‹ L'indépendence grecque et l'EuropeChapitre 53 sur 94 · S60 L'ENTENTE ANGLO-RUSSE · texte numérisé non relu

S60 L'ENTENTE ANGLO-RUSSE

remploi de moyens coercitifs en Orient, et queTadjonctionde cette puissance paralyserait Faction des deux autres (1).

Les motifs de la convention anglo-russe (2) étaient exposés très succinctement. C'étaient: pour la Grande-Bretagne, Tinvitation que lui avaient faite les Grecs d'interposer ses bons offices entre eux et la Porte; pour la Russie, un désir de pacification inspiré par la religion, la justice et Thumanité.

u L'article premier contenait les propositions qu'il convenait de présenter à la Porte touchant la situation du futur État grec. Les Grecs paieraient un tribut annuel au sultan; ils choisiraient eux-mêmes leurs autorités (la Porte conserverait une certaine part dans cette nomination), s'administreraient eux-mêmes et obtiendraient une entière liberté de conscience et de commerce: on leur permettrait d'acquérir les propriétés appartenant aux Turcs sur le continent ou dans les îles.

a Aux termes de l'article suivant, il était convenu que la médiation serait proposée à la Porte par l'ambassadeur britannique à Gonstantinople, et que, si le principe en était admis, la Russie ferait servir son influence au succès de cette médiatioD. Les formes en seraient ultérieurement déterminées d'un commun accord entre les cabinets de Paris et de Londres.

« Au cas d'un refus de la médiation, les deux puissances négocieraient soit en commun, soit séparément, pour obtenir la pacification, mais en prenant pour base l'article premier du protocole.

a Les puissances réservaient pour l'avenir la délimitation des territoires et l'cnumération des iles qui seraient compris sous la dénomination de Grèce.

u Elles s'engageaient à ne rechercher aucune augmentation de territoire, aucun avantage exclusif, même en matière com-

(1) Rapport de la Ferronnays, 9 avril 1826, vol. 170, A. £.

(2) Martens, Nouveau Recueil^ t. VII, p. 40. — PROKESca, U IV, p. 248. — De Clercq, Recueil de traités^ l. III, p. 415.

LE PROTOCOLE D'AVRIL i61

merciale, qui ne seraient en même temps dévolus aux autres nations.

a Enfin les alliés déclaraient qu'ils demanderaient à TAutriche, à la France et à la Prusse de garantir, de concert avec la Russie, le présent acte : les institutions parlementaires de TAngleterre, la responsabilité des ministres devant les Chambres, ne permettaient pas à cet État d'assumer la charge d'une garantie collective. »

Le protocole fut sans délai communiqué confidentiellement par la Russie aux autres cours, ce dont Canning se plaignit vivement: mais Nicolas était trop heureux d'avoir converti l'Angleterre à ses vues pour ne pas s'en vanter: « J'ai Fait cette communication à dessein, dit-il, je n'ai rien de caché pour mes alliés, et je ne devais pas leur faire mystère d'une chose qu'ils avaient intérêt à connaître. » (1) Il pensait, par cette divulgation, enlever à Canning toute possibilité de se rétracter si celui-ci trouvait que Wellington s'était trop engagé.

La surprise fut générale en Europe- Cet acte réunissait deux gouvernements entre lesquels le désaccord n'avait pas cessé de régner depuis le début de l'affaire grecque, et qui avaient failli rompre entre elles toute relation diplomatique un an auparavant. Les chancelleries n'étaient pas moins étonnées de voir subitement ce mot nouveau « la Grèce » prendre place dans la langue diplomatique. Jusqu'au dernier moment, Metternich, se fiant aux paroles adressées par Nicolas à l'archiduc Ferdinand, avait cru que la pacification grecque était définitivement écartée. C'était à son avis « de la bien chétive besogne w qu'on venait de faire à Saint-Pétersbourg. L'œuvre du 4 avril était a toute d'erreur et de faiblesse » . (2) Il la qualifia a d'avorton qui, dans quelques semaines, ne serait plus avoué par les parties elles-mêmes qui l'avaient bâclé « (3).....' Le mot tt médiation » lui semblait destiné à acquérir, grâce à

(1) Rapport de la Ferronnays, 9 juin, vol. 171, A. E. — Prokesch, t. IV, p. t78. — Cents, t. III, p. 159.

(2) Lettre à tTOttenfels, Prokesch, t. IV, p. 244.

(3) Metternich, t. IV, p. 26.

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