Î7Î L'ENTENTE ANGLO-BUSSE — 18Î
régime libéral en Portugal. Cette attitude avait le double avan* tage de détourner vers TOccident l'attention de cet allié un peu inquiétant qu'il s'était donné, et d'acquérir par sa condescendance en Portugal le droit de réclamer une semblable condescendance dans la question grecque.
Ganning était homme à pouvoir mener deux affaires de front, et son intervention à Lisbonne ne Tempécha pas de sur* veiller attentivement, dès le mois d'août 1826, la conduite de l'Empereur. C'est à cette époque qu'il commença seulement à s'occuper de l'interprétation du protocole d'avril. Il le fit communiquer officiellement aux cabinets de Vienne, de Paris et de Berlin. Pendant ces derniers mois, il avait constaté combien était embarrassant et dangereux le tête à tète où il se trouvait en Orient avec cet allié russe qui était en même temps son rival dans toutes ces questions. H avait réfléchi qu'il serait prudent de mettre en tiers avec eux une puissance qui les départagerait, et qu'il aurait Thabileté de se conciher spécialement. Il envisageait dès lors la possibilité d'une triple alliance, qui serait moins fragile que la double alliance actuelle, et qui aurait plus de poids pour vaincre l'inertie de la Turquie, sans qu'on aboutît à un conflit armé. Cette puissance tierce, quelle serait-elle? Sentant quelle opposition sa politique rencontrerait toujours dans les domaines germaniques de M. de Metternich, il devait nécessairement s'adresser à la France.
Sous prétexte de repos et de distraction, il vint passer quelques jours à Paris, en septembre^ et profita de ce voyage, comme M. de Metternich Tannée précédente, pour converser avec M. de Yillèle. A son grand étonnement, il le trouva beaucoup plus indépendant de l'influence autrichienne qu il ne l'aurait supposé.
Ce ministre commençait à cette époque à se laisser influencer par le philhellénismequi l'entourait; il avait été longtemps entretenu dans ses défiances vis-à-vis des Grecs par des rapports de iamiral de Higny, qui insistaient beaucoup sur l'exten-
sion de la piraterie, sur les déprédations, Tanarchie, la cupidité des insurgés (1).
Villèle redoutait surtout d'exciter, par une ambition inconsidérée, la jalousie des puissances^ et c'est pour cette raison qu'il avait fait repousser par le duc d'Orléans une demande rédigée par le parti français en Grèce; ce parti, dirigé par Colettis, demandait au duc si le choix éventuel d'un prince français pour régner en Grèce ne blesserait pas le gouvernement de Charles X, et si celui-ci défendrait la candidature de son compatriote auprès des autres cours. Le duc d'Orléans avait répondu aux Grecs, à l'instigation de Villèle, « qu'il leur conseillait d'ajourner l'élection de leur souverain, de créer une régence provisoire, d'organiser une force militaire à l'européenne qui donnât au gouvernement une consistance contre l'anarchie, et de montrer qu'ils étaient capables de former un royaume chrétien. Us pourraient plus tard adopter la Charte française et il serait alors temps, quand l'Europe aurait reconnu leur indépendance, d'examiner quel prince serait susceptible de régner sur eux (2) » .
D'autre part, M. de Villèle subissait l'influence des deux Chambres et des milieux parlementaires, où le philhellénisme faisait chaque jour de nouveaux progrès.
Le 13 murs 1826, Chateaubriand avait prononcé, lors de la discussion à la Chambre des Pairs d'une loi relative à la répression des crimes dans nos Échelles du Levant, un éloquent discours en faveur des Grecs. 11 s'était plaint que des Français eussent nolisédes bâtiments servant à transporter des Grecs prisonniers, et se fussent ainsi rendus complices d'une véritable traite des blancs : il avait demandé que ce délit fût prévu et flétri. M. Laine l'avait soutenu et tous deux avaient déploré également que quelques Français se trouvassent dans le camp d'Ibrahim. Us avaient supplié la Chambre des Pairs de dégager le pavillon de saint Louis de cette honteuse compli-*
(1) JoRiEif DE Lk Gravièhe, t. II, p. 17. — Rapport de Lebzcltern. Prokesch, u IV, p. 263.
(î; Viel-Castel, t. XV, p. 651.