‹ L'indépendence grecque et l'EuropeChapitre 56 sur 94 · L'ENTENTE ANGLO-RUSSE · texte numérisé non relu

L'ENTENTE ANGLO-RUSSE

ser vivre, disait un officier russe à la Ferronnays, un ennemi faible et désarmé, mais dès qu'il retrouve ses forces et qu'il peut nuire, il y a sottise à ne pas Técraser ; puisque les Turcs veulent apprendre Texercice, c'est à nous à leur donner les premières leçons (1) >» .

Les conférences d'Ackerman entre les deux plénipotentiaires ottomans et les deux délégués russes, Ribeaupierre et Voronzof, s'étaient ouvertes le I" août. Une circulaire de Nesselrode (2) avait annoncé aux puissances que la Russie prendrait un ton haut et ferme, le seul qui eût jamais obtenu quelque résultat dans les négociations avec la Porte. C'est à peine si les plénipotentiaires turcs eurent la possibilité d'entamer une discussion. Il faut dire h la décharge du Tsar que la véritable discussion sur les points en litige avait eu lieu en réalité depuis cinq ans, et qu'on ne se réunissait pas pour discuter, mais pour conclure. Et la conversation n'était guère possible entre deux adversaires que les circonstances du moment rendaient aussi inégaux en force. Au mois de septembre, les Russes firent un aperçu net et brutal de toutes leurs revendications sous forme d'ultimatum, et fixèrent le 7 octobre con^me dernier délai d'acceptation. Les Turcs attendirent en vain qu'une aide quelconque leur tombât du ciel européen, et ne se décidèrent à adhérer aux demandes russes que le jour même de l'expiration du délai.

Le traité d'Ackerman (3) et les deux conventions annexes mettaient fin aux différends diplomatiques qui séparaient les deux empires depuis le traité de Bucarest. Il confirmait ce traité dans son intégrité. Les hatti-chérifs de 1802 concernant la Moldavie et la Yalachie devaient être renouvelés, les hospodars devaient être choisis désormais parmi les boyards roumains et non plus parmi les Phanariotes. Le sort de la Serbie serait considérablement amélioré et cette principauté acquerrait une

(l^^ Rapport de la Ferronnays, 23 juillet 1826, vol. 171, A. E. (2) 7 juin 1826.

(3; Nous n'analyserons que tes traits principaux de ce traité qui ne rentre pas dans notre sujet. Voir te texte dans Prokescii, t. IV, p. 290.

<lemi-autononiie. Les contestations qui s'étaient élevées au sujet des frontières et des places fortes d'Asie entre les deux empires, étaient tranchées au mieux des intérêts russes. La liberté de navigation dans les détroits était formellement reconnue à la Russie, et la Porte promettait d'accorder un semblable privilège aux autres puissances.

La Russie obtenait donc gain de cause sur tous les points ; «lie n'avait plus aucun prétexte de faire la guerre en Orient pour l'interprétation des anciens traités, motif sans cesse invoqué par elle depuis cinq années. Nicolas, ayant reçu les satisfactions qu'il demandait, serait-il maintenant disposé à aborder franchement la question grecque, où il était à la fois soutenu •et gêné par l'Angleterre? Il semble que oui, bien que Nesselrode affirmât que son maître ne risquerait pas de compromettre les avantages acquis à Ackerman, et ne consentirait pas à jouer à Gonstantinople le deuxième rôle « derrière une puissance discréditée (l'Angleterre) (1)! >' Nicolas ne partageait pas toutes les vues de son ministre, et avec une politique très habile, il chercha à augmenter les occupations que Canning avait en ce moment dans la péninsule Ibérique , afin d'avoir lui-même ses coudées plus franches dans son action en Orient.

Le Portugal était, depuis la mort du roi Jean, en proie à une guerre civile intermittente, partagé entre les deux factions opposées des Constitutionnels, partisans de la régente Isabelle, et des Apostoliques, partisans de Don Miguel. L'Angleterre avait toujours exercé une sorte de protectorat commercial et même politique sur le Portugal ; en sa qualité de royaume parlementaire, elle soutenait les Constitutionnels, tandis que Don Miguçl avait l'appui du roi d'Espagne, et en seconde ligne celui de Villèle et de Metternich. Le Tsar eut l'habileté, malgré la rigueur de ses principes autocratiques, de donner ouvertement son approbation au parti constitutionnel et de pousser Ganning à intervenir, fut-ce par les armes, pour maintenir le

(i) Rapport de la Ferronnays, 18 octobre 1826, vol. 171, A. E.

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