L'ENTENTE ANGLO-RUSSE — 18Î
tère difFérait de celui d'Alexandre. Il allait porter au suprême degré tous les sentiments qui caractérisent l'autocrate, la hauteur, Tambition, une persévérance obstinée. D'un abord aussi glacial que son frère était affable, il se concilierait sans doute moins de sympathies personnelles : son visage régulier, aux traits fins mais un peu durs, son regard hautain, appelaient plutôt le respect et la crainte que l'affection. Tout en lui respirait l'énergie. Restait à savoir si cette énergie ne se mettrait pas, par similitude de nature, au service de la cause traditionnelle de la légitimité, et si les Grecs pourraient placer quelque espérance sur la tète de ce souverain réaliste, opposé par principe à toute effervescence libérale et généreuse.
Il suffirait aux Grecs que Nicolas 1" se montrât fermement jaloux des intérêts russes et de la grandeur de son pays; peutêtre alors ressentiraient-ils un contre-coup heureux de son avènement. Ils ne pouvaient exiger que l'autocrate, à peine sauvé d'une entreprise révolutionnaire, secondât directement leur révolution, mais ils espéraient qu'il ne s'inféoderait pas à la politique autrichienne, comme l'avait fait trop souvent Alexandre, et qu'il se montrerait, sans tergiversations ni revirements, irréductible vis-à-vis de l'ennemi commun aux Russes et à eux-mêmes, l'Ottoman. Nicolas n'avait-il pas déclaré a^ début de son règne, qu'il « continuerait» son frère, mais qu'il ne le « recommencerait » pas (l)?
La première circulaire, adressée par Nesselrode aux chancelleries des puissances, contenait cependant l'affirmation que le nouvel empereur ne changerait rien à la politique de son prédécesseur. Mais ce n'était là qu'un texte banal et, d'ailleurs, Ja politique de ce prédécesseur était trop incertaine pour constituer un programme.
L'archiduc Ferdinand d'Esté ayant été envoyé par l'empereur d'Autriche à Saint-Pétersbourg pour féliciter Nicolas,
(1) Entretien du Tsar et de la Ferronnays. 7 mars 1826, vol. 170, A. E.
Le 1»^ ivlCOLAS I"