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L'EXPEDITION D'YPSILANTI

un joug quatre fois séculaire. Des adresses signées de six cent mille noms de gens de toutes les classes et de toutes les provinces de la Grèce l'ont appelé, lui, prince Ypsilanti, pour se mettre à la tète de Tinsurrection... La Providence a tellement aveuglé les oppresseurs que ceux-ci sont restés dansTinaction, malgré les dénonciations répétées des Anglais. »

Cette lettre, empreinte d'une confiance aveugle mais respectable dans la générosité du Tsar, renfermait des maladresses ; donner à la révolution une origine divine, montrer qu'elle avait des racines profondes dans tout l'Orient, c'était effrayer l'esprit timoré d'Alexandre qui ne craignait rien tant que les théories révolutionnaires, les principes « jacobins » des nationalités, et qui ne considérait comme divin que le droit traditionnel des rois.

Le prince entra dans Galatz où une soixantaine de Turcs furent massacrés, puis il se dirigea sur Bucarest. Les hétairistes s'avançaient, habillés de noir, leurs bonnets ou kalpaks décorés de tètes de mort et d'ossements entrecroisés. L'étendard de cette « légion sacrée » portait une croix et ces mots : 'Ey zoôrtù v«xaç (Par ce signe tu es vainqueur), antique devise de l'empereur Constantin (1).

La troupe d'Ypsilanti ne s'augmenta en route que d'un ou deux milliers de Roumains. Les boyards ne voulaient pas faire cause commune avec les Grecs. Les paysans préféraient grossir les bandes de Wladimiresko.

La légion sacrée arriva le 7 avril devant Bucarest. Wladimiresko refusa de lui ouvrir les portes de la ville et envoya le message suivant à Ypsilanti : ti Prince, votre objet étant d'émanciper la Grèce, votre place n'est pas ici ! Passez le Danube, mesurez-vous avec les Turcs ; quant à nous, nous ne les combattrons pas. » L'Ârnaute Savvas essaya de s'entremettre, mais ce rusé personnage aurait voulu, avant de se joindre au prince, avoir la certitude de l'appui du Tsar. Si le moindre régiment russe avait passé le Prutb, tous les Grecs des Prin-

(1) Voir, sar la création du « labarura » ou étendard sacré de Constantin, l'iotérewanle dissertation de Dcnuy, Histoire des Romains ^ t. VII, p. 67.

cipautés auraient suivi S^vvas sous la bannière hétairiste. Mais un coup terrible frappa Ypsilanti dès son arrivée devant Bucarest.

Une lettre dictée par le Tsar à Capodistrias (I) lui parvint de Laibach (26 mars], après avoir passé parles mains de l'ambassadeur de Russie à Constantinople, le baron Strogonof. Alexandre désavouait Tentreprise, déclarait que le prince n'était plus au service de la Russie, et lui interdisait de rentrer dans cet État.

Strogonof avait reçu Tordre d'offrir son concours au sultan contre Ypsilanti, et le maréchal russe, Wittgenstein, de ne quitter, sous aucun prétexte, le territoire de Bessarabie.

Le prince, déçu dans toutes ses espérances, montra, dans ces difficiles'conjonclures, toute l'irrésolution de son esprit. Il aurait pu, voyant la partie perdue, sauver ses compagnons par une retraite prudente et par une demande d'amnistie que la Russie aurait sans doute soutenue. Ou bien il aurait pu marcher sur le Danube, et essayer, par une victoire sur les Turcs, d'illustrer sa cause : l'héroïsme ne perd jamais ses droits et il eût peut-être suffi d'une action d'éclat pour entraîner non seulement les populations roumaines, mais même l'àme indécise du Tsar. Il ne prit franchement aucun des deux partis, il s'engagea dans une série de négociations tortueuses avec le Divan (2), par l'entremise de Strogonof, pour obtenir de ne pas être attaqué par les pachas turcs de Bulgarie. Mais, d'autre part, il conserva une attitude belliqueuse et établit son quartier général à Tergovist, non loin de la frontière autrichienne, attendant les événements, et prêt à se porter sur un territoire plus favorable aux Grecs. Il reconnaissait et déplorait amèrement la faute qu'il avait commise, en n'allant pas combattre dans le Péloponèse, et en n'obtenant pas, avant toute prise d'armes, une promesse formelle d'Alexandre P^

(1) Prokesch, t. III, p. 55.

(2) Le Divan est le Conseil dei ministres de l'Empire ottoman.

L'insurrection, qui menaçait d'échouer si misérablement au Nord du Danube, devait trouver un terrain plus favorable en Hellade.

Nous avons vu que les Souliotes s'étaient soulevés, dès le mois de décembre 1820, à l'appel d'Ali-Pacha, révolté contre la Porte et assiégé dans Janina par le général turc Kourschid. Les émissaires d'Ypsilanti poussèrent les autres habitants de rÉpire à se joindre aux Souliotes, et toute une armée turque se trouva ainsi immobilisée parla rébellion du pacha de Janina et par l'agitation subséquente des montagnards dB la région.

En Morée, les envoyés de l'Hétairie réussirent encore mieux dans leur mission. La ville de Patras (un des ports les plus commerçants et les plus peuplés du golfe de Corinthe), entra en effervescence, et Kourschid lança contre elle une proclamation ou « bouïourdi » , qui exprimait avec une dureté implacable tout le mépris que les oppresseurs professaient pour leurs sujets (1).

Patras avait alors comme archevêque un de ces prêtressoldats, défenseurs de la croix par tous les moyens, fût-ce par les armes, comme les croisades en ont fourni tant d'exemples. Germanos était à la fois un penseur et un homme d'action, une sorte de Socrate plus fougueux, plus passionné, doué d'une éloquence d'inspiration, d'une imagination ardente, et de cette foi qui soulève les montagnes. Au lieu de se rendre à Tripolitza, où tous les primats de Morée avaient été convoqués pour fournir des explications sur les armements qui s'effectuaient dans plusieurs régions, Germanos se réfugia sur la montagne de l'Érymanthe, au couvent de Sainte-Laure, non

(l) POUQCEVILLE, t. 11^ p. 285.

loin de Tétonnant monastère de Méga-Spiléon(i), appela à lui les plus hardis Pallicares de la contrée et les exhorta au combat avec l'enthousiasme d'un hiérophante, mais aussi avec Tesprit pratique d'un homme de guerre : a Prenez pour cri de rallie- « ment, leur dit-il, la Victoire de Dieu, et vous mettrez les <( barbares en fuite. » Bientôt plusieurs milliers de Klephtes et d*Armatoles furent réunis autour de lui ; il les excita à la lutte par les allocutions les plus violentes et leur annonça que de puissantes diversions retiendraient au Nord les pachas de Yalachie et d'Albanie.

Les Turcs furent chassés, sans effusion de sang, de Kalavryta. De là, Germanos marcha sur Fatras, aimant mieux voir sa ville fumante de ruines^ que florissante et esclave. Après une lutte acharnée (4 avril), les Turcs furent obligés de s'enfermer dans la citadelle, pendant quelques jours, la ville resta aux mains des insurgés. Malheureusement, le 15 avril, loussouf-Pacha y rentra, faisant fuir les bandes mal aguerries des insurgés. Tout fut mis à feu et à sang par le féroce pacha.

Le consul français, Hugues Pouqueville, frère de l'historien, donna asile et sauva la vie à une foule de femmes, de vieillards et d'enfants, inaugurant ainsi, par une heureuse intervention, le philhellénismc français (2).

Un second foyer d'insurrection, qui fut plus favorisé que le précédent et qui ne connut pas les horreurs d'immédiates représailles, fut le Magne. Le^Magne ou Maïna est cette presqu'île de la Morée qui se termine au cap Matapan, et qui sépare de son arête rocheuse (le mont Taygète), la Laconie de la Messénie. Les habitants du Magne étaient considérés comme les plus belliqueux et les plus audacieux d'entre les Grecs. Ils avaient conservé sur leurs étendards la devise de

(1) Voir dans Voutikr, Mémoires, p. 108, la description de ce monastère, véritable forteresse naturelle.

(2) Les pages émouvantes du journal du consul, transmises par son frère, ont pu servir de modèle de courage et d'abnégation à ceux de nos agents qui ont assisté aux violences commises récemment en Arménie et en Crète.

leurs ancêtres Spartiates : « Ou sur le bouclier, ou dessous (l). » Leurs chefs, Mavromichalis, Colocotronis, devaient laisser, par leurs exploits, d'impérissables souvenirs.

Pierre Mavromichalis, bey du Magne, surnommé Familièrement Pétro-Bey, était surtout représentatif et de prestance majestueuse ; brave, généreux, luxueux, prodigue même, il était adoré de ses Maniotes, mais son orgueil et son ambition devaient trop souvent causer des dissensions dans le camp des Grecs. Le véritable prototype du chef débandes, c'était Théodore Colocotronis, la figure la plus populaire de l'Indépendance. Né en 1770, ilavait cinquante et un ans lors de l'explosion des troubles, mais rarement homme mûr eut semblable vigueur, semblable jeunesse de cœur et de corps. Avec ses sourcils proéminents, abritant des yeux enfoncés comme sous la corniche d'un toit, son nez en bec d'aigle, sa tète osseuse aux pommettes saillantes, il ressemblait à un oiseau de proie. Son aspect farouche, ses cheveux noirs flottants, son bonnet sur l'oreille, le costume de Klephte qu'il portait dans sa pureté tout cet extérieur romantique inspirait la terreur aux Turc et le désignait à l'admiration des Grecs. Mais il devait être, plus encore que Mavromichalis, par son caractère indomptable, par ses colères irréfléchies, un obstacle terrible à la formation d'un gouvernement régulier.

Colocotronis s'était attiré la haine des Turcs par l'implacable guerre d'embuscades qu'il leur avait faite dans sa jeunesse ; il avait dû se retirer à Corfou, où il avait essayé inutilement d'intéresser à la cause grecque le Haut commissaire, Thomas Maitland. Dès qu'il avait appris qu'un soulèvement se préparait, il était revenu dans le Magne et avait entraîné les montagnards par son chant de guerre, imité du vieux poète Athénée : « Un fusil, un sabre, une fronde, à défaut d'autres armes, « voici mes trésors. Avec eux j'aurai des champs, des mois- « sons et du vin » .

Le 4 avril, jour du soulèvement de Patras, Pétro-Bey et

(1} C*e8l-à-dire : vainqueur ou mort.

Golocotronis s'emparèrent de Kalamata. Ces chefs formèrent dans cette ville une sorte de Sénat ou « Gérousie » qui adressa aussitôt un manifeste aux cours européennes pour leur demander aide et protection (1).

Les Turcs du Péloponèse, effrayés, se réfugièrent dans les places fortes, Modon, Navarin, Nauplie, Corinthe et surtout dans Tripolitza, située au milieu du vaste plateau d'Arcadie et chef-lieu du pachalik. Les Grecs se montrèrent modérés, firent des prisonniers et ne se livrèrent à aucun massacre. Un seul combat, celui de Saint-Âthanase (11 avril), où Golocotronis détruisit une colonne turque qui se dirigeait vers Tripolitza, marqua ces premières journées.

Mais les Ottomans devaient promptement se ressaisir. Une fois réunis en une masse imposante à Tripolitza, ils rayonnèrent dans les montagnes voisines, et, dans une série d'escarmouches, notammment à Kariténa (2), mirent en fuite Icb hommes de Pétro-Bey et de Golocotronis. Ge n'est que peu à peu que les Klephtes devaient prendre l'habitude du combat régulier, face à face avec l'Ottoman.

Les Grecs, ayant formé un vaste cercle autour de Tripolitza, dans les montagnes qui dominaient cette ville, s'exercèrent progressivement à repousser les incursions des Turcs, tout en coupant les communications de ceux-ci avec le reste de l'Hellade. Kourschid, retenu en Ëpire en face d'Ali de Janina, envoya son lieutenant, le kiaya Moustapha-Bey au secours de Tripolitza. Ge dernier fit un détour pour s'emparer d'Argos, puis vint s'enfermer dans le chef-lieu du pachalik.

Quelques jours après, un combat très sérieux s'étant engagé à Valtetzi, les Turcs furent étonnés de rencontrer une résistance acharnée chez les bandes de Golocotronis et durent se retirer, laissant six cents hommes sur le terrain (3). Gette première victoire des Grecs en bataille rangée (24 mai), excita un vif enthousiasme en Morée et un second engagement où Nikitas

(i) PROKBSCH, t. III, p. 70.

(2) Hebtzbebc, t. IVy p. 55.

(3) BàTBiVD, t. I^ p. 306.

conquit le surnom de « Mangeur de Turcs » , prouva que les insurgés étaient enfin capables de combattre leurs tyrans, sinon à armes, du moins à courage égal.

Bientôt la Grèce du Nord se souleva aussi. L'insurrection gagnait de proche en proche, comme un incendie dans une prairie desséchée. Diacos, Gouras, Panourgias, s'emparèrent de Salone et de Livadie ; mais ils étaient proches de Tarmée de Kourschid, et leur situation était plus périlleuse que celle de leurs amis de Morée. Le pacha lança contre eux Orner Vrioni qui les rencontra et les battit en avant des Thermopyles. Diacos, tout rempli des souvenirs de Léonidas, refusa de fuir et fut pris. Il fut condamné à être empalé, et marcha au supplice en chantant des vers de Rhigas (6 mai).

Odysseus (Ulysse), qui devait mériter par sa vaillance mélangée de ruse d'être comparé à son antique homonyme, remplaça Diacos et tint Omer Vrioni en échec dans les montagnes de la Béotie. C'était un beau guerrier, au front large, aux sourcils touffus, coureur agile et lulteur vigoureux, mais présentant un déplorable penchant à la fausseté, par suite peut-être de son origine albanaise (l).

Enfin l'insurrection éclata encore dans une région qui semblait pourtant avoir le plus grand intérêt à conserver la paix, dans les îles de TArchipel. Les marins, les négociants de ces îles, qui avaient depuis vingt ans, grâce à leur activité et à leur intelligence des affaires, monopolisé une partie du commerce du Levant, avaient tout à perdre à une guerre. Mais ils souffraient cruellement de l'impôt du sang que faisait peser sur eux la tyrannie turque, et ils étaient prêts à risquer leur fortune et leur vie pour ne plus voir leurs jeunes gens obligés de servir comme timoniers et matelots sur les vaisseaux du capi tan-pacha.

Un souffle patriotique embrasa plusieurs de ces îles et l'histoire associe toujours le nom des trois plus belliqueuses d'entre

(1) Hertzberc, t. III, p. 366. — Pouqueville, t. I, p, 197.

elles, Hydra, Spezia, Pskra. Les marins de ces iles minuscules, les Canaris, les Miaulis, devaient acquérir dans le monde une gloire aussi éclatante que celle des héros de la Morée.

Hydra et Spezia étaient situées toutes deux à l'extrémité de la péninsule d'Ârgolide, entre le golfe de Nauplie et le golfe d'Athènes. Psara était placée à quelque distance de Tile de Chio, à l'entrée de la baie de Smyrne.

Comme le disait une chanson populaire, « ces lies n'avaient « pas de champs, mais leurs matelots étaient leurs laboureurs: « ils moissonnaient en Egypte, s'enrichissaient en Provence ic et vendangeaient en Grèce « .

Hydra avait, depuis 1802, une constitution aristocratique que lui avait donnée le patriote Bulgaris. Les vingt-quatre sénateurs et le président de Tile étaient élus parmi les capitaines les plus expérimentés et les plus riches. La guerre ne semblait pas pouvoir sortir des décisions d'une telle assemblée. Mais la passion patriotique était poussée chez les Hydriotes au plus haut point et dominait les intérêts commerciaux. Au début d'avril 1821, une nouvelle terrible parvint dans l'île. Le capitan-pacha, rendu furieux parles troubles de Patras, avait fait tuer ou enchaîner tous les jeunes Hydriotes qui étaient sur ses navires et menaçait d'exiger le désarmement général des bâtiments appartenant aux Grecs insulaires.

La consternation, l'indignation, furent générales. Hydra oublia généreusement que les quarante milHons de ses capitalistes seraient compromis dans une guerre. Le Sénat résolut de faire servir ses cent-vingt voiles à la cause de la patrie hellénique, et nomma Jacques Tombazis navarque (amiral) de la flottille. Tous les habitants contribuèrent de leurs deniers à armer en guerre et à entretenir ces navires.

Le même enthousiasme s'empara au même moment de Spezia et de Psara. La riche veuve Bobolina, de Spezia, dont le mari avait été tué par les Turcs, arma trois bâtiments et prit le commandement de l'un d'eux (I). La belle Madon Mavro-

(1) VouTiER, p. 60. Bobolina n'était pas une amazone armée de sabres et de pistolets; c'était une femme simple et courageuse.

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géni, qui nous est dépeinte si pittoresquement avec sa jupe courte et ses bas rouges, suivit cet exemple à Mycone(l).

Il fallait s'assurer le concours de la multitude d'iles qui parsemaient TArchipel. Tombazis mit à la voile avec quelques navires. Les instructions que le Sénat adressa à Tombazis au début de cette croisière étaient d'une modération remarquable : a On devait s'appliquer à mériter le suffrage des nations civilisées de rEurope, en respectant leurs privilèges. A ces fins, on déclarait que le pavillon neutre couvrait et défendait même les marchandises appartenant à Tennemi : il fallait s'abstenir de visiter par force les vaisseaux marchands des puissances chrétiennes, et de les molester, sauf le cas où, nolisés par le gouvernement turc, ils seraient chargés de munitions de guerre ou de soldats mahométans : alors on devait s'opposer à leur navigation, s'emparer des munitions en payant au capitaine le nolis stipulé par le contrat, et l'obliger de reconduire les troupes ennemies embarquées sur son vaisseau dans les Échelles où il les aurait reçues, sans permettre qu'elle fussent inquiétées. »

Une application immédiate de ces principes fut faite à la suite de la capture d'un navire autrichien, qui transportait des soldats turcs d'Asie-Mineure en Boumélie. Le navire capturé fut relâché, les Turcs furent remis en liberté et une indemnité de trois cents cinquante piastres fut versée au propriétaire. Les actes de barbarie commis par les Ottomans devaient bientôt amener les Grecs à se départir de cette modération et à ne plus respecter aussi scrupuleusement le droit des gens.

Les habitants de Tinos, d'Andros, de Samos, de presque toutes les Cyclades, firent cause commune avec Tombazis, mais Rhodes, Lesbos et Ghio refusèrent de prendre les armes, avant d'avoir des notions plus précises sur l'issue de l'entreprise. LesChiotes, ces doux insulaires, efféminés par une vie facile dans une contrée privilégiée, assurèrent le pacha de leur fidélité et désavouèrent leurs compatriotes. Ils devaient,

(1) Ratsaud, t. II, p. 119.. Elle fut supérieure en désintéressement h Boliolina. Voir plus loin, p. 85.

comme les Phanariotes, expier terriblement leur timidité et subir le sort de tous ceux que les Turcs haïssent sans les craindre.

Tombazis revint à Hydra, ayant détruit et capturé plusieurs bâtiments turcs. Les Psariotes avaient, de leur côté, dispersé une flottille qui s'armait dans le port de Smyrne pour faire voile vers le Péloponèse.

Dès le mois de mai , les trois îles avaient équipé cent soixanteseize navires, armés pour la plupart de dix à quatorze canons, et la campag^ne maritime s'annonçait sous des auspices aussi heureux que la campagne terrestre.

Le sultan Mahmoud, lorsqu'il avait appris l'expédition d'Ypsilanti, était entré dans une violente colère. Mahmoud II n'était pas un de ces souverains ottomans féroces et sournois qui avaient trop souvent régné à Constanlinople depuis quatre siècles. Il présentait de rares qualités d'intelligence et d'énergie, un goût prononcé pour les réformes, quelques vertus privées ( I ). Mais, quels que fussent ses mérites, il était Turc et avait les défauts de sa race; il méprisait les chrétiens, il ne pouvait supporter de résistance à son autocratisme, il n'était pas exempt de cruauté, enfin il avait cette opiniâtreté proverbiale chez les Musulmans, contre laquelle viennent se briser les raisonnements les plus décisifs, les supplications les plus émouvantes.

La colère de Mahmoud se répercuta dans toute sa capitale. Les quartiers grecs de Constantinople furent bientôt sérieusement menacés par une populace fanatique. On répandit par les rues de Stamboul le bruit qu'une grande « synomotie »> (conspiration) des Grecs était organisée au Phanar, que des dépôts

(1) On a dit qu'il était fiU d'une Française prise et vendue comme esclave par des Barbaresques.

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