LA CHUTE DE MISSOLONGHI Î
mais à abandonner la ville, en essayant de se frayer un chemin à travers le camp ennemi. Le 22 avril au soir, les deux mille cinq cents survivants se partagent en trois corps, sous le commandement des trois chefs qui ont dirigé la défense, Kitsos Tsavellas, Makris, et Notis Botzaris : ils placent dans leurs rangs les femmes, les enfants, toute la population sans armes, et sortent des remparts. Mais les premiers boulets jettent la panique dans cette cohue qui s'affole et rentre en désordre dans la ville. Les trois corps armés continuent leur marche en avant. Deux colonnes sur trois (soit quinze cents hommes environ) franchissent les lignes ottomanes en combattant comme des lions, et rejoignent Karaïskakis : la colonne de Makris est presque entièrement détruite. La ville est alors livrée au pillage, et la plupart des femmes et des enfants sont massacrés ou vendus sur les marchés de l'Egypte. Quelques vieillards, Tévèque Joseph, le primat Kapsalis, s'enferment dans une manufacture de cartouches et se font sauter avec un mépris absolu de la mort.
Cet exemple grandiose de bravoure et de patriotisme fit frémir l'Europe ; mais les Grecs n'en tirèrent pas une leçon de sagesse et de désintéressement. Les dissensions civiles reprirent plus violemment encore en 1826 qu'en 1823, et cependant les ambitieux qui se disputaient le gouvernement n'avaient plus en réalité à gouverner que l'Argolide, Tisthme de Gorinthe, l'Attique et les lies.
Condouriotis ne put garder le pouvoir après la chute de Missolonghi. On le rendit injustement responsable de l'absence de secours armé qui avait amené l'issue fatale. Une Assemblée nationale réunie à Épidaure (1) modifia la Constitution et remplaça l'ancien Conseil exécutif par un Comité gouvernant de onze membres, dont les principaux furent André Zaîmiset Mavromichalis(2]. L'Assemblée législative fut prorogée jusqu'à
(i) Avril i8î6.
{%) Prok£8ch, t. IV, p. 255
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la fin de Tannée^ et une commission de treize membres prise dans son sein représenta seule le pouvoir législatif.
Ce gouvernement de Comités fut, dès le début, si faible et si peu considéré, qu'il dut s'enfermer dans la Tour sur la Mer de Nauplie pour ne pas être Tobjet d'un coup de main de la part de ses adversaires. Parmi ceux-ci, le plus acharné était Golocotronis, cet ennemi juré de toute stabilité gouvernementale. Ayant appris que le nouveau Tsar avait manifesté des tendances favorables à la cause grecque, Golocotronis essaya de reformer ce parti russe qui avait existé au début de la guerre, après l'arrivée de Démétrius Ypsilanti, et qui avait disparu lors des revirements d'Alexandre ; il commença à prononcer le nom de Gapodistrias, comme étant le deus ex machina^ seul capable de mettre fin à l'anarchie où les Hellènes se perdaient.
La scission des partis avait subi en Grèce deux transformations successives : ils avaient eu d'abord un caractère politique, (partis civil et militaire) ; puis un caractère local, fédératif (partis roumélio.te, péloponésien et insulaire); maintenant ils prenaient un caractère spécial d'appel aux protectorats étrangers (parti anglais, parti russe, parti français). Gette dernière évolution était rationnelle ; les Grecs sentaient qu'ils ne pourraient venir à bout de conquérir seuls leur liberté. La question qui les passionnait était donc de savoir à quelle puissance ils se confieraient.
A côté du parti russe de Golocotronis, qui soutenait ses opinions par la force des armes, il existait un autre parti d'opposition, celui-là plus modéré que le précédent, le parti français des Gondouriotis, des Golettis, qui combattait le gouvernement par des articles de journaux, par une polémique sourde et discrète.
Le Gomité des onze n'était soutenu que par le parti anglais,
les Miaulis, les Tombazis, etc Mavrocordato, ami de
Gondouriotis, élait partagé entre son amitié pour le président disgracié et seb sympathies personnelles, qui le portaient à se joindre au parti anglais.
Les deux oppositions de Golocotronis et de Gondouriotis fini-