‹ L'indépendence grecque et l'EuropeChapitre 49 sur 94 · LE TSAR NICOLAS · texte numérisé non relu

LE TSAR NICOLAS

les différends découlant de Tinterprétation des traités, qu'entre la Turquie et les Grecs.

Ainsi Canning, ébloui par la situation prépondérante que lui avaient créée les avances d'Alexandre I", rêvait de trancher à lui seul la question d'Orient tout entière. Il se flattait de réussir dans cette vaste tâche sans tirer un coup de canon. Son ascendant suffirait pour contenir l'impatience d'un Tsar encore mal affermi sur son trône, et pour faire accepter aux Turcs, rassurés grâce â lui sur une agression venant du Nord, la demireconnaissance d'une demi-indépendance grecque. Cette médiation unique et générale, résolvant habilement la question grecque par la question turco-russe, eût été, si elle avait réussi, un véritable chef-d'œuvre d'habileté anglaise. Il est vrai que, pour rappeler un mot célèbre du siècle dernier, elle eût été également un chef-d'œuvre « d'imbécillité »> russe. « Ganning, disait Metternich, voulait user de Nicolas comme certains spéculateurs usent des héritiers d'une grande fortune, jeunes et inexpérimentés (1). »

Nicolas le comprit avec une maturité d'esprit remarquable chez un jeune souverain. Il ne se prêta pas aux ambitieuses visées de Ganning et se chargea de le ramener bientôt à une plus juste vision des choses. Il voulait bien, comme son prédécesseur l'avait voulu dans les derniers mois de sa vie, traiter à deux et partager une médiation, mais il n'entendait pas assister en personnage muet et purement représentatif à une action isolée de l'Angleterre. Son jeu fut d'un doigté délicat et fit bien présager de l'avenir diplomatique de ce prince.

Tout d'abord, profitant de ce défaut de perspicacité dont Wellington avait déjà donné des preuves à Vérone, le Tsar commença par faire montre d'intentions pacifiques et surtout par désavouer hautement l'insurrection grecque. Puis, quand Wellington fut plongé dans l'illusion que la Russie allait continuer la politique incertaine et hésitante d'Alexandre, et que l'Angleterre restait la seule puissance capable d'amener une

(1) Mkttkrricu, t. IV, p. 350.

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