LA GUERRE RUSSO-TURQUE
les plus lég^iiimes devaient échouer contre une nécessité impérieuse. » Les puissances n'avaient pas pris cette proposition au sérieux, et l'intention de tout brouiller était tellement évidente chez son auteur, que Wellington n'osa même pas entrer en rapport avec lui pour contrecarrer les plans de Tempereur de Russie.
La Prusse elle-même, restée si longtemps dans le sillon de Metternich, s'affranchissait peu à peu de cette dépendance et se rapprochait du cabinet de Saint-Pétersbourg.
Wellington resta donc isolé, et ne put s'opposer à la déclaration de guerre qui fut lancée par la Russie, le 26 avril 1828.
La déclaration de guerre énumérait point par point les articles du traité de Kalnardji (1774), du traité de commerce de 1783, de la convention d'Ackerman, que Ma Porte avait violés. L'intérêt des Grecs n'était pas invoqué (1).
S'il fallait même en croire le comte Zichy, ambassadeur d'Autriche à Saint-Pétersbourg, Nicolas lui aurait déclaré : ce qu'il détestait les Grecs, bien que ses coreligionnaires : qu'il ne voulait pas leur affranchissement ; que ce serait un mauvais exemple pour les autres pays : qu'il ne voulait, dans la circonstance actuelle, que le bonheur intérieur et la prospérité commerciale de son pays (2). » Mais il faut remarquer que ces expressions, passant par une plume autrichienne, pouvaient avoir été déformées ou tout au moins exagérées : elles étaient démenties par l'insistance avec laquelle le Tsar réclamait, au même moment, la réunion à Corfou de la conférence d'ambas-
(1) Il n'était fait mention de Tinsurrection hellénique que dans un Iod{; résumé bistorique des rapports passés entre la Russie et la Turquie, qui précédait la déclaration.
(f) PfiOXEScv, t. V, p. 207.
sadeurs OÙ serait discutée l'organisation de la Grèce, et avec laquelle il recommandait à tous ses agents de traiter les Hellènes en amis.
Nicolas, tout en plaçant dans Tordre de ses sympathies les intérêts helléniques après les intérêts russes, n'abandonnait donc pas ses anciens protégés et continuait à soutenir leur cause. Il chercha à convaincre Wellington (1), « que le protocole de 1826 avait prévu la disjonction qui s'opérail à rheure présente, et avait admis qu'une action séparée de la Russie s'effectuât dans une guerre russo-turque, tandis qu'une action commune des puissances aurait lieu simultanément et parallèlement. En conséquence, il avait le droit d'établir entre son armée et sa flotte une différence qui correspondait à cette disjonction. Tandis que l'armée envahirait la Moldavie, l'amiral Heyden conserverait l'attitude la plus modérée (à moins qu'il ne fût directement attaqué par les Turcs) , se concertant avec les flottes alliées, et obéissant en tous points aux instructions qui lui viendraient de la conférence de Londres. L'armée entrerait en hostilité directe avec la Porte; la flotte, au contraire, déposerait tout caractère belligérant ^ et resterait dans la neutralité armée qu'observaient les amiraux depuis Navarin (2). »
Quant à la question des indemnités de guerre, le Tsar ne pouvait déclarer qu'il y renonçait, comme le lui demandait Wellington; c'eût été se priver d'un puissant moyen d'inti-
(1) Instructions a Liéven du 29 avril 1828.
(2) Il est à remarquer que les amiraux, tout en s'abstenant d'actes de belli- {férance, étaient cependant chargés de faire respecter par les marines neutres le> principes du droit des gens maritime, tels qu'ils avaient été déterminés par la convention anglo-russe de 1801. En empêchant les transports de troupes et de contrebande de guerre dans les ports turcs, et en s'opposant aux violations du blocus établi, les amiraux faisaient bien acte de belligérants. Conséquence inéritable de la situation bizarre créée par le traité de Londres et de la médiation imposée.
Metternich avait fait ses réserves : « Le droit des gens étant un droit positif. déterminé par des conventions, et non un droit naturel^ \\ n'était pas forcé de reconnaître la convention anglo-russe de 1801. Il acceptait les principes posés en 1780 »ur la contrebande et le blocus, mais ne pouvait admettre la visite de« navires marchands convoyés par un navire de guerre » . Voir dans Prokkscb, la circulaire russe, t. V, p. 266, et la protestation de Metternich, t. V, p. 267.