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LA CHUTE DE MISSOLONGHI

hommes, les avait expédiés, moitié par mer, moitié par terre, dans le golfe de Lépante. Le gouvernement grec, tout en se rendant compte du péril extrême qui menaçait le boulevard de la Roumélie, ne put lever de troupes capables d'arrêter la marche d'Ibrahim ; ses finances étaient épuisées, et les bandes de partisans, sans cohésion^ sans unité, dont Colocotronis avait le commandement, ne pouvaient être réunies en un corps d'armée susceptible d'un effort sérieux.

Les Égyptiens parurent le 7 janvier devant Missolonghi, et prirent une attitude si arrogante vis-à-vis de Réchid que celuici se retira dans ses ouvrages extérieurs, laissant à ses rivaux rhonneur de cette périlleuse conquête. Ibrahim dégagea auprès du Divan le séraskier turc de toute responsabilité, et se fit fort de terminer le siège en un mois.

Les assiégés étaient épuisés par la fatigue, la mauvaise nourriture, et le froid. Le bombardement avait détruit la plupart des toits des maisons, et beaucoup de ces malheureux couchaient à la belle étoile. Leurs vêtements déchirés ne les protégeaient plus contre les intempéries. Quinze cents hommes avaient succombé depuis le début du siège. Cependant un dernier ravitaillenjent, effectué par Tescadre de Miaulis et de Sachtouris, en janvier 1826, leur avait procuré deux mois de vivres et avait réconforté leur indomptable énergie.

Ils repoussèrent toute idée de capitulation dans un langage digne de leurs ancêtres : «Envoyez-moi, leur écrivait le pacha, des hommes qui sachent plusieurs langues, pour que je puisse m'entendre avec eux. » — « Nous sommes des gens ignorants, répondirent-ils : nous ignorons les langues et nous ne savons que combattre. » Le 24 février, un assaut formidable, livré par le pacha d'Egypte à la fois par terre et par mer, se heurta à une résistance désespérée et aboutit à un échec complet. Les Égyptiens semblaient même avoir été moins solides que les Turcs et les Albanais, dans ces luttes corps à corps à l'arme blanche. Réchid-Pachane cacha pas sa satisfaction, et Ibrahim se résigna à lui demander sa coopération.

Les forces réunies des deux généraux s'emparèrent succès-

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sivement des ilôts qui protégeaient la lagune, mais Kitsos Tsavellas et trois cents Pallicares réussirent à conserver File de Kleissona, malgré Tattaque formidable de deux mille Ëgyp* tiens (1).

Le monde entier était saisi d'admiration devant cette défense qui rappelait les faits d'armes les plus fameux de Tantiquité et du moyen âge. Malheureusement cette admiration restait platonique. Nous avons vu avec quelle circonspection les gouvernements anglais et russe jetaient les fondements d'une médiation. Les comités philhelléniques envoyaient des sommes d'argent, mais que pouvait Targent quand les soldats manquaient?

C'est l'époque à laquelle le banquier genevois Eynard multiplie ses dons et ses démarches, encouragé par le roi Louis de Bavière, et soutenu par le Comité de Paris. Eynard envoie des agents à Nauplie, à Hydra, aux fies Ioniennes. Du blé, des munitions et des vivres sont débarqués à de fréquentes reprises par les soins du Genevois. La France, l'Allemagne, la Suisse renouvellent à de nombreuses reprises leurs généreux dons. Enfin les Grecs eux-mêmes rassemblent leurs dernières ressources. Ils souscrivent cinq cents mille piastres de dons volontaires. L'assemblée consent à la vente des biens nationaux jusqu'à concurrence de trois millions de piastres.

Cet élan généreux ne sauvera pas Missolonghi. Karaïskakis, le plus brave et le plus habile des généraux de la Roumélie, celui dont le nom et les exploits illustrent toute celte période de la guerre, ne peut réunir autour de lui que cinq cents hommes : il ne faut pas songer avec cette petite troupe à faire lever le siège aux deux armées égyptienne et turque. Golocotronis ne veut pas quitter le Péloponèse ; d'ailleurs le vieux guérillero ne remporterait sans doute aucun succès, s'il lui fallait combattre en bataille rangée dans un pays mal connu de lui.

La famine oblige enfin les Grecs non point à se rendre,

(1) 6 avril 1826.

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