LE TSAR NICOLAS
trouvait dans son gouvernement de Pologne, publiait son désistement et faisait prêter, à Varsovie, serment de fidélité à Nicolas. Pendant quinze jours, du 9 au 24 décembre 1825, rincertitude régna et la Russie ne sut comment s'appelait son souverain.
L'occasion était trop tentante pour les sociétés secrètes, restées jusqu'alors platoniques, et dont les membres se contentaient de rédiger des codes ou de déclamer des vers. Les officiers Ryléef, Pestel, Bestoujef, et avec eux le prince Troubetzkoï, soulevèrent plusieurs régiments, et apprenant que les troupes prêteraient définitivement serment à Nicolas le 26 décembre, choisirent cette journée pour prendre les armes. On entraîna une partie de la population en lui persuadant qu'on se soulevait au nom de Constantin, souverain légitime : les cris de : « Vive la Constitution » ayant été poussés par certains conspirateurs, les hommes du peuple crurent qu'il s'agissait de la femme de Constantin. Le général Miloradovitch fut tué et Nicolas dut se mettre lui-même à la tête des régiments restés fidèles; on canonna les rebelles; force resta au pouvoir légal. Dans la Russie méridionale, Pestel, qui était l'âme de ces complots, et les MouravieF furent mis en déroute, et faits prisonniers. Les cinq principaux chefs de cette révolution courte, mais sanglante, furent pendus.
Les liens qui rattacheraient pour certains historiens (I) cette conspiration au regret, au dépit qu'auraient éprouvé beaucoup d^officiers de ne pouvoir aller se battre pour leurs coreligionnaires de Grèce, sont obscurs et douteux. Il est probable que les rebelles voulaient simplement changer la dynastie, la forme du gouvernement ; ils désiraient se battre, non pour un intérêt étranger, mais pour eux-mêmes : ils étaient foncièrement slaves et point du tout philhellènes : l'inaction avait favorisé leurs complots, elle ne les avait pas causés.
Nicolas déploya, dès ces premières et dangereuses journées, une fermeté et une autorité qui prouvèrent combien son carac-
(1) Entr^ autres Gertircs. Voir autsi Villemairs Préface de Lascaris.