‹ L'indépendence grecque et l'EuropeChapitre 51 sur 94 · LE TSAR NICOLAS V · texte numérisé non relu

LE TSAR NICOLAS V

Nicolas n'admettait pas qu'on s'interposât entre son empire et la Porte, pour régler une série de différends qui étaient absolument spéciaux à ces deux puissances, et dans lesquels l'Europe n'avait aucun intérêt réel. S'il devait résulter quelque avantage moral ou matériel de ce règlement, il entendait obtenir seul cet avantage.

Mais, d'autre part, l'Angleterre n'entendait s'engager à une neutralité absolue à l'égard du conflit entre la Russie et la Porte, que si la Russie lui permettait de régler à elle seule la question grecque. L'action séparée de la Russie sur les frontières septentrionales de l'empire ottoman devait donc entraîner comme corollaire une action séparée de l'Angleterre dans les provinces méridionales insurgées. Avec une bonne volonté rapide et heureuse, les diplomates russes et anglais se décidèrent au partage de la question d'Orient, et des conversations s'engagèrent immédiatement pour en régler les conditions.

Si la situation de la Russie vis-à-vis de la Turquie était excellente en ce qui concernait les Principautés, si elle pouvait asseoir ses réclamations, juridiquement sur des traités formels, militairement sur d'imposants corps d'armée massés en Bessarabie, la situation de l'Angleterre vis-à-vis des Grecs n'était pas moins forte.

Depuis la correspondance échangée entre le gouvernement provisoire grec et Ganning, au sujet du protectorat de l'Angleterre, ce ministre était resté, par ses agents, en rapports constants avec les insurgés. En se rendant à son poste de Gonstantinople, l'ambassadeur Stratford Ganning s'était arrêté à Hydra, et avait eu des entrevues avec Miaulis, Tombazis et Mavrocordato. L'Anglais avait constaté avec plaisir que les Grecs ne réclamaient plus l'indépendance complète avec la même intransigeance que les années précédentes. Les victoires d'Ibrahim, la situation si critique de Missolonghi les avaient forcés à diminuer leurs prétentions. G'est cette modération qui faisait croire à Metternich que la u boutique insurrectionnelle » menaçait ruine (l). Ils avaient promis à Stratford

(I) PnoKEScn, t. IV, p. 241.

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