I.c comSc Jiian Cnpodîstria
Le 30 janvier, un décret supprima la Constitution en vigueur et Forma un gouvernement provisoire, composé simplement d'un Président de la République et d'une assemblée consultative ou Panhellënion, Un congrès devait se réunir incessamment pour rédiger une Constitution déBnitive (1). Mais Capodistrias, qui n'était pas sûr des dispositions de ses compatriotes, *
résolut de faire durer ce régime provisoire jusqu'à ce que la situation extérieure fût réglée, et il différa pendant plus d'un an la réunion du congrès.
Il eut le bon sens de réunir dans le Panhellënion les vingtsept personnages politiques les plus marquants, à quelque parti qu'ils appartinssent ; il n'écarta pas de prime abord des hommes comme Mavrocordato, qui pouvaient lui être de bon et utile conseil. Il fit entrer ce dernier non seulement dans le Panhellënion ^ mais dans un tribunal judiciaire suprême, où il plaça également Tombazis et Viaro Capodistrias, son frère. Ypsilanti fut nommé maréchal, et Church resta général en chef (2) : le premier eut le commandement dans THellade orientale, le second dans rplcllade occidentale.
Tous les subsides que lui avaient confiés la France et la la Russie, il les employa à réorganiser l'armée ; il sentait que la conférence de Londres tiendrait compte, dans la délimitation du nouvel État, des territoires possédés réellement par les Grecs. Mais ces troupes ne se sentirent pas assez fortes pour reprendre Athènes ou Missolonghi, et se contentèrent d'observer les garnisons turques.
Capodistrias chercha peu à peu à rendre le pouvoir plus concentré et plus fort. Bien que son extérieur fût conciliant, bien que ses procédés de gouvernement fussent plutôt ceux d'un diplomate que d'un chef d'État, il réunit progressivement dr s ses mains les pouvoirs les plus étendus. H n'eut qu'un' ul secrétaire d'État, Spiridion Tricoupis, et fit tout par lui-m ne, travaillant souvent une partie de la nuit. Les commis ires extraordinaires qu'il envoya dans les provinces, pour
(1) pAPADOPorLO Vrktos, t. I, p. 112.
(2J MÉTAXA8, p. 302.
354 LES CONSEQUENCES DE NAVARIN — i8î8
organiser l'administration communale et les adémogéronties» y ne furent que des rouages subalternes. Cette dictature, qui lui attira bientôt de nombreux ennemis, était peut-être utile dans un pays déchiré de factions, manquant de frontières, de police, de tout ce qui constitue un État régulier.
Cet État, qui était sur le point de naître, quel serait-il? Aurait-il une indépendance absolue ou resterait-il vassal delà Turquie, avec la protection non exprimée, mais toujours prête de la Russie? Il semble que Capodistrias ait penché vers cette dernière forme politique (1), soit par sympathie pour le pays où il avait longtemps vécu, soit par défiance de ses compatriotes. C'est peut-être cette arrière-pensée qui le poussa à refréner les désirs d'indépendance qu'on manifestait autour de lui. Quoi qu'il en fût, il agit avec sagesse en conseillant à ses compatriotes de remettre leurs intérêts les plus importants entre les mains des diplomates de Londres. Une fois l'État hellénique formé et limité, lorsque les Grecs seraient véritablement seuls en Grèce, il serait temps pour eux de réclamer leurs droits publics. Pour le moment, il était plus sage de n'exprimer que des vœux, et de se confier à la bienveillance de la triple alliance.
C'est dans cet esprit que Capodistrias eut des rapports suivis avec les ambassadeurs, réunis d'abord à Corfou (juillet), puis au sein même de la Grèce, à Poros (septembre). La conférence, formée de Ribeaupierre, Guilleminot et Stratford Canning, était comme la dépendance de la conférence de Londres, et servait d'intermédiaire entre celle-ci et les Grecs. Posant comme base de ses délibérations qu'un État grec serait créé, elle rédigea des projets pour sa configuration et son organisation futures. Elle dressa des listes de questions touchant à la statistique, à la géographie et à l'ethnographie, et
^1} Quelques-uns (^Colocotronis par exemple) le poussaient dans ceUe voie» mettant tout leur espoir dans les armes du Tsar, et proclamant avec une in{;rati- 1udefla|;rante «que le traité de Londres n'était qu'un morceau de papier, tandis que le manifeste de guerre de la Russie contre laTurquie était l'évangile de ravenlr • . — GKnvir^DS, t. H, p. 679.
les remit à Capodistrias qui les étudia, et y répondit par des rapports élaborés au sein du Panhellënion.
L'œuvre créatrice semblait donc en bonne voie, dans Tautouine de Tannée 1828. La joie et la reconnaissance de la Grèce furent accrues par ce fait important : les trois puissances accréditèrent des chargés d'affaires auprès de Capodistrias. Au mois de mai, arriva de France le général Juchereaude Saint-Denis, porteur d'une somme de 500,000 francs, première mensualité accordée par Charles X: il fut bientôt suivi par M. Bulgari, représentant de la Russie, et M. Dawkins, représentant de l'Angleterre. Cet envoi d'agents diplomatiques marquait un progrès considérable dans la formation de l'État grec.
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