L'ENTENTE ANGLO-RUSSE — 18J
raient, que lorsque les idées politiques du successeur d'Alexandre seraient connues. Et d'abord, ce successeur, quel serait-il?
Le Tsar défunt ne laissait pas d'héritier direct. Ses trois frères, les grands-ducs Constantin, Nicolas et Michel montraient peu d'enthousiasme à ceindre la couronne impériale. La mort violente de leur père, Paul I*', le développement des sociétés secrètes dans l'armée, n'étaient pas propres à leur inspirer le désir de régner. Depuis la fin des guerres de Napoléon, beaucoup d'officiers avaient occupé leurs loisirs à conspirer; ils avaient espéré quelque temps qu'une guerre contre la Turquie leur permettrait d'acquérir de la gloire ou des grades : mais ils avaient été déçus par les scrupules d'Alexandre et ils s'étaient rejetés dans l'organisation de ligues secrètes, rappelant un peu le carbonarisme italien ou les complots espagnols de la même époque. Un républicanisme vague, une sorte de tendance socialiste à bouleverser la constitution politique et agraire de la Russie, s'y mélangeait avec la simple propension à remplacer un chef trop pacifique par un souverain plus guerrier. Alexandre avait, dit-on, appris dans les derniers mois de sa vie ces menées dirigées à la fois contre TÉtat et contre sa personne ; il en avait été très troublé et ses frères n'avaient pu ignorer cette situation périlleuse pour la dynastie des Romanof.
Le grand-duc Constantin, l'ainé des frères d'Alexandre, esprit fantasque, irascible, exagérant tantôt le dédain des règles et des convenances, tantôt l'illibéralisme le plus entêté et la minutie militaire la plus systématique, était, du vivant même de son frère, résolu à ne pas régner. Son mariage morganatique avec la princesse de Lovitz avait décidé Alexandre à accepter sa renonciation anticipée à la couronne et à rédiger un acte de succession en faveur du second de ses frères, Nicolas. Malheureusement il avait laissé cet acte secret, et Nicolas lui-même n'en avait pas eu connaissance. Aussi devait-il se produire une funeste série d'équivoques et de malentendus quand la nouvelle de la mort de l'Empereur fut parvenue à Saint-Pétersbourg. Nicolas fit prêter aux troupes serment de fidélité à Constantin. Pendant ce temps, Constantin, qui se