Î5* L'ENTENTE ANGLO-RUSSE — 18J
en Autriche. « La seule chose que Ton ait dite à Ribeaupierre, confia-t-il à la Ferronnays, c'est que, si j'étais forcé de faire la guerre aux Turcs, Tempereur d'Autriche ne la ferait pas contre moi (1)! »
Quelques jours après, Nicolas modifia un peu son langage et fit comprendre à l'Europe attentive que, tout en soutenant fermement ses revendications, il resterait un zélé défenseur de la légitimité. En d'autres termes, il déclara à l'archiduc, dans une deuxième entrevue : « qu'il laisserait de côté les Grecs, ces révolutionnaires européens ; qu'il ne ferait pas pour des rebelles la guerre aux Turcs; mais qu'il la ferait, s'il était nécessaire, pour sauvegarder, les intérêts permanents de son empire (2) » . C'était la guerre pour un motif purement russe, mais c^était toujours la guerre.
Metternich apprit en même temps que Ganning avait désavoué les dernières propositions de Strangford, officiellement soutenues par l'Autriche, et qu'il avait enjoint à son agent de garder le silence et de se maintenir dans un rôle passif (3), laissant la parole à l'envoyé extraordinaire de la Grande-Bretagne, le duc de Wellington.
Bien que cet illustre général fût le plus conservateur des conservateurs anglais, le chancelier de Vienne redoutait avec raison qu'il ne fût encore plus Anglais que conservateur, et que , par conséquent, il ne remît sur le terrain cette question grecque , devenue si chère à la politique britannique. Et d'ailleurs, Ganning aurait-il osé envoyer Wellington à Saint-Pétersbourg, s'il n'avait été certain que celui-ci n'avait plus les mêmes tendances que naguères à subordonner la politique anglaise à la politique de la Sainte-Alliance ?
L'instinct de Metternich ne le trompait pas. Quand Wellington*arriva le 2 mars à Saint-Pétersbourg, il était chargé de proposer à la Russie la médiation de l'Angleterre sur tous les points en litige, aussi bien entre la Russie et la Turquie, pour
(1) Rapport de la Ferronnays, 7 mars 1826, vol. 170, A. E.
(2) P«0KE5ca, t. IV,[p. 219. — Viel-Castel, t. XV, p. 79.
(3) Rapport de la Ferronnays. 30 janvier 1826, vol. 170, A. E.