

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